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Les dents longues

Que de pommes de discorde en ce moment, dans ce verger libanais qui passa jadis pour un idyllique eden !

 

De ces fruits durs à croquer, deux tiennent en ce moment la vedette. Le premier est la loi électorale appelée à régir la consultation populaire de l’an prochain. La démocratie et le système parlementaire sont ainsi faits, hélas (mais allez donc trouver mieux) que ceux qui établissent la règle du jeu et fixent le nombre et le découpage des circonscriptions électorales ne sont autres que ceux qui siègent déjà à l’Assemblée. Et ceux-là comptent bien, naturellement, imposer la formule leur offrant les meilleures chances, qui de retrouver son strapontin, et qui de conserver, ou mieux encore d’étoffer, son bloc parlementaire.


De l’intérêt général, de la nécessité d’assurer une authentique représentation, tant communautaire que nationale, bien rares sont les parties qui se soucient réellement, chacune ne songeant en effet qu’à ses comptes et décomptes de négociant en politique. À tout prendre d’ailleurs, à quoi bon des élections législatives dans un pays où les vaincus, forts de leur armement milicien, se refusent à reconnaître le verdict des urnes et la majorité parlementaire qui en est issue, comme ils le firent en 2009 ? Comment envisager un seul instant l’adoption de la règle de la proportionnelle, sachant que ce même armement pèse d’ores et déjà de tout son poids sur le prochain scrutin ? Et par quel coup de baguette magique, en revanche, rendre justice aux diverses communautés sans pour autant que chacune n’élise ses propres députés ?


Entre proportionnelle et petites circonscriptions, entre loi de 1960 et projet abusivement dit des grecs-orthodoxes, entre intégration nationale prônée par l’accord de Taëf et signes croissants de fragmentation, bien malin qui réussira à assembler le puzzle libanais. Non moins déterminant, par ailleurs, pour l’avenir de notre pays est le magot qui, depuis des millénaires et sans que nous nous en doutions, dort au fond de cette modeste portion de Méditerranée qui nous échoit, aux rivages défigurés par le béton et où nous nous obstinons à déverser nos eaux usées et ordures. Israël et Chypre ont vite fait de faire valoir leurs droits sur les nappes de gaz naturel gisant sous leurs eaux territoriales, alors que le Liban s’est longtemps fait tirer l’oreille pour agir de même.


Pourquoi traîne-t-on ainsi les pieds ? Peut-être bien parce que là aussi, comme pour la loi électorale, on nourrit çà et là des visées inavouables, sans grand souci du mieux-être, voire de la prospérité, qu’est en droit d’escompter de ce trésor le peuple libanais dans son ensemble. Cela s’était déjà vu avec la véritable foire d’empoigne qui avait marqué, il y a quelques années, la répartition, entre puissants, des licences d’opération de stations de télévision puis de téléphonie mobile, sans oublier la triste saga de la pénurie de courant électrique. Et il y a tout lieu de craindre une réédition de la féroce, de la scandaleuse course aux commissions, participations et autres pactoles dès lors qu’il s’agira de faire appel aux sociétés de prospection et d’exploitation internationales...


Il n’y a pas que les fermes de Chebaa, les lignes syro-libanaises et les eaux territoriales qui attendent d’être délimitées : c’est hélas entre rapaces de la république que promet de faire rage, une fois de plus, la guerre des frontières.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Que de pommes de discorde en ce moment, dans ce verger libanais qui passa jadis pour un idyllique eden !
 
De ces fruits durs à croquer, deux tiennent en ce moment la vedette. Le premier est la loi électorale appelée à régir la consultation populaire de l’an prochain. La démocratie et le système parlementaire sont ainsi faits, hélas (mais allez donc trouver mieux) que ceux qui établissent la règle du jeu et fixent le nombre et le découpage des circonscriptions électorales ne sont autres que ceux qui siègent déjà à l’Assemblée. Et ceux-là comptent bien, naturellement, imposer la formule leur offrant les meilleures chances, qui de retrouver son strapontin, et qui de conserver, ou mieux encore d’étoffer, son bloc parlementaire.
De l’intérêt général, de la nécessité d’assurer une authentique...