Des rebelles syriens rassemblés dans la ville d'Alep pour secourir un des leurs qui a été blessé dans les combats avec les forces du régime. Zain Karam/
Les rebelles syriens ont affirmé avoir lancé hier une attaque décisive pour prendre le contrôle d’Alep, théâtre d’une bataille acharnée avec les forces gouvernementales depuis deux mois. « Ce soir, soit Alep sera à nous, soit nous serons défaits », a affirmé Abou Fourat, officier rebelle et l’un des chefs de la brigade rebelle al-Tawhid, la plus importante d’Alep, parlant de « milliers » de combattants. Des rebelles se sont regroupés par dizaines dans des écoles du quartier d’Izaa pour tirer des obus de mortier, s’encourageant par talkie-walkie. Dans une vidéo mise en ligne sur YouTube au nom de la brigade, intitulée « Annonce du début de la bataille décisive d’Alep », un homme en civil muni d’un talkie-walkie déclare : « Aujourd’hui, l’attaque contre l’armée d’Assad a commencé sur tous les fronts. (...) Si Dieu le permet, la bataille d’Alep sera décisive. » Il donne ensuite des instructions : « Ceux qui sont faits prisonniers, on ne les tue pas, on les désarme et on les livre au comité de sécurité de la révolution. (...) Que chacun se dirige vers sa position. »
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a fait état de son côté « de violents combats » en début de soirée entre soldats et rebelles dans les quartiers d’Izaa, Seif al-Dawla et d’autres secteurs auxquels participent des « centaines de combattants » insurgés.
Oléoduc
Ailleurs dans le pays, l’armée a pilonné plusieurs bastions rebelles dans les provinces de Homs, Hama, Idleb, Lattaquié et Deir ez-Zor, selon l’OSDH. La chaîne satellitaire al-Arabiya, citant des opposants, a fait état d’au moins 109 morts hier. Dans la principale région pétrolière de Syrie, à Hassaka, des inconnus ont par ailleurs fait exploser un oléoduc et enlevé le directeur de la station de pompage. La télévision officielle a en outre rapporté que les forces de sécurité avaient attaqué le repère d’un « groupe terroriste » dans le quartier insurgé de Jobar à Damas, faisant des « morts et des blessés ».
Par ailleurs, un groupe jihadiste, le Front al-Nosra, a revendiqué hier le double attentat mené la veille contre le siège de l’état-major syrien à Damas, après qu’un premier groupuscule eut annoncé sa responsabilité pour cette attaque spectaculaire.
(Reportage : « Le plus important est d’en finir avec Assad, les études peuvent attendre… »)
Réfugiés
Autre signe de l’ampleur du désastre humanitaire, l’ONU a estimé à plus de 700 000 le nombre de Syriens qui se réfugieraient dans les pays voisins fin 2012, révisant à la hausse ses besoins, à 487,9 millions USD.
Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés, plus de 500 000 Syriens ont déjà fui leur pays, dont 75 % sont des femmes et des enfants.
Parallèlement, des procureurs militaires ont inculpé huit Syriens pour « rassemblement illégal » après des émeutes dans le camp de réfugiés de Zaatari en Jordanie. Les hommes, qui risquent trois ans de prison, ont été placés en détention provisoire pour 14 jours.
Poutine et Carthage
Sur le plan diplomatique, en marge de l’Assemblée générale de l’ONU à New York, les États-Unis ont demandé au Conseil de sécurité de « tenter une nouvelle fois » de trouver un accord pour mettre fin au conflit, et le secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, a déploré les « désaccords » au sein de cette instance, entre partisans d’un départ du président Bachar el-Assad et défenseurs de son régime.
La secrétaire d’État américaine Hillary Clinton a ainsi déploré « la paralysie » du Conseil de sécurité « pendant que les atrocités augmentent ». Mais son homologue russe Sergueï Lavrov a rétorqué en rejetant de nouveau la responsabilité de l’impasse sur les « pays qui incitent les opposants à refuser un cessez-le-feu et un dialogue » avec le régime, en allusion aux Occidentaux.
Le président russe, Vladimir Poutine, a renchéri en disant que les Occidentaux avaient semé le « chaos » dans de nombreux pays, le faisaient en Syrie et qu’ils ne pouvaient « pas s’arrêter » malgré les mises en garde de la Russie. « Nous ne voudrions vraiment pas que se reproduise aujourd’hui ce qui s’est passé dans l’histoire de l’humanité il y a des siècles », a encore déclaré M. Poutine. « Le premier nettoyage ethnique massif connu a eu lieu entre l’Empire romain et Carthage, qui se trouve sur le territoire de l’Afrique du Nord. L’Empire romain a non seulement pris et occupé Carthage, mais une fois que tout y a été détruit, que tous y ont été saignés, on a répandu du sel pour que plus rien ne pousse. À mon avis, ce qui se passe y ressemble, quand des pays forts tentent d’imposer aux faibles leur mode de vie et leur morale, sans regard pour l’histoire, les traditions, la religion de tel ou tel autre pays », a encore déclaré le président russe.
La réplique des Ikhwan
Le blocage de la Russie à toute résolution du Conseil de sécurité de l’ONU est « juste une excuse » dont se sert la communauté internationale pour ne pas aider les Syriens à renverser le président Assad, a estimé de son côté le chef des Frères musulmans de Syrie, Mohammad Riad al-Shakfa. Ce dernier a réitéré les appels de l’opposition à la communauté internationale pour qu’elle fournisse aux rebelles des missiles antiaériens qui leur permettront de mettre fin aux bombardements incessants de l’aviation syrienne et de missiles antichars de longue portée. Il a néanmoins assuré que « le peuple syrien aurait le dessus même sans ceux-ci ».
Irréalisable
L’appel du Qatar à une intervention militaire arabe semble néanmoins difficile à réaliser, tant politiquement que sur le terrain, et pourrait ouvrir la voie à un conflit régional, estiment des analystes. Pour Moustapha al-Ani, expert en questions de défense au Gulf Research Center, « les pays arabes n’ont pas les capacités militaires pour agir en tant que force de dissuasion, n’ont pas de commandement unifié et n’ont pas de coordination » entre eux. Yezid Sayigh, expert au Carnegie Middle East Center basé à Beyrouth, estime de son côté que la proposition du Qatar est « irréalisable ». « Il n’y a pas de consensus sur le plan diplomatique parmi les pays arabes, et à plus forte raison pas d’accord sur une opération militaire. » Il souligne qu’une telle intervention nécessiterait une « forte implication des pays limitrophes » de la Syrie, une éventualité à laquelle « ni l’Irak, ni le Liban, ni peut-être même la Jordanie ne sont prêts ». L’appel de l’émir du Qatar est surtout, selon lui, « une expression de la frustration face à l’inaction internationale, notamment occidentale ».
(Sources : agences et rédaction)


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