Rechercher
Rechercher

À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Tenir

Il y a des accès de désordre, mais ce n’est pas la guerre. Le pays tourne au ralenti, l’économie est figée, mais ce n’est pas la guerre. Nos responsables sont cupides et corrompus. Il nous semble que si rien ne marche, c’est parce qu’ils se bousculent autour du même misérable râtelier de prébendes et de commissions qu’est le service public. Comme personne n’y trouve son compte, nous sommes privés d’infrastructures. Comme on ne nous donne pas d’explications valables sur la raison de notre inconfort, c’est la seule conclusion qui nous vient à l’esprit. Mais tant que ce n’est pas la guerre...
Dans un camp de réfugiés, une silhouette humaine tracée à la craie sur le bitume. On dirait d’un seul trait : une femme portant une robe ample et un fichu. Une petite courbe au milieu du visage suggère un sourire. Les jambes, deux lignes parallèles et les pieds, deux ronds incertains, forment involontairement, en écriture arabe, le phonème « mama ». Une enfant a posé ses chaussures à l’extérieur du dessin. Elle s’est lovée, à même le sol, au cœur de la silhouette. Ce manque-là résume le manque de tout. Que vont devenir tous ces orphelins ? On parle de plus en plus d’un trafic de jeunes femmes et même de fillettes, d’un sordide réseau de « mariages » dans des pays d’accueil. La Syrie compte plus de 20 millions d’habitants. On n’a pas recensé le nombre d’habitations détruites. La nourriture manque. Il commence à faire froid. C’est la guerre, quoi d’autre.
En Israël, il existe une sorte de musée de la guerre à ciel ouvert. Les familles viennent le visiter comme un parc de jeux. Les enfants se faufilent dans les Merkavas, dégoupillent des grenades factices, apprennent à désigner les armes par leurs noms. Les enfants sont si heureux que c’est exactement ça qu’ils voudraient faire plus tard : piloter des avions et jeter des bombes sur « les Arabes ». Le Hezbollah a créé un parc d’attraction du même genre à Mlita, au Liban-Sud. On ne sait pas si les petits Libanais manifestent le même enthousiasme à l’idée de jeter des bombes sur les Israéliens. Peut-être que oui. On n’est pas chez Disney. Mais il y a une chance que non. Car s’il est vrai que les musées servent d’appui à la mémoire, ils sont aussi une manière d’encapsuler les événements, de les réduire à des souvenirs. Ce n’est plus la guerre, mais on est loin de la paix.
Entre ces flux et reflux de violence, avec le sentiment que l’histoire ne sait plus produire d’hommes ou de femmes à la hauteur des événements, comment penser l’avenir ? Que faire de notre appartenance, à part tenir ?
Il y a des accès de désordre, mais ce n’est pas la guerre. Le pays tourne au ralenti, l’économie est figée, mais ce n’est pas la guerre. Nos responsables sont cupides et corrompus. Il nous semble que si rien ne marche, c’est parce qu’ils se bousculent autour du même misérable râtelier de prébendes et de commissions qu’est le service public. Comme personne n’y trouve son compte, nous sommes privés d’infrastructures. Comme on ne nous donne pas d’explications valables sur la raison de notre inconfort, c’est la seule conclusion qui nous vient à l’esprit. Mais tant que ce n’est pas la guerre...Dans un camp de réfugiés, une silhouette humaine tracée à la craie sur le bitume. On dirait d’un seul trait : une femme portant une robe ample et un fichu. Une petite courbe au milieu du visage suggère un...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut