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Économie

Le chômage a aussi des incidences chez les travailleurs

Avec l’explosion du chômage, la société française est plus que jamais scindée entre privés d’emploi et travailleurs, mais ces derniers, soumis à une précarisation et une pression de plus en plus fortes, se révèlent être des victimes collatérales, selon la sociologue Dominique Méda. Car les Français sont en Europe « parmi les plus attachés à cette valeur travail, aujourd’hui en pénurie », rappelle Mme Méda, professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine et spécialiste du travail. En 2008, 67 % des Français déclaraient juger le travail « très important », contre 32,4 % des Finlandais et 41,7 % des Britanniques. « La France a ainsi un rapport au travail comparable à des pays qui ne lui ressemblent pas beaucoup, des pays pauvres, comme la Lettonie ou la Pologne », souligne-t-elle.
Comment expliquer cette singularité ? « D’abord par le chômage : dans les pays où il est fort, la valeur accordée au travail est proportionnellement importante », expose la chercheuse. Seconde cause, culturelle cette fois, « un intérêt particulier accordé au contenu, à l’ambiance, l’intérêt intrinsèque du travail, plus qu’extrinsèque (salaire, etc...) ». Aux yeux de la sociologue, au fil du temps, notre pays a été gagné par « la logique de l’honneur », « l’idée que l’important, c’est le statut ». « Avec mon travail, je dis qui je suis, quel est mon diplôme, mon parcours », résume-t-elle. Conséquence : un « risque de polarisation réel » de la société française, écartelée entre ceux qui ont un travail et les autres. « Depuis le XIXe siècle, nos sociétés sont fondées sur cette valeur. Le travail est devenu l’activité centrale en dehors de laquelle, socialement, on n’est pas grand-chose : celui qui n’a pas de travail n’est pas dans la norme, tout simplement », estime Dominique Méda.
Selon la chercheuse, « le travail devenant un bien de plus en plus rare, les chômeurs sont beaucoup plus nombreux que les autres à dire qu’il est la condition du bonheur ». Cela n’empêche pas qu’on entretienne avec lui un rapport « ambivalent », tantôt détesté, tantôt pleuré, note-t-elle à l’évocation de l’attachement manifesté par les salariés laissés sur le carreau par les plans sociaux. « Déjà, en 1931, des sociologues avaient montré en étudiant le cas de la ville de Marienthal (Alsace), où de nombreuses usines avaient fermé, que, quand on perd son travail, on ne perd pas que son salaire, mais aussi des rythmes sociaux, des rythmes individuels, des tas de choses », évoque Mme Méda.
Pour autant, de l’autre côté, ceux qui conservent un travail ne sont pas complètement épargnés, relève la sociologue, notant que « plus il y a de chômeurs, plus les conditions de ceux qui sont au travail se dégradent, au sens où les gens sont prêts à prendre n’importe quel emploi ». « Ce qui est nouveau, c’est qu’après les employés et les ouvriers, les cadres sont ébranlés à leur tour. Ils voient leur travail considérablement changer, en raison de la pression du risque de licenciement et des nouvelles méthodes de management. Du coup, on observe une double crise de l’emploi et du contenu du travail », conclut-elle.
Avec l’explosion du chômage, la société française est plus que jamais scindée entre privés d’emploi et travailleurs, mais ces derniers, soumis à une précarisation et une pression de plus en plus fortes, se révèlent être des victimes collatérales, selon la sociologue Dominique Méda. Car les Français sont en Europe « parmi les plus attachés à cette valeur travail, aujourd’hui en pénurie », rappelle Mme Méda, professeure de sociologie à l’université Paris-Dauphine et spécialiste du travail. En 2008, 67 % des Français déclaraient juger le travail « très important », contre 32,4 % des Finlandais et 41,7 % des Britanniques. « La France a ainsi un rapport au travail comparable à des pays qui ne lui ressemblent pas beaucoup, des pays pauvres, comme la Lettonie ou la Pologne »,...
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