Guillaume et Serge Bodart.
Les deux marins en herbe ont eu besoin de huit jours pour parcourir les 543 kilomètres entre Genève et Port-Saint-Louis. Huit jours marqués par de nombreuses péripéties, dues en partie à la météo. « Nous sommes partis de Genève le 30 juin, se souvient Guillaume Bodart. Il faisait 33°C. Le lendemain, un temps orageux et de fortes pluies qui ont duré deux jours ont rendu la traversée assez difficile. Nous avons ensuite terminé la première étape avec un vent contraire. »
Le long du Rhône, le père et le fils ont traversé Motz, Murs et Géligneux, Jons, Serrière, Beauchastel, Bollène, Tarascon et enfin Port-Saint-Louis. « Nos journées commençaient en général vers 7 heures pour se terminer aux alentours de 21 heures, avec en moyenne huit à dix heures de pagaye par jour », reprend Guillaume Bodart.
Certains obstacles les obligeaient à mettre pied à terre, mais pour des laps de temps très courts. Le jeune homme poursuit ainsi son récit : « Les barrages et écluses nous obligeaient à accoster. Nous mettions le kayak sur un chariot pour passer ces obstacles, mais cela nous permettait aussi de nous dégourdir les jambes. Notre plus grande performance a été de parcourir 85 km en une journée. »
Des souvenirs à la pelle
Les souvenirs accumulés lors de la descente du Rhône sont nombreux et forts. Guillaume Bodart se rappelle d’abord « une rivière déchaînée, peu après le départ de Genève, avec de forts rapides et remous », le « silence presque complet dans les bras sauvages du Rhône », « l’envol groupé de cygnes », le « vol majestueux d’un héron puis d’un aigle », l’« un orage violent » qui les a obligés à s’arrêter dans une petite crique pour se protéger, « la rencontre avec un serpent sur une rampe de kayak qui mène au fleuve », « l’arrivée à Avignon avec le passage sous le fameux pont », « un taureau le long du vieux Rhône » en s’approchant de la Camargue et enfin « l’horizon et de l’odeur de la mer » en arrivant à Port-Saint-Louis.
Serge et Guillaume Bodart ont entamé la deuxième étape de leur périple le 20 juillet, question de « préparer le bateau ». Il leur a fallu seize jours pour parcourir les 1 617 miles nautiques qui séparent le Port-Saint-Louis/Fos-sur-Mer du port de l’ATCL au Liban. Ils sont passés par les détroits de Bonifacio, entre la Corse et la Sardaigne, et de Messine, entre la Sicile et l’Italie, ainsi que par la Crète et Chypre avant d’arriver au Liban. « Pour arriver le plus rapidement possible à destination, nous n’avons fait que deux escales techniques : à Messine (pour un ravitaillement) et à Larnaca pour obtenir des papiers de passage de douane, précise Guillaume Bodart. Nous avons navigué jour et nuit. Nous nous relayons pour la navigation du bateau. Toutes les trois heures, un des membres de l’équipage (le skipper et nous deux) prenait les commandes. Durant les six heures qui suivaient, il participait aux tâches générales (nettoyage, préparation des repas) et se reposait. Ce rythme que nous nous sommes imposé et les vents favorables mais forts (la force du vent atteignait 8 sur l’échelle de Beaufort) nous ont permis d’arriver avant la date prévue. Mais c’était sans doute la partie la plus éprouvante de cette phase en voilier. »
Tout comme la première étape de ce périple, la traversée en voilier a été marquée par des moments forts. Guillaume Bodart évoque ainsi l’« émotion du départ avec un vent très fort », le « trafic intense des ferry/cargo entre le continent et la Corse/Sardaigne, de jour comme de nuit », les « jeux répétés des dauphins avec notre voilier, une vraie bouffée de bonheur », les « orages » notamment au quatrième jour de la traversée, les « merveilleux levers et couchers de soleil et de lune », le « passage entre les magnifiques îles éoliennes » et le « volcan Stromboli encore en activité », « Éole (dieu des vents) qui nous a bien accompagnés, nous permettant d’arriver quatre jours avant la date prévue », le « mal de terre » la première fois qu’ils se sont arrêtés, l’« impression d’être complètement seuls en mer au terme de deux jours passés au large sans avoir vu d’autres bateaux, une « tortue géante qui se laisse transporter par le courant tout en dormant », « les bancs de poissons volants », « l’interception (via la radio) de notre voilier par un cuirassier des Nations unies en pleine nuit à 30 miles maritimes du Liban pour les vérifications d’usage, et enfin le contact avec les autorités libanaises pour rentrer dans les eaux libanaises, avant de voir le Mont-Liban et Beyrouth et être accueillis chaleureusement au port de l’ATCL comme seuls les Libanais savent si bien le faire ! »


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