Désormais, le Liban politique est entré dans la phase préélectorale. Toutes les initiatives et toutes les déclarations ont en toile de fond l’obsession des législatives de 2013, mais aussi celle de la présidentielle de 2014 puisque c’est le nouveau Parlement qui devra élire le nouveau président, sur fond de crise syrienne à l’issue encore floue. Si chaque partie a ses intérêts et ses souhaits, les divergences sont surtout visibles entre les deux camps chrétiens en dépit des tentatives de Bkerké de favoriser l’adoption d’une vision unifiée. Le patriarcat maronite avait ainsi tenté de créer une dynamique entre les chrétiens du 14 Mars et ceux du 8 Mars sous le titre : pour une meilleure représentativité des chrétiens. En confirmant l’importance du modèle libanais pour l’ensemble du monde arabe et pour la présence des chrétiens dans la région, la visite du pape Benoît XVI aurait dû donner un nouvel élan à une entente interchrétienne au sujet de la loi électorale, mais il a fallu bien vite déchanter. Si les deux camps sont d’accord pour considérer qu’en théorie, la loi de 2009 (1960 amendée) est défavorable aux chrétiens puisqu’une grande partie de leurs sièges sont choisis par des non-chrétiens, ils ne parviennent pas à s’entendre sur une même formule, d’autant que dans le fond, s’ils sont tous chrétiens, ils sont aussi les principaux rivaux qui détermineront l’issue de la bataille électorale, sans compter qu’ils sont aussi liés par les intérêts de leurs alliés musulmans.
La loi de 2009 avait donc fait dépendre une partie des sièges parlementaires chrétiens des voix sunnites, druzes et chiites. Ce diagnostic est incontestable, mais la solution reste difficile à trouver. Dans l’absolu, le principe du vote proportionnel est celui qui assure la meilleure représentativité chrétienne et il est censé plaire aux deux camps chrétiens car s’il fait perdre au CPL des sièges au profit des chrétiens du 14 Mars dans certaines circonscriptions, l’inverse est vrai dans d’autres, alors qu’il assure l’élection des députés chrétiens par des voix chrétiennes. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si les plus farouches opposants au principe de la proportionnelle sont le courant du Futur et le PSP, qui, non seulement pourraient perdre « leurs » chrétiens, mais, de plus, auraient du mal à conserver la grande majorité des sièges druzes et sunnites. L’avantage du scrutin proportionnel est justement de permettre aux formations minoritaires au sein de chaque communauté et dans chaque région d’avoir des élus en proportion avec leur poids populaire réel. Or si les différents protagonistes druzes sont connus, un nouvel élément est apparu sur la scène sunnite avec l’émergence des mouvements salafistes qui pourraient être tentés de se lancer seuls dans la bataille électorale si le scrutin proportionnel est adopté. Avec le scrutin proportionnel, tel qu’il est présenté dans le projet du gouvernement, le courant du Futur devrait perdre une partie des sièges sunnites, notamment à Tripoli, à Saïda, à Beyrouth et dans la Békaa-Ouest. Il en est de même pour le parti de Walid Joumblatt qui contrôle actuellement les sièges de Aley (il a lui-même cédé un siège à l’émir Talal Arslane à Aley) et du Chouf. Pour la communauté chiite, aucune formule n’est susceptible d’apporter un grand changement, puisque le couple Amal-Hezbollah continue de bénéficier de 90 % des voix selon tous les sondages et en dépit de l’émergence d’un mouvement chiite proche du 14 Mars. Ce courant mise sur la chute du régime syrien pour augmenter sa popularité au sein de la communauté. Mais pour l’instant, rien n’indique que les tendances politiques au sein de la communauté sont en train de changer et aussi bien Amal que le Hezbollah ont déclaré à maintes reprises qu’ils sont d’accord avec toute formule qui convient à leurs alliés chrétiens.
Une source proche du 8 Mars estime que face à ce tableau, les chrétiens du 14 Mars sont coincés. Ils sont conscients du fait que le projet de loi électorale du gouvernement est plus favorable aux chrétiens en général, mais il n’est pas à l’avantage du 14 Mars dans son ensemble. Au contraire, certains instituts de sondage estiment que s’il était adopté, ce projet pourrait assurer la victoire du 8 Mars, sans même avoir recours aux députés de Walid Joumblatt (ils partent plus ou moins avec un paquet de 58 voix et ils peuvent obtenir sept sièges grâce à la proportionnelle). C’est d’ailleurs là que réside la principale cause du refus de ce projet par le chef du PSP, qui souhaite conserver son poids politique décisif au Parlement et au gouvernement. Dans une initiative bien étudiée, Walid Joumblatt a donc décidé de mettre un terme au refroidissement de ses relations avec les Forces libanaises et il a envoyé le ministre Waël Bou Faour auprès du chef des FL, Samir Geagea. Au menu de l’entretien, les prochaines élections. Mais si les deux partis sont d’accord pour rejeter le scrutin proportionnel, ils ne sont pas pour autant d’accord sur une formule de rechange.
La même source proche du 8 Mars explique à ce sujet que pour neutraliser le projet du gouvernement, les chrétiens du 14 Mars ont choisi de faire de la surenchère en réclamant de petites circonscriptions, tout en sachant que le camp du 8 Mars n’acceptera pas une telle formule. L’idée serait donc de gagner du temps pour en revenir finalement à la loi de 2009. La source du 8 Mars précise encore que ce camp n’est pas prêt à accepter une telle formule.
La bataille pour la nouvelle loi électorale est donc engagée et chaque camp cherche à consolider ses positions. La solution pourrait venir d’une initiative de la part du Hezbollah en direction du courant du Futur. Mais pour l’instant, rien de concret n’est envisagé.


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