Heureux celui qui peut contenter tout le monde et son père. Les esprits chagrins étant de toutes les occasions, s’ils ont parfaitement assimilé l’intermède protocolaire du palais présidentiel de Baabda, applaudi à l’accompagnement de pratiquement tous les instants du président de la République au Saint-Père, ils ont eu du mal à digérer la présence des grosses pointures du pays, avec gardes du corps envahissants, installés aux premiers rangs, pour la célébration d’une messe qui se devait en premier lieu populaire.
Nous n’allons quand même pas chicaner pour si peu, ayant pris l’habitude de voir débarquer ce genre de personnages au premier attroupement majeur, jouant des coudes afin de s’installer aux places de choix – être et paraître –, se faire encadrer par les caméras de télévision, exhiber en public leur piété de circonstance, comme s’ils pouvaient attirer uniquement sur eux-mêmes en les accaparant, les bénédictions célestes que le Saint-Père donnait aux Libanais.
Quoi qu’il en soit, du début à la fin, l’organisation de cette visite fut impeccable. Canaliser un flot humain allant jusqu’à quatre cent mille personnes, coordonner les déplacements de l’auguste visiteur, assurer sa sécurité à chaque seconde, tout cela a demandé une logistique impressionnante et d’immenses moyens. Que tous ceux qui ont participé à cette réussite, particulièrement les jeunes bénévoles, les scouts et guides du Liban qui se sont dépensés sans compter sous un soleil de plomb, soient remerciés.
Je remercierai également celui qui à grand-peine a pu se retenir jusqu’au départ du Saint-Père de nos cieux pour faire son petit esclandre nocturne, nous ramenant subitement du rêve à la réalité. Comme quelqu’un qui vous lance un seau d’eau glacée à la figure. Vous écoutiez sereinement les chorales au son pur louant Dieu, pour vous réveiller à la voix gutturale du secrétaire général de son parti, annonçant l’apocalypse, à cause d’un film portant atteinte au Prophète.
Ce film abject, ce ne sont pas les Libanais qui l’ont fait. Tous d’ailleurs sans exception aucune, comme un seul homme, ont dénoncé avec la dernière énergie qu’on puisse dénigrer la sacralité des croyances des religions célestes. Ce n’est pas en s’en prenant aux enseignes à consonance étrangère, en envahissant les rues, qu’on répare une faute qui, pour d’aucuns, s’apparente à un crime, mais dont sont innocents leurs concitoyens qui, eux seuls en premier, payent les pots cassés.
Personne ne me convaincra que d’un élan magique cette foule s’est mobilisée d’elle-même. La même panoplie de casseurs s’y retrouve à chaque fois, proférant des menaces, abreuvant d’injures les grands de ce monde, déversant leur haine monnayée sur les devantures des magasins et des restaurants.
À la décharge du secrétaire général du parti de Dieu, et contrairement aux autres, même si la parlotte est identique, ses dernières manifestations furent exemptes de grabuge, les forcenés aux mines patibulaires ont été tenus hors caméras, mais le résultat est le même. Des magasins fermés, des restaurants, des hôtels et autres lieux publics vides, touristes apeurés fuyant nos cieux, jeunes et moins jeunes pointant au chômage et prenant d’assaut les chancelleries pour voir si le ciel leur serait plus doux ailleurs.
Cela sans compter la nouvelle industrie naissante et semble-t-il florissante. Il s’agit, on l’a compris,des enlèvements contre rançon, au vu et au su de tout le monde qui, à ce compte-là, fera fuir les quelques nantis téméraires qui restent dans nos murs. Comme quoi la pauvreté serait devenue une qualité protectrice. Autant donc fermer nos écoles et universités, laisser traîner nos enfants dans les rues, leur inculquer dès leur plus jeune âge que la rectitude, la bonne moralité, les diplômes sont des inepties et que seul le crime paye et rapporte gros.
Encore faut-il pouvoir prélever des taxes sur ce produit, sinon comment régler les émoluments revus à la hausse – vertigineuse – de nos députés et ministres qui, je présume, ne sont pas dans le besoin. J’en ai vu quelques-uns parader à bord de bolides rutilants avec toute leur escorte ; leurs demeures, on le sait, sont situées dans des quartiers huppés, mais je n’en ai pas rencontré un seul qui faisait la manche.
Trêve de plaisanteries, le pays va à vau-l’eau, il est exsangue, les caisses sont vides, et d’aucuns sans vergogne ne pensent qu’à s’emplir la panse, au lieu de chercher les moyens de faire appliquer les lois, renforcer la police et l’armée, imposer à tous les parties et partis armés ou non, le respect de l’État, de ses institutions, faire rentrer dans les méninges de tous que vivre dans ce pays, c’est avant tout l’aimer, et l’aimer lui seul.
Enfantin ? Mais ce qui se passe dans notre pays ne l’est-il pas, tant il est poignant de constater le stade de dislocation que nous avons atteint ? Chacun veut le jouet de l’autre, sinon, juste pour le bisquer, il le casse. En classe de maternelle on ne fait pas mieux. Sans doute est-ce pour cela que chaque partie se réfugie sous la férule d’un tuteur, assurément étranger.
Les législatives sont à nos portes, et quel que soit le mode de scrutin adopté, il sera celui de la dernière chance. Il est impératif que les électeurs ouvrent grands leurs yeux, élisent non ceux qui leur ont raconté des bobards, promis monts et merveilles, puis les ont appauvris, mais uniquement ceux qui ont vraiment à cœur la pérennité du Liban... Il faut chasser les marchands du temple.
Pour une fois dans l’histoire tumultueuse de notre pays, que ce vote soit un vote sanction !
Georges TYAN


Impressionnant, Mr. Tyan. One ne peut trouver rien a redire a votre article.J'ai particuliere ment apprecie: "Pour une fois dans l’histoire tumultueuse de notre pays, que ce vote soit un vote sanction ! " Tout a fait d'accord! Et pourtant j'aurais une question: sanctionner quoi au juste? Les candidats qui descendront dans l'arene en Juin 2013 qu'auront-ils dans leurs baggages autre que des critiques? Auront-ils quelques alternatives a offrir a ce bon peuple? J'en doute fort. Mais alors, si c'etait le cas, le proverbe cru serait de mise: "La ou il a c...., on l'a pendu"! Mr. Tyan croyez-moi tant que les candidats n'auront pas d'alternatives credibles a offrir, n'essayons pas de croire au Pere Noel.Aucun progres ne peut etre realise.Tant que les candidats n'ont pas de plan d'action detaille a offrir aux electeurs n'esperons pas qu'il y aura un changement quelconque.
10 h 41, le 24 septembre 2012