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Quand l'armée libanaise et la Finul simulent le combat

Liban-Sud Depuis février 2012 sont organisés des entraînements et des patrouilles conjointes entre les forces armées libanaises et la Force Commander Reserve de la Finul.
20/09/2012

Une forme de collaboration inédite visant à renforcer la cohésion et la complémentarité des deux armées, pour le maintien de la paix au Liban-Sud. Immersion au sein de cette coopération, au camp d’entraînement de la FCR à Dayr Kifa.


Samedi, 8h. La dernière journée du stage d’entraînement conjoint débute. Vingt-quatre binômes de militaires français et libanais viennent de vivre quatre jours d’entraînement commun. Ces stages réalisés depuis février 2012 sont une première dans l’action de la Finul au Liban-Sud. Les soldats de rang français et libanais se sont entraînés ensemble au tir, à la protection de foule, au sauvetage en combat, à réagir face à un engin explosif improvisé... Ils ont vécu, mangé, dormi ensemble et une camaraderie s’est installée. Malgré la barrière linguistique, une complicité s’est développée progressivement améliorant la cohésion interarmée.

 

Pour ce dernier jour d’entraînement, les militaires effectuent un exercice de synthèse : une simulation de combat en localité défensive (la Finul est une force d’intervention défensive uniquement). Pendant une heure et demie, une formation de 16 militaires va arpenter le camp d’entraînement, progressant stratégiquement entre les bâtiments, les containers et les murets de pierre. Sous le regard et les ordres du sergent instructeur, le groupe devra atteindre un point stratégique en évitant au maximum d’être exposé à un ennemi imaginaire. Chacun des participants vit cette simulation avec un sérieux et un réalisme impressionnants.

 

Sous un soleil de plomb, les soldats observent tout autour d’eux, se couchent ventre a terre, pointent leur fusil vers des zones de danger potentiel. Lorsqu’un soldat feint d’être touché par balle, ses coéquipiers lui délivrent les premiers soins et le mettent en zone sécurisée, avant de poursuivre leur progression. Une fois le parcours terminé, les soldats vont effectuer une simulation de contrôle routier. Sous le regard amusé des autres stagiaires, trois véhicules sont contrôlés. Les occupants étant plus ou moins disciplinés, l’intervention va prendre une tournure musclée lorsqu’une arme sera trouvée dans un des véhicules. À la fin de l’entraînement, les militaires se réunissent autour de l’instructeur qui leur fera partager son impression sur la simulation effectuée: «Très bonne motivation, félicite le sergent. Continuez ainsi à vous entraîner et à pratiquer ce que vous avez appris afin de ne pas perdre vos réflexes.»


L’entraînement se termine à 12h, c’est désormais le moment de la remise des diplômes. La section française et la section libanaise sont alignées face au commandant en charge des instructions, qui félicite le groupe pour son implication, sa détermination, et pour la cohésion développée au cours du stage, car c’est l’objectif principal de cet entraînement conjoint. Une fois la remise des diplômes effectuée, l’atmosphère se détend et revient alors la complicité apparue au cours du stage. Une ultime photo de groupe est prise, les soldats se donnent l’accolade, les surnoms ressortent une dernière fois et certains échangent leurs écussons en guise de souvenir.


«La fraternité d’arme naît très rapidement grâce à ces entraînements, explique le lieutenant-colonel Chipot. La FCR et les FAL s’enrichissent mutuellement des savoir-faire de l’autre armée, d’autant plus qu’il n’y a pas de relation élève-instructeur entre les deux armées. On s’entraîne ensemble, on partage notre expérience et c’est ainsi que améliore notre efficacité sur le terrain.» Ce mode d’entraînement est une première dans l’histoire de la Finul et tous les militaires concernés semblent satisfaits par cette pratique, d’autant plus pour la FCR qui est l’élément d’intervention d’urgence de la force. Capable de se déployer dans tout le Liban-Sud en moins de trois heures, cette division formée par 900 militaires français se doit de coopérer étroitement avec les FAL afin de connaître le mieux possible son théâtre d’intervention (qui va du fleuve Litani à la ligne bleue).


À 14h15, après la pause déjeuner et pendant qu’une partie du camp se repose, un groupe de combat de neuf hommes se prépare à partir en patrouille avec les FAL, dans le secteur est de la Finul. Autre forme de coopération visant à appuyer les FAL dans leur travail et à perfectionner la connaissance du terrain. Le sergent-chef de la patrouille répète ses instructions au groupe, fait un dernier briefing sur l’itinéraire à suivre, l’endroit où sera récupérée l’interprète et le point de rencontre avec l’armée libanaise. La patrouille se fera dans le secteur attribué au contingent indien de la Finul, entre Marjeyoun et Chebaa, 8 villages seront traversés, 2 haltes sont programmées et le retour au camp est prévu pour 20h30.

Un intrus et son téléphone portable...
14h30, les trois véhicules formant le convoi français (deux Jeep et un véhicule blindé de combat d’infanterie ou VBCI, de 28 tonnes) quittent le camp direction Marjeyoun, où les FAL doivent être retrouvés à 15h30 pour démarrer la patrouille. L’interprète libanaise (une civile qui accompagne quotidiennement ces déplacements) est récupérée en route, puis les FAL sont retrouvées comme prévu à 15h30. De rapides saluts militaires sont échangés entre les soldats et les deux chefs de groupe français et libanais font le point sur l’itinéraire, les haltes et les endroits risqués (les FAL pouvant imposer toute modification d’itinéraire à la FCR). La patrouille peut alors démarrer, la Jeep libanaise transportant 6 soldats, plus le chef de groupe prend la tête du convoi, suivis par les deux Jeep FCR, le VBCI ferme la route. Cette disposition restera la même tout au long de l’après-midi. L’allure est plutôt modérée pour permettre aux soldats de scruter les environs, les détails et tout type de comportements suspects. La vigilance de la part des soldats semble effective, et la seule anomalie signalée au cours de la patrouille sera un passager de voiture filmant le convoi avec son téléphone portable. Pendant 4 heures la patrouille sillonnera les routes de la région. Passant par Hebbariyé, Chebaa, Ain Arab, Kleyaa et d’autres villages reculés où l’atmosphère, le décor et les habitants contrastent avec les véhicules blancs et les Casques bleus de la Finul. Les réactions dues au passage de la patrouille sont variées, certains l’ignorent, d’autre la suivent d’un regard froid et distancé, des sourires s’affichent et quelques saluts sont mimés, mais aucunes hostilité n’est affichée.


Durant les haltes peu d’échanges se feront entre les soldats libanais et français (un lieutenant de la FCR nous expliquera que la présence de deux journalistes a surement poussé le chef du groupe des FAL à demander à ses hommes de rester discrets et silencieux). Lors d’une halte à Ain Arab, quatre soldats français iront acheter des rafraîchissements chez l’épicier du village afin d’avoir quelques contacts «normaux» avec la population. Le marchand les accueillera par un salut militaire maladroit, auquel ils répondront par un amusant «Salamou aleikom». L’échange est bref mais amical. Puis la patrouille reprend sa progression pour prendre fin à Marjeyoun à 19h30, comme prévu. Les deux chefs de groupe feront alors un rapide bilan sur la patrouille, se féliciteront pour l’efficacité de leur groupe respectif et une poignée de main franche et amicale viendra conclure cette journée de coopération interarmée.
Aux alentours de 21h, le convoi français est de retour au camp de Dayr Kifa, où les véhicules et l’équipement seront directement nettoyés et préparés afin d’être opérationnels immédiatement en cas de besoin.


«Une sortie habituelle, conclut le soldat Olivier qui vient de participer à la patrouille. Nous ne ressentons pas d’angoisse particulière, c’est un peu comme lorsque l’on se promène en ville, il faut rester vigilant, regarder avant de traverser. Ici, c’est pareil, et nous continuons à nous entraîner pour parer à toute éventualité.»

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