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Nos lecteurs ont la parole

I.- Les vestiges archéologiques du centre-ville de Beyrouth

Harès BOUSTANY 

Beaucoup de choses ont été dites et écrites, ces dernières semaines, sur les vestiges archéologiques du centre-ville de Beyrouth. Quelques vérités et beaucoup d’erreurs et de contre-vérités ont été véhiculées, par des journalistes en mal de scoops sensationnels et leurs affirmations gratuites ont ébranlé une grande partie des intellectuels et de la population.
Ceux qui ont colporté ces informations n’ont pas eu l’idée d’enquêter auprès des archéologues qui ont travaillé depuis 1992 au centre-ville, qu’ils aient appartenu à la Direction générale des antiquités ou aux différentes universités libanaises ou étrangères, sous la houlette de l’Unesco. C’est pourquoi il nous a paru nécessaire de mettre les choses au point.
Les principes généraux :
Il existe deux techniques de fouilles archéologiques : les fouilles en rase campagne dans les zones inhabitées et les fouilles de sauvetage en milieu urbain.
Dans le premier cas, les archéologues ont toute la latitude et tout le temps nécessaire pour mener à bien une fouille horizontale qui leur permettrait d’étudier à loisir tous les vestiges découverts. Alors que les fouilles en milieu urbain sont des fouilles de sauvetage, elles suivent la technique des fouilles verticales pour étudier les composantes de toutes les cultures accumulées au fil des siècles, les unes au-dessus des autres.
Il faut attirer l’attention, ici, sur un critère culturel qui est devenu le crédo des instances culturelles internationales à savoir : l’architecture est le seul art qui détermine l’évolution d’un peuple ou d’une nation et que l’on ne peut arrêter cette évolution surtout dans l’essor des grandes villes. 
Donc le travail consiste à scruter les strates archéologiques et à les démanteler scientifiquement pour arriver à la couche fondatrice de la ville et cerner ainsi la date de sa fondation et de son évolution.
En ce qui concerne le Liban et les Libanais, notre civilisation mère est celle des Cananéens-Phéniciens. C’est donc ce niveau culturel que nous devons atteindre et étudier après avoir démantelé scientifiquement toutes les couches supérieures.
Beyrouth ayant été envahie et occupée plusieurs fois au cours des siècles, nous sommes souvent confrontés dans notre travail à un entassement de vestiges archéologiques dont les plus récents remontent à l’époque ottomane et coiffent plusieurs strates culturelles. Ces dernières vont de l’époque mamelouke à l’époque cananéenne-phénicienne qui est le plus ancienne, en passant par les époques suivantes : croisée, arabe, byzantine, romaine, hellénistique, perse et mésopotamienne.
Il est à noter qu’au fil des siècles la strate phénicienne s’est vu déborder par des structures et des constructions qui appartiennent à des civilisations plus récentes et que, par conséquent, dans certains quartiers à la périphérie de l’ancienne Beyrouth, nous risquons de trouver, à même le sol vierge, des vestiges appartenant à des culture plus récentes tels des vestiges grecs, romains, byzantins, arabes ou autres.
Le démantèlement des strates superposées est connu des archéologues depuis plus d’un siècle et ils y ont en recours même dans les grands chantiers où il n’y avait pas de contrainte. Maurice Dunand, un des plus grands archéologues français l’a expérimenté avec bonheur à Byblos dans la première moitié du XXe siècle, alors qu’il n’existait aucune technique moderne telle le phototopostéréo grammetrie ou le scanner. En fouillant le site de Byblos, Maurice Dunand avait découvert un petit odéon romain au centre duquel avait été incrustée une des plus belles mosaïques, celle représentant le dieu Bacchus, qui est actuellement exposée au musée national de Beyrouth. En faisant un sondage autour de cet odéon et après avoir enlevé le mosaïque, Dunand découvrit une structure architecturale sous le petit monument. Il décida de le déplacer en numérotant ses pierres et le reconstruisit à côté de la nécropole royale face à la mer. Il découvrait alors le temple égyptisant aux obélisques, un bijou architectural du XVIIe siècle av. J-C.
Ayant fait un autre sondage, il découvrit derechef d’autres structures plus anciennes, il décida de déplacer tout le temple à l’est du site. Il découvrait alors le temple en L qui remonte au IIIe millénaire av. J-C.
(À suivre)

Harès BOUSTANY 

Archéologue

Professeur à l’UL
Beaucoup de choses ont été dites et écrites, ces dernières semaines, sur les vestiges archéologiques du centre-ville de Beyrouth. Quelques vérités et beaucoup d’erreurs et de contre-vérités ont été véhiculées, par des journalistes en mal de scoops sensationnels et leurs affirmations gratuites ont ébranlé une grande partie des intellectuels et de la population. Ceux qui ont colporté ces informations n’ont pas eu l’idée d’enquêter auprès des archéologues qui ont travaillé depuis 1992 au centre-ville, qu’ils aient appartenu à la Direction générale des antiquités ou aux différentes universités libanaises ou étrangères, sous la houlette de l’Unesco. C’est pourquoi il nous a paru nécessaire de mettre les choses au point. Les principes généraux :Il existe deux techniques de fouilles...
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