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À La Une - L'impression De Fifi Abou Dib

Bonne volonté

Voilà longtemps que nous sommes en attente d’une nouvelle rafraîchissante. Nous en recevons parfois, sur le succès d’un Libanais ou d’une Libanaise à l’étranger. Intra-muros, pas grand-chose. Alors, Angelina Jolie à Beyrouth, comment prendre cette info ? L’actrice américaine est une « people ». Le genre de personnes que les badauds guettent devant les yachts amarrés dans les ports en vue de la Côte d’Azur ; ou qui avancent sur les tapis rouges, irréelles dans le crépitement des flashs. Le genre dont la présence ajoute des paillettes à la fête, à elle seule l’incarnation du luxe, du glam et d’un art de vivre quasi inaccessible. Quel bon vent ? Un vent mauvais, une fois n’est pas coutume. Angelina Jolie, sobre jusqu’à l’austérité dans une longue robe beige, est (était ?) au Liban en qualité d’ambassadrice de bonne volonté du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés.


Et de réfugiés, nous en avons à la pelle, des anciens, des nouveaux, des locaux, des étrangers, des régionaux. Nous l’avons été nous-mêmes, réfugiés dans d’autres pays. Nous savons ce que le mot veut dire, à des degrés différents. Nous avons connu la disgrâce des déracinés, les tracasseries administratives, l’embarras sinon la culpabilité, le mot n’est pas trop fort, de débarquer dans un lieu auquel on n’appartient pas et d’y chercher, malgré tout, sa place. Nous avons connu le rejet, les regards suspicieux, les accueils froids. Certains d’entre nous n’avaient plus rien, pas même une photo, une odeur, une poignée de terre de leur vie passée. Tout leur restait à réinventer. Nous avons connu les longues et parfois douloureuses périodes d’adaptation au bout desquelles nous avons perdu le courage de revenir. Mais nous avons aussi connu des sourires, des élans de générosité fabuleux, des gens qui venaient à nous avec leur solitude chercher un peu de soleil que nous avions engrangé. Nous avons reçu, nous avons donné, nous avons eu le sentiment de contribuer à la fusion des deux mondes.


Dans notre pays composé de régions enclavées, d’îlots monochromes où l’on réfère vivre entre soi, avec le souvenir amer des turbulences (euphémisme) engendrées par la mauvaise gestion des camps palestiniens, nous voilà devenus nous-mêmes réfractaires à l’accueil des étrangers, fussent-ils, comme les Syriens, des proches parmi les proches. Aujourd’hui, quand nous voyons une de ces voitures poussiéreuses, peinant sous le fardeau d’une vie entière serrée dans quelques méchantes valises, immatriculée à Homs, Hama, Damas ou Deir ez-Zor, nous ressentons certes une grande compassion, mais avouons-le aussi une certaine inquiétude.


Contre cette mauvaise volonté donc, normale puisque prévue dans les tablettes des Nations unies, un commis exceptionnel avec un titre incroyable : ambassadrice de bonne volonté. Angelina Jolie a éclairé de son sourire la misère des camps, et sa beauté a effacé toute laideur. Elle nous a remerciés du peu que nous avons fait. Nous en ferons davantage.

Voilà longtemps que nous sommes en attente d’une nouvelle rafraîchissante. Nous en recevons parfois, sur le succès d’un Libanais ou d’une Libanaise à l’étranger. Intra-muros, pas grand-chose. Alors, Angelina Jolie à Beyrouth, comment prendre cette info ? L’actrice américaine est une « people ». Le genre de personnes que les badauds guettent devant les yachts amarrés dans les ports en vue de la Côte d’Azur ; ou qui avancent sur les tapis rouges, irréelles dans le crépitement des flashs. Le genre dont la présence ajoute des paillettes à la fête, à elle seule l’incarnation du luxe, du glam et d’un art de vivre quasi inaccessible. Quel bon vent ? Un vent mauvais, une fois n’est pas coutume. Angelina Jolie, sobre jusqu’à l’austérité dans une longue robe beige, est (était ?) au Liban en qualité...
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