À la veille du 27 août, fête de la Sûreté générale qui sera célébrée pour la première fois cette année, le directeur général de cette institution, le général Abbas Ibrahim, a reçu le conseil de l’ordre des journalistes pour une conversation à bâtons rompus. Les sujets sont nombreux et les questions fusent comme des roquettes, mais le général Ibrahim ne se départit jamais de son calme et reste confiant dans l’avenir. « La situation syrienne, déclare-t-il, a des répercussions sur le Liban, mais nous ne sommes pas au bord de la guerre civile. »
Ponctuel, le général Ibrahim fait son entrée dans la salle de conférences du bâtiment de la Sûreté générale à 19h30 pile. Il salue un à un tous les journalistes présents et commence par insister sur le rôle de la presse, notamment en raison de son influence sur l’opinion publique. Il ajoute que nul ne doit contrôler les médias, sauf la conscience de ceux qui travaillent dans ce secteur et le sens de la responsabilité nationale. Revenant sur les critiques qui lui sont adressées depuis quelque temps, le général Ibrahim a affirmé qu’il ne fait qu’appliquer la loi, celle-ci restant son plafond. Si elle déplaît, il faut la changer et il y a des procédures pour cela. Ibrahim a aussi affirmé que ceux qui l’appuient ne doivent pas croire qu’ils peuvent le pousser à commettre des erreurs tout comme ceux qui l’attaquent ne doivent pas croire qu’ils pourront le contraindre à se rétracter.
D’emblée, le général Abbas Ibrahim annonce qu’il y aura désormais une fête de la Sûreté générale chaque année le 27 août, date à laquelle la Sûreté générale libanaise est née avec un premier directeur général qui s’appelait Édouard Aboujaoudé. Il a aussi précisé que cette initiative n’a aucune portée politique ou autre. Elle s’inscrit dans le cadre de la volonté de cultiver la mémoire. Car, a-t-il dit, celui qui ne regarde pas son passé n’a pas d’avenir.
Le principal sujet qui s’est ensuite imposé dans la conversation porte sur les onze pèlerins enlevés en Syrie et les contacts entrepris par le ministre de l’Intérieur et lui-même avec les responsables turcs. Ibrahim a déclaré que depuis le premier jour de l’enlèvement, il a pu localiser son lieu et il est aussitôt entré en contact avec le chef des SR turcs qu’il connaissait depuis l’époque où il était dans l’armée. « Je l’ai contacté hier encore et il m’a réaffirmé qu’il n’y a pas d’inquiétude à avoir sur le sort des onze pèlerins. Il m’a aussi répété que les Turcs ne posent aucune condition préalable pour aider à leur libération, comme cela a été dit ». Le général Ibrahim a encore déclaré à ce sujet que l’État libanais n’a d’autre choix que de traiter ce dossier via les Turcs car un État ne peut avoir de contacts qu’avec un autre État.
Au sujet des nouveaux groupes qui apparaissent depuis quelque temps et qui rappellent aux Libanais l’époque de la guerre civile, le général Ibrahim a déclaré que ce qui se passe dans la région, et en particulier en Syrie, a des répercussions sur nous. L’apparition de ces groupes est donc l’une des conséquences de la crise syrienne. « Mais le Liban, a-t-il affirmé, ne se laissera pas entraîner vers la guerre civile. Je ne suis pas inquiet à ce sujet. La guerre civile ne peut éclater lorsqu’un problème reste limité à une région. De plus, une guerre civile a besoin d’interventions internes et étrangères. Or je ne crois pas qu’il existe au Liban une volonté politique et populaire d’orienter le pays dans cette direction. »
Évoquant la situation à Tripoli, le général Ibrahim a estimé que l’extrémisme est la principale cause de ce qui se passe et ce phénomène n’est pas innocent. « Mais nous faisons tout, a-t-il ajouté, pour que la boule de feu tripolitaine ne s’étende pas à d’autres régions. Nous localisons les régions sensibles et nous multiplions les contacts pour éviter l’éclatement d’incidents. Nous entreprenons des contacts avec toutes les parties, et les différentes institutions militaires et sécuritaires coordonnent entre elles. »
Le général Ibrahim s’est déclaré confiant du fait que la route de l’aéroport ne sera plus fermée, ainsi que les autres routes d’ailleurs, affirmant travailler dans ce sens selon les directives du président de la République qui, alors qu’il était encore commandant en chef de l’armée, avait donné des instructions pour que les routes restent ouvertes et pour faire régner la sécurité dans tout le pays sans verser du sang.
Au sujet de l’existence de camps d’entraînement de l’Armée syrienne libre au Liban ainsi que de l’afflux d’armes vers et de la Syrie, le général Ibrahim a précisé que ces informations sont amplifiées pour provoquer l’inquiétude chez les gens.
À propos de l’affaire Chadi Mawlaoui, le général Ibrahim a déclaré : « Je suis convaincu que j’avais raison d’agir comme je l’ai fait. D’ailleurs, le pays paie jusqu’à aujourd’hui le prix de cet incident. »
Le général Ibrahim a encore déclaré que la Sûreté traite le cas de l’enlèvement de Hassan Moqdad comme celui des autres otages. « Nous sommes concernés par le sort de tous les Libanais où qu’ils se trouvent », a-t-il ajouté.
Au sujet de la censure exercée sur certains films et publications, le directeur de la Sûreté a répondu que « la loi donne ce pouvoir à la Sûreté qui collabore dans ce domaine avec une commission chargée officiellement de ce dossier et avec les ministères concernés. Nous respectons les dispositions de la loi qui nous demande d’empêcher l’impact négatif de ces publications ou œuvres sur la société. Ceux qui s’opposent à notre action devraient œuvrer pour amender la loi ».
Le directeur de la Sûreté a encore annoncé que le Liban devrait adopter très bientôt le passeport biométrique qui devrait faciliter les formalités des voyageurs aux entrées et aux sorties du pays.
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