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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

In absentia

Elle est supposée être aveugle et, de fait, l’allégorie la représente maniant une balance, les yeux bandés. Aveugle la justice, on veut bien. Mais borgne? Telle est bien pourtant la tare que se voit reprocher de longue date un appareil judiciaire libanais incroyablement léthargique le plus souvent, et capable cependant de connaître de soudains accès de zèle.

C’est bien ce qui s’est produit jeudi, avec la demande de levée de l’immunité du député Mouin Merhebi communiquée au président de l’Assemblée par le ministre de la Justice. Sans doute celui-ci ne pouvait-il faire autrement : c’est de la Cour de cassation qu’émanait en effet la requête, suite à une plainte en diffamation contre le député Merhebi présentée devant cette instance par le commandement de l’armée. Merhebi avait dénoncé en termes très durs les ambitions présidentielles prêtées au général Jean Kahwagi, qu’il accusait d’user de la troupe pour exécuter le sale boulot exigé par l’Iran et la Syrie.

Il reste que cette démarche risque fort d’être repoussée par le Parlement, au motif que tout élu ne saurait en aucun cas être poursuivi pour délit d’opinion : auquel cas ce coup de glaive dans l’eau n’aurait finalement servi qu’à jeter une lumière crue sur tous les cas où la même justice a brillé, au contraire, par son absence. Où c’est sur la bouche que Thémis a préféré se nouer le fameux bandeau.

Car elle a fait le mort, la vénérable Dame, lorsqu’il s’est agi, tout dernièrement, de donner quelque semblant de suite à la piste syrienne retenue pourtant par le juge d’instruction dans l’affaire du convoyage d’explosifs, laquelle, outre l’ancien député et ministre Michel Samaha, mettait explicitement en cause deux responsables des moukhabarate baassistes. Il aura fallu qu’elle se fasse houspiller par le président de la République en personne pour qu’elle daigne s’émouvoir du spectacle, étalé sur les écrans de télévision, de miliciens en armes arborant leur souveraineté tribale et exhibant fièrement leur moisson d’otages récoltée dans les rues. Et c’est près d’une semaine après le début du dernier round d’affrontements à Tripoli que le parquet se décide à presser toutes les polices d’œuvrer à identifier les protagonistes qui terrorisent la ville, tout fiers, eux aussi, de parader avec leurs armes devant les caméras.

Sunnites et alaouites en guerre – quasi endémique, désormais – dans la deuxième ville d’un Liban dont les dirigeants parlaient de veiller, tous ensemble, à le garder à distance du brasier syrien. C’est de leurs responsabilités, en réalité, que nombre d’entre eux ont pris leurs distances. Les condamner pour défection ne serait que stricte justice.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Elle est supposée être aveugle et, de fait, l’allégorie la représente maniant une balance, les yeux bandés. Aveugle la justice, on veut bien. Mais borgne? Telle est bien pourtant la tare que se voit reprocher de longue date un appareil judiciaire libanais incroyablement léthargique le plus souvent, et capable cependant de connaître de soudains accès de zèle. C’est bien ce qui s’est produit jeudi, avec la demande de levée de l’immunité du député Mouin Merhebi communiquée au président de l’Assemblée par le ministre de la Justice. Sans doute celui-ci ne pouvait-il faire autrement : c’est de la Cour de cassation qu’émanait en effet la requête, suite à une plainte en diffamation contre le député Merhebi présentée devant cette instance par le commandement de l’armée. Merhebi avait dénoncé en termes...
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