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Nos lecteurs ont la parole

Terminus, tout le monde descend

Par Salim F. DAHDAH
L’affaire de ces derniers jours, celle de l’arrestation de Michel Samaha, semble vouloir sonner le tocsin d’un feuilleton dramatique et sanglant commencé en avril 1975 à Aïn el-Remmané, sous l’œil « vigilant et bienveillant » d’un régime alaouite voisin et néanmoins frère, agissant pour compte d’un commanditaire dont les intérêts géopolitiques et stratégiques régionaux n’étaient pas évidemment compatibles avec le maintien de l’entité historique et géopolitique libanaise. Grâce à un travail de sape systématique et de déstabilisation permanente entreprise par ses soins au sein du pays du Cèdre, il se devait de réaliser les objectifs multiples suivants :
– Défaire tout d’abord l’infrastructure militaire de la résistance palestinienne au Liban, la renvoyer hors du territoire national et la pousser à se confiner sur un territoire mitoyen avec Israël « à portée de son fusil ».
– Profiter ensuite de cette situation déstabilisée pour établir, grâce à un consensus international, de nouvelles règles de jeu sur la scène libanaise. Les conséquences de cette politique ont conduit à l’érosion et l’effritement de l’État libanais et de ses institutions et à une communautarisation exacerbée de son tissu social, pavant ainsi la voie à des atteintes directes où indirectes à son équilibre constitutionnel représenté par sa sigha et préparer ultérieurement son démantèlement éventuel.
– Entreprendre, une vaste opération de transfert de population, concomitante à un mouvement d’émigration non moins important de ses différentes composantes.
– Enfin ralentir et réorienter l’économie libanaise pour la rendre plus dépendante politiquement de la présence syrienne sur son territoire et plus vulnérable financièrement à toutes les secousses sécuritaires auxquelles elle sera confrontée.
Les moyens pour réaliser ce scénario devaient passer par la « guerre des autres » sur le territoire libanais, entièrement parrainée et encadrée par le régime alaouite. Elle sera sanguinaire, atroce et destructrice et durera quinze ans dans sa première phase. Elle sera suivie d’une tutelle de ce même régime non moins destructrice et déséquilibrante que la guerre elle-même et durera à nouveau seize ans supplémentaires pour parachever le cahier des charges exigé par ses commanditaires.
Une fois accomplie sa mission, le régime alaouite et ses troupes étaient « renvoyés » du Liban en 2005. Il devait s’atteler à partir de cette date à exécuter la deuxième et dernière partie de son « package deal », à savoir la préparation et l’exécution d’une minicopie de la guerre libanaise, mais cette fois en Syrie, avec à la clé le démantèlement de ce grand pays en préparation de son éventuel démembrement. Cette action, commencée il y a quinze mois, allait être accompagnée parallèlement d’opérations politiques et sécuritaires directes sur le territoire libanais et indirectes par l’intermédiaire de ses alliés et de ses agents sur la scène intérieure, et ce dans le but de maintenir liés les destins des deux nations, réalisant ainsi les objectifs que les décideurs régionaux et internationaux souhaiteraient atteindre en vue de pouvoir redessiner le panorama structurel, politique et géographique des pays et des peuples de la région.
Cette guerre intérieure a donc éclaté en Syrie de façon aussi prompte et inattendue qu’au Liban en 1975. La procédure qui y a été appliquée pour l’entretenir et la faire perdurer est très ressemblante, les moyens utilisés et les conséquences subies sur le terrain à ce jour sont pratiquement similaires à ceux vécus au Liban. La géographie des batailles et les transferts de populations qui s’ensuivirent préfigurent la mise en place d’une nouvelle géopolitique nationale. L’interactivité qui s’est spontanément établie entre les populations sunnites de Damas et celles de la Békaa, celles d’Alep, Idlib et Deir ez-Zor et celles du Akkar libanais, et enfin celles de Homs et celles de la Turquie, pourrait augurer d’une éventuelle recomposition des populations dans des cadres géocommunautaires plus adaptés aux intérêts géostratégiques en gestation régionalement depuis longtemps.
Quant aux réactions internationales face aux violences et aux atteintes répétées aux droits de l’homme perpétrées tout au long de cette guerre en Syrie, elles sont aussi évasives qu’elles le furent lors de la guerre du Liban tant que les objectifs poursuivis alors n’avaient pas été réalisés. Après seize mois de luttes intensives, un communiqué du vice-ministre des Affaires étrangères israélien, M. Ayalon, s’intéresse subitement à ce qui se passe en Syrie et exprime un point de vue qui vient à point nommé et comme par hasard, pour rappeler à tout le monde arabe que Bachar el-Assad pourrait quand il le jugera adéquat se retirer dans son État alaouite et laisser la Syrie exsangue livrée à elle-même.
L’épisode Michel Samaha, avec toute sa symbolique et ce qu’elle a représenté durant ses trente-six années passées, semble sonner le commencement de la fin d’une « ère » et préparer l’avènement d’une nouvelle page de l’histoire du Moyen-Orient. Le seul hic de cette arrestation, c’est qu’elle a mis à jour le rôle maladroit et mal contrôlé des options de la politique étrangère de la France en Syrie il y a quelques années, quand elle s’était laissée « embarquer » sous les conseils entre autres de son citoyen et ami, Michel Samaha, sur le bateau de Bachar el-Assad, qui fut reçu en grande pompe à l’Élysée et invité à assister au défilé du 14 Juillet, et à qui on fit miroiter des contrats mirobolants s’il acceptait de se défaire de son alliance stratégique avec l’Iran. Après avoir fait mine d’accepter, il finit par faire fi de ses promesses et maintint contre vents et marées son alliance avec ce dernier. Depuis, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts, et la sagesse diplomatique française a remis les pendules à l’heure vis-à-vis de son protégé et ami historique, le Liban, qui avait alors mal digéré ce dérapage séquentiel à son égard.
Quel nouveau panorama constitutionnel et politique pourrait aujourd’hui se profiler en Syrie ? Qui, sur l’échiquier régional et international, profitera alors d’une éventuelle vacance du régime alaouite à la tête de l’État, pour imposer les nouvelles règles du jeu au sein de cette très importante place moyen-orientale ? N’est-ce point le moment tant attendu, et depuis longtemps programmé par Israël, pour pousser ses alliés occidentaux, les USA en tête, à démanteler les structures nationales actuelles et les recomposer au travers d’une nouvelle configuration géographique qui engloberait la ceinture des minorités ? L’avenir proche apportera certainement la lumière à nos lanternes.
Mais le temps n’est-il pas enfin venu pour que tous les acteurs de notre scène politique libanaise commencent à lire avec plus de discernement ce qui se passe dans la région et reconsidèrent avec objectivité et sérénité leur positionnement et leurs alliances afin que leurs options soient désormais plus compatibles avec leur « libanité », c’est pourquoi nous disons à certains d’entre eux : « Terminus, tout le monde descend », car il leur faudra de nouveaux tickets et de nouveaux moyens de transport pour reprendre la route du « Liban ». Le passé doit être à jamais enterré, seul l’avenir compte.
L’affaire de ces derniers jours, celle de l’arrestation de Michel Samaha, semble vouloir sonner le tocsin d’un feuilleton dramatique et sanglant commencé en avril 1975 à Aïn el-Remmané, sous l’œil « vigilant et bienveillant » d’un régime alaouite voisin et néanmoins frère, agissant pour compte d’un commanditaire dont les intérêts géopolitiques et stratégiques régionaux n’étaient pas évidemment compatibles avec le maintien de l’entité historique et géopolitique libanaise. Grâce à un travail de sape systématique et de déstabilisation permanente entreprise par ses soins au sein du pays du Cèdre, il se devait de réaliser les objectifs multiples suivants :– Défaire tout d’abord l’infrastructure militaire de la résistance palestinienne au Liban, la renvoyer hors du territoire national et la...
commentaires (3)

suite... plutôt que " Terminus " tout le monde descend, je dirais : Commencement... que Dieu maudisse les responsables... tout le monde y montera et y participera... de BON GRÉ, et avec joie, les JUDAS et COLLABOS... et de MALGRÉ, et ristes, les DÉFENSEURS DE CE PAYS... 7ARAM IL BALAD !

SAKR LEBNAN

13 h 09, le 22 août 2012

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Commentaires (3)

  • suite... plutôt que " Terminus " tout le monde descend, je dirais : Commencement... que Dieu maudisse les responsables... tout le monde y montera et y participera... de BON GRÉ, et avec joie, les JUDAS et COLLABOS... et de MALGRÉ, et ristes, les DÉFENSEURS DE CE PAYS... 7ARAM IL BALAD !

    SAKR LEBNAN

    13 h 09, le 22 août 2012

  • A lire avec plus de discernement ce qui se passe, Monsieur Dahdah avez-vous dit ? La Passé, dont vous parlez, était la TUTELLE ! Lisez-vous avec discernement, VOUS-MÊME, ce qui se passe aujourd'hui ? Aujourd'hui, le BUT EST : LA MAINMISE SUR LE PAYS !

    SAKR LEBNAN

    06 h 02, le 22 août 2012

  • So scary… Article qui fait défiler nos 35 dernières années comme une fusée qui avance à toute allure. Comme bilan il n’y a rien de réjouissant, et comme pronostic pour l’avenir tout est si compliqué, avec son lot d'incertitudes et de peurs, de nouveautés et de mauvaises surprises, que même le célèbre Nostradamus s'y perdrait… En espérant que, pour le bien du Liban notre seul et unique Patrie, nos éclairés soient éclairés, par la force divine qui les éclaire, et qu’ils ne se laissent plus entrainer vers le chemin des ténèbres, quoique déjà si bien tracé. Mais peut-on changer le cours de son « destin » ?

    Nadine N

    03 h 06, le 22 août 2012

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