Rechercher
Rechercher

Nos lecteurs ont la parole

L’État est avant tout un état d’esprit

Par Raymond NAMMOUR
Le Liban est à l’aube d’une nouvelle ère inaugurée par le printemps arabe et accélérée par la chute annoncée du régime syrien.
Désormais, le pays évoluera sans la mainmise du clan des Assad. Même s’il s’agira certainement d’une avancée spectaculaire, elle restera toutefois insuffisante pour guérir le pays de ses maux historiques.
Le Liban est avant tout malade de son État : une Constitution inappliquée, une administration en panne, une justice aux ordres, une armée impuissante, une école inefficace, des institutions à la dérive. Tout cela se traduit, entre autres, par un pays sans courant électrique alors qu’au fin fond de l’Afrique le courant n’a jamais manqué !
La mainmise des Assad n’a certes pas avantagé l’État central. Les origines de la « maladie » remontent toutefois à de mauvais choix bien antérieurs à l’avènement du Baas.
Le premier de ces mauvais choix est celui des pères fondateurs de la République. En effet, ils avaient pensé le pays avec un minimum d’État afin de permettre au libéralisme de s’exprimer dans toute sa splendeur. Pour eux, seule l’initiative privée pouvait être génératrice de richesses. Et l’État ne pouvait que compliquer l’expression des initiatives individuelles. Dans un pays où le commerce est roi, la loi ne doit être qu’un décor ou au mieux un accessoire au service du roi. En outre, en bon mercantilistes que nous sommes, nous avons depuis le début géré avec le « bas du bilan », c’est-à-dire la trésorerie synonyme du court terme au détriment du « haut du bilan », c’est-à-dire les investissements synonymes du long terme.
À ce « péché originel » est venu s’ajouter un deuxième, relevant cette fois ci de la « manipulation génétique » donnant naissance à un régime politique « mutant ».
Le mandataire de l’époque, la France, avait unilatéralement décidé de la géographie du pays et de son régime politique. La géographie fut ainsi dessinée selon les besoins de l’affrontement franco-britannique, avec une légère « sauce » maronite. Et le pire fut dans le choix du régime politique qui a érigé le confessionnalisme en système de gouvernance. Dans sa volonté de transposer le concept bien occidental d’État-nation aux pays sous mandat, la France a cherché à « moudre » les communautés-nations dans une nation unique, tout en gardant les États-communautés en marge de l’État central.
Dans son conflit avec la Grande Bretagne, la France se devait d’ériger un foyer national dominé par les chrétiens au Liban sans toutefois le doter d’un État central puissant pour qu’il reste accroché au jupon de la « mère patrie ».
Les conséquences néfastes de ces choix auraient pût être jugulées si le pays avait disposé du temps nécessaire. Depuis son indépendance, le Liban n’a, en effet, jamais connu une seule décennie de stabilité pour asseoir une pratique démocratique, génératrice de serviteurs de la chose publique et d’un « état d’esprit étatique ». Un État n’est-ce pas avant tout un état d’esprit ?
Indépendant en 1944, le pays s’est vite trouvé propulsé sur « l’orbite maléfique », dès 1948, par le séisme de la Nakba.
1948-1958 : guerre israélo-libanaise, assassinats politiques, corruption généralisée, le Moyen-Orient en ébullition.
1958-1967 ; mini-guerre civile, secousse économique, guerre israélo-arabe.
1967-1975 : descente aux enfers, terrorisme, guerre d’octobre 1973, militarisation généralisée.
1975-1989 : guerres civiles et guerres par Libanais
interposés.
1989-2005 : occupation syrienne.
2005-2012 : guerres arabo-iraniennes par Libanais interposés. Réveil de la fitna.
À ce manque de temps s’est ajouté un « poison » bien de chez nous le ni-ni : ni vainqueur ni vaincu ! Résultat, le compromis nécessaire à toute action politique s’est vite transformé en compromission pour éviter le veto des uns et des autres. Et c’est ainsi que l’État central est devenu un simple décor, au mieux un accessoire au service des barons des communautés-États.
Face à sa maladie, le Liban est condamné à un traitement de longue haleine qui, aujourd’hui, est devenu possible grâce à la nouvelle ère qui se dessine.
Il doit avant tout subir une désintoxication générale à travers le nouvel antidote : UN/UN – un vainqueur – un vaincu ; et ceci dès les prochaines législatives où le vainqueur devra assumer sa victoire et gouverner seul le pays. Le vaincu devra s’incliner en attendant les futures échéances.
Le second traitement est l’investissement massif dans l’école publique. Un pays ne peut être bâti avec des générations de jeunes élevés séparément. L’école privée ne peut être la pépinière de la République. Seule l’école publique peut exercer ce rôle.
Le troisième traitement est l’investissement massif dans les forces armées. Un jardin sans clôture est un champ à la dérive. Le temps est venu de clôturer le Liban. Et que les convaincus du refus américain pour préserver la sécurité d’Israël se souviennent que quand on va mendier, on s’incline devant son bienfaiteur. Mais quand on va acheter, tout le monde s’inclinera devant vous.
Le quatrième traitement est l’application intégrale de la Constitution, car tout pays qui ne respecte pas sa Loi suprême est condamné à l’anarchie.
C’est au prix de ce traitement combiné que le pays peut espérer profiter pleinement de la nouvelle ère qui s’annonce. C’est en se dotant enfin d’un État central puissant que le Liban peut maîtriser ses démons. Les armes de Hezbollah, l’angoisse démographique des chrétiens, la criante injustice sociale, les nouveaux gisements pétroliers, la loi électorale... et tous les autres sujets de discorde ne seront plus des projets de guerre civile mais des dossiers à traiter dans un nouvel état d’esprit reconnaissant la primauté de l’État central sur les États-communautés.
L’État n’est-ce pas avant tout un état d’esprit ?
Le Liban est à l’aube d’une nouvelle ère inaugurée par le printemps arabe et accélérée par la chute annoncée du régime syrien.Désormais, le pays évoluera sans la mainmise du clan des Assad. Même s’il s’agira certainement d’une avancée spectaculaire, elle restera toutefois insuffisante pour guérir le pays de ses maux historiques.Le Liban est avant tout malade de son État : une Constitution inappliquée, une administration en panne, une justice aux ordres, une armée impuissante, une école inefficace, des institutions à la dérive. Tout cela se traduit, entre autres, par un pays sans courant électrique alors qu’au fin fond de l’Afrique le courant n’a jamais manqué ! La mainmise des Assad n’a certes pas avantagé l’État central. Les origines de la « maladie » remontent toutefois à de mauvais...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut