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De Bachir à Bachar

Même dans un microcosme politique libanais où les retournements (de veste, autant que de situation) sont monnaie courante, le parcours, tantôt des plus sinueux, et tantôt d’une remarquable linéarité, de Michel Samaha laisse songeur.

Militant Kataëb, leader étudiant, proche compagnon de Bachir puis d’Amine Gemayel, Samaha, interpellé jeudi matin par un des services de sécurité libanais, aura été l’un des animateurs de la scission du parti phalangiste avant de trouver littéralement la révélation sur le chemin de Damas. À partir de là en effet, ce sera une ligne rigoureusement droite : protégé de Hafez el-Assad puis ami personnel de son fils et successeur Bachar, il aura poussé l’obédience au régime baassiste jusqu’à faire bénéficier celui-ci de ses réseaux européens comme de ses talents de debater. Samaha a joué ainsi un rôle considérable dans les ouvertures pratiquées par la France de Nicolas Sarkozy en direction de la Syrie ; porté volontaire au sein des troupes médiatiques de la conseillère présidentielle syrienne Bouthayna Chaaban, il n’a cessé de plaider avec une fougue particulière, à la télévision comme devant la presse étrangère, pour un régime résistant en butte à un vil complot international.

Toute mise en examen d’un personnage public est sensationnelle, certes : et encore plus quand il s’agit d’un homme aussi controversé que Michel Samaha, dans un pays aussi profondément fracturé que le nôtre. Ce qui est proprement stupéfiant cependant, c’est la gravité des faits reprochés à l’ancien député et ministre : qui, confronté à des pièces à conviction accablantes, notamment des enregistrements vidéo obtenus à l’aide d’une caméra cachée, aurait d’ailleurs reconnu avoir pris une part active à la planification d’une série d’attentats à la bombe ciblés. Commandités par la Syrie, ceux-ci visaient la région du Akkar déjà en proie, depuis des mois, à des tensions sunnito-chiites et où s’apprête à effectuer une tournée le patriarche maronite. Plus sidérante encore cependant est la mission, comportant des risques insensés, qui selon les enquêteurs aurait été assignée à Samaha : tâche dont s’acquitterait normalement un homme de main, plutôt qu’un homme de confiance, puisqu’elle consistait à transbahuter les charges explosives à bord de sa propre voiture puis à recruter des candidats plastiqueurs.

Ce qui n’aura surpris personne par contre, c’est les démarches téléphoniques du président Assad exigeant la remise en liberté immédiate de son allié. C’est aussi le concert de protestations qui, dans les rangs des amis locaux de Damas, a salué l’opération de jeudi, et auquel s’est jointe (solidarité communautaire oblige) la hiérarchie religieuse grecque-catholique. Normal, serait-on tenté de dire, dans un Liban où la milice en est à affirmer sa primauté sur l’armée régulière face à l’ennemi israélien, où la classique guerre des polices s’est vu affubler de connotations résolument sectaires et où la justice, houspillée de toutes parts, s’en remet trop souvent à la valse-hésitation. Il y avait la guerre de Syrie et la question des pèlerins chiites séquestrés par les rebelles de ce pays ; avec l’affaire Samaha dont sera incessamment saisi le tribunal militaire, c’est un nouveau et fort singulier feuilleton qui vient de démarrer.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Même dans un microcosme politique libanais où les retournements (de veste, autant que de situation) sont monnaie courante, le parcours, tantôt des plus sinueux, et tantôt d’une remarquable linéarité, de Michel Samaha laisse songeur.Militant Kataëb, leader étudiant, proche compagnon de Bachir puis d’Amine Gemayel, Samaha, interpellé jeudi matin par un des services de sécurité libanais, aura été l’un des animateurs de la scission du parti phalangiste avant de trouver littéralement la révélation sur le chemin de Damas. À partir de là en effet, ce sera une ligne rigoureusement droite : protégé de Hafez el-Assad puis ami personnel de son fils et successeur Bachar, il aura poussé l’obédience au régime baassiste jusqu’à faire bénéficier celui-ci de ses réseaux européens comme de ses talents de debater....