Tous les États du monde organisent des élections. Chez nous, on fabrique des lois électorales. Un procédé sympa et pour le moins original, puisque tous les quatre ans on change la règle du jeu en la faisant voter au chausse-pied. La seule différence cette fois, c’est que la tambouille très peu ragoûtante préparée par ce gouvernement, au bilan désespérément vide et du fond duquel rien ne présage ni ne surnage, ne se fait pas à la veille du scrutin quelques minutes avant minuit, comme c’était devenu la tradition. Au final, les Libanais auront un nouveau texte à avaler. En fait avaliser serait plus élégant, puisque pour tous ce sera l’avalise ou la valise.
Dommage, se dit-on, qu’il n’y ait pas davantage de communautés, de confessions, de clans, de familles, de rasés de près, de barbus de loin qui viendraient nous tartiner à longueur d’antennes leurs projets électoraux. Déjà qu’avec ceux qui existent, les brouillons dansent autour des mêmes refrains.
Istiz Nabeuh, lui, a depuis des décennies annoncé la couleur. Sa préférence va pour la proportionnelle intégrale dans une grande circonscription, englobant la Békaa, le Liban-Sud, et si possible la Syrie, l’Irak et l’Iran. Fini les bulldozers et autres autobus. C’est en avion charter qu’il veut amener ses larbins jusqu’à l’hémicycle...
Pour lui damer le pion, l’opposition penche pour le scrutin majoritaire dans la plus petite circonscription possible. Jusqu’au plus petit caillou du dernier village. L’idéal étant d’installer tous les roitelets provinciaux place de l’Étoile. On voterait toujours pour un ahuri, mais ce serait un ahuri de proximité.
Coupant la poire en deux, le ministre de l’Intérieur aux deux prénoms s’est carrément déboutonné devant ses collègues en leur donnant un os à ronger : 13 circonscriptions + une. L’idée a fichu la poisse au tenancier du Parlement qui risque de se prendre une gamelle mémorable du Hezbollah, vu que dans la cour où ils se battent le nombre de barbus surclasse largement celui des imberbes.
Quand on pense aux bêcheurs qui s’excitent parce que la loi électorale ne traite pas les Libanais sur un pied d’égalité. C’est faux ! Cette loi les traite seulement comme des pieds. Alors, il n’est pas étonnant que demain ils aillent voter avec leurs souliers.
gabynasr@lorientlejour.com


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