Le quartier de Salahedinne, le 8 août 2012. C'est dans ce quartier de Alep que se déroulent les plus violents combats entre rebelles et forces du régime de Bachar el-Assad. REUTERS/Obeida Al Naimi
L’armée syrienne et les rebelles se livraient hier une bataille acharnée (et à une guerre médiatique) pour le contrôle d’Alep.
Appuyées par des chars et des blindés, les forces loyales au président Bachar el-Assad ont lancé avant le lever du jour une offensive terrestre d’envergure et pénétré le principal quartier dissident d’Alep, Salaheddine. Cette offensive intervient au lendemain de la promesse du président Bachar el-Assad de « purger » le pays des « terroristes », terme utilisé par son régime pour désigner les rebelles, et à la veille d’une réunion sur la Syrie à Téhéran. En milieu de journée, l’armée a affirmé avoir pris le contrôle de ce quartier emblématique. « Nos forces armées ont pris le contrôle total de Salaheddine, infligeant aux groupes terroristes des pertes sévères », a déclaré une source officielle citée par l’agence SANA. Selon cette source, « des dizaines de terroristes ont été arrêtés, d’autres se sont rendus en déposant leurs armes » et « de grandes quantités d’armes (...) ont été saisies ».
Le colonel dissident Abdel Jabar Oqeïdi a confirmé l’attaque, tout en estimant « faux de dire que l’armée du régime a pris le contrôle total du quartier ». Les combats « se concentrent surtout à Salaheddine car ce quartier revêt une grande valeur symbolique pour nous et l’armée du régime », a ajouté le chef du Conseil militaire pour la région d’Alep. En milieu d’après-midi, les rebelles syriens ont affirmé avoir repris une partie du terrain perdu quelques heures plus tôt après avoir reçu le renfort de 700 combattants venus des quartiers de Soukkari, Bustane al-Qasr, Chaar et Hanano. « Nous avons lancé une contre-offensive et repris trois des cinq rues perdues », a affirmé Wassel Ayoub, commandant de la brigade Nour al-Haq de l’Armée syrienne libre (ASL).
Images satellite
L’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH) a indiqué que l’armée avait détruit deux écoles servant de base aux rebelles. « Il s’agit des combats les plus féroces autour du quartier » depuis le début des affrontements à Alep le 20 juillet, selon l’OSDH. La chaîne satellitaire al-Arabiya a par ailleurs indiqué que l’ASL avait tué plus de 100 soldats loyalistes pendant les combats. L’armée a acheminé 20 000 hommes pour mener cette bataille cruciale pour le régime.
Amnesty International a dénoncé la violence des bombardements des derniers jours en s’appuyant sur des images satellitaires, qui montrent plus de 600 cratères formés par l’impact d’obus à Alep et dans la petite ville voisine d’Anadane.
Osman Karahan, l’avocat turc controversé de plusieurs membres supposés du réseau el-Qaëda accusés d’avoir commis des attentats meurtriers à Istanbul en 2003, a été tué lors des combats, a rapporté l’agence de presse Anatolie.
Ailleurs dans le pays, l’armée continue de bombarder la province de Homs, la ville de Deir ez-Zor, et des villages kurdes dans la province de Lattaquié, selon l’OSDH qui décompte près de 200 personnes tuées.
Selon cette ONG basée en Grande-Bretagne, qui travaille avec un réseau de militants et de témoins à travers la Syrie, 225 personnes avaient été tuées la veille sur l’ensemble du territoire.
Bonne conduite
Par ailleurs, des chefs de l’ASL ont signé un « code de bonne conduite » où ils s’engagent à respecter les lois de la guerre et à bien traiter les prisonniers, une semaine après la diffusion de vidéos montrant des exécutions sommaires dans les zones contrôlées par les insurgés à Alep. Dans ce document, les chefs de plusieurs brigades des forces rebelles en lutte contre les troupes de Bachar el-Assad s’engagent à interdire les viols, la torture et les exécutions de détenus. Mais la brigade Tawhid, basée à Alep et qui serait responsable d’exécutions sommaires la semaine dernière, n’a pas signé ce code de bonne conduite, qu’ont en revanche approuvé les combattants de Deraa, Deir ez-Zor, Soueida, Hama et Homs.
Réaliste
Sur le plan diplomatique, l’Iran organise aujourd’hui une rencontre avec une douzaine de pays ayant « une position réaliste » sur la crise, selon Téhéran. Damas n’a pas indiqué s’il comptait y envoyer des représentants. Le Liban a déjà fait savoir qu’il n’y participerait pas en respect de sa « neutralité » dans le conflit. Pas plus que Kofi Annan, le médiateur démissionnaire de l’ONU et la Ligue arabe. Des élus de l’opposition koweïtienne, soutenant les rebelles syriens, ont de leur côté mis en garde contre une participation à la réunion. « Une participation est à rejeter car l’Iran a du sang syrien sur les mains », a ainsi affirmé le député islamiste Walid al-Tabatabai, ajoutant qu’elle « est destinée à sauver le régime Assad ».
Concernant les 48 Iraniens enlevés samedi par l’ASL dans la région de Damas, Téhéran a demandé la « coopération » du secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon pour obtenir leur libération. Alors que les ravisseurs accusent ces Iraniens d’être des gardiens de la révolution, corps d’élite du régime islamique, Téhéran, qui assure de son côté qu’ils sont des pèlerins, a néanmoins précisé qu’un certain nombre d’entre eux étaient des « retraités des gardiens de la révolution et de l’armée ».
Enfin, les autorités jordaniennes ont confirmé l’arrivée, hier à l’aube, de l’ancien Premier ministre syrien Riad Hidjab, qui a fait défection. Le porte-parole du gouvernement, Samih al-Mayata, cité par l’agence de presse officielle Petra, a précisé qu’il était accompagné de membres de sa famille. Il a réfuté des informations antérieures provenant de médias et basées sur des sources autorisées jordaniennes selon lesquelles l’ancien chef du gouvernement aurait franchi la frontière dès lundi.

L'ancien Premier ministre syrien, Riad Hijab, avec des rebelles de l'Armée syrienne libre, le 7 août 2012, à Deraa, en Syrie. Hijab est arrivé en Jordanie le 8 août, avec sa famille, après avoir fait défection. REUTERS/Free Syria T.V./Handout
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