Des réfugiés syriens opposés au régime de bachar el-Assad manifestent, le 2 août 2012, à Amman, devant l'ambassade de Syrie. REUTERS/Ali Jarekji
Kofi Annan a démissionné hier de son poste de médiateur de l’ONU et de la Ligue arabe en Syrie après trois mois d’efforts infructueux. « J’ai fait de mon mieux », a déclaré M. Annan à la presse à Genève, mais « la militarisation croissante sur le terrain et le manque évident d’unité au sein du Conseil de sécurité ont fondamentalement changé les circonstances pour l’exercice effectif de mon rôle. Je n’ai pas reçu tous les soutiens que la cause méritait ». Une allusion à l’incapacité du Conseil de sécurité de l’ONU à faire pression sur les protagonistes du conflit syrien, et en premier lieu sur Damas, à cause de l’obstruction systématique de Moscou et de Pékin.
Impasse
La Maison-Blanche a immédiatement rendu Moscou et Pékin responsables de cet échec, jugeant les veto russo-chinois « hautement regrettables ». Selon le porte-parole de Barack Obama, la démission de M. Annan met également en lumière le refus du président syrien de faire cesser les massacres dans son pays. Pour le ministre français des Affaires étrangères Laurent Fabius, cette démission « illustre l’impasse dramatique du conflit syrien : l’urgence d’un cessez-le-feu, du départ de Bachar el-Assad et d’une transition politique (...) est plus pressante que jamais ». Son homologue britannique William Hague a, lui, rendu hommage au travail de l’émissaire, soulignant que son plan « offrait toujours la meilleure chance » de restaurer la paix. Même son de cloche côté suisse. La chef de la diplomatie de l’Union européenne, Catherine Ashton, a demandé la nomination urgente d’un successeur à M. Annan.
Damas a accusé les « États qui cherchent à déstabiliser la Syrie », les Occidentaux, la Turquie et les pays du Golfe, d’avoir « entravé » la mission Annan. Le président russe Vladimir Poutine a qualifié cette démission de « très regrettable », mais a estimé qu’elle ne devrait pas décourager les efforts pour trouver une solution diplomatique au conflit.
M. Annan avait proposé aux belligérants un plan de paix en six points prévoyant une cessation des combats et une transition politique. Mais ce plan, appuyé par le Conseil, n’a jamais été appliqué. La « transition » signifie que Bachar el-Assad doit « tôt ou tard » partir, a-t-il affirmé hier.
Le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-moon, avait auparavant annoncé que M. Annan quitterait son poste le 31 août. M. Ban a entamé des consultations avec son homologue de la Ligue arabe Nabil al-Arabi pour « nommer rapidement un successeur » car, a-t-il estimé, le plan Annan « reste le meilleur espoir pour le peuple de Syrie ». Mais il n’a pas caché, lui non plus, que « les divisions persistantes au sein du Conseil (...) rendent le travail de tout médiateur beaucoup plus difficile ».
Un aéroport pris
Cette démission intervient alors que soldats et rebelles ne cessent de se livrer combat, surtout dans la ville stratégique d’Alep. Les affrontements ne faiblissent pas non plus ailleurs dans le pays et, selon la chaîne satellitaire al-Arabiya, au moins 130 personnes ont encore péri hier. La chaîne a par ailleurs rapporté que des affrontements ont eu lieu entre les armées syrienne et jordanienne à la frontière entre les deux pays.
Les combattants de l’Armée syrienne libre (ASL) ont reconnu pour la première fois avoir utilisé des chars pris à l’armée loyaliste pour attaquer l’aéroport militaire de Menagh, à 30 km au nord-ouest d’Alep. « Nous devons en finir. Il faut prendre l’aéroport pour contrôler toute la région », a-t-il déclaré. Selon les rebelles, les hélicoptères et les avions qui « tirent sur Alep » décollaient de cet aéroport. La situation des rebelles est « très très bonne. Nous sommes maîtres de plusieurs quartiers et tous les jours, nous en contrôlons plus. Nous essayons d’encercler entièrement Alep pour éviter que le régime n’envoie de renforts », a ajouté le commandant Salamé, en charge d’Alep.
À Damas, l’armée ratissait des quartiers pour venir à bout des poches de résistance. De violents combats ont éclaté à Tadamoun où il « reste encore beaucoup de rebelles », selon l’Observatoire syrien des droits de l’homme (OSDH). Et pour la première fois, une vingtaine d’hommes ont été arrêtés à Mouhajirine, quartier huppé de la capitale où se trouve l’un des deux palais présidentiels.
La spirale de violences a poussé à la fuite des centaines de milliers de personnes et provoqué une crise humanitaire, l’Organisation de l’ONU pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) faisant état de trois millions de Syriens ayant un besoin urgent de nourriture et d’aide. Parallèlement, un convoi de 43 camions transportant de l’aide humanitaire pour les réfugiés syriens en Jordanie s’apprêtait hier soir à quitter la capitale saoudienne.
Alors que Barack Obama a approuvé l’octroi de 12 millions de dollars d’aide humanitaire supplémentaires pour soutenir les Syriens qui doivent faire face aux « atrocités horribles » du président Assad, Damas a annoncé avoir reçu de Téhéran un don en équipements médicaux de plus d’un million de dollars, selon l’agence officielle SANA.
Tatami syrien
Sur le front diplomatique, Londres et Moscou divergent toujours sur la façon de résoudre la crise, a déclaré le Premier ministre David Cameron à l’issue d’un entretien avec le président russe Vladimir Poutine. Malgré les différences, « nous souhaitons tous les deux que le conflit prenne fin et que la Syrie retrouve la stabilité. Et nous continuerons à discuter via nos ministres des Affaires étrangères de la façon dont nous pouvons faire avancer le dossier », a souligné le chef du gouvernement britannique. Le président Poutine a noté pour sa part qu’il partageait avec M. Cameron des « vues communes sur un certain nombre de points ».
À Amman, le secrétaire américain à la Défense, Leon Panetta, s’est entretenu avec le roi Abdallah II de l’afflux de réfugiés en Jordanie. Le ministre et le roi ont évoqué la façon de gérer la crise « alimentée par les actes intolérables du régime Assad » ainsi que les « perspectives de transition politique dans une Syrie post-Assad », selon un porte-parole du Pentagone.
Parallèlement, le chef de la diplomatie turque, Ahmet Davutoglu, et le président du Kurdistan irakien, Massoud Barzani, ont estimé que la présence en Syrie de groupes « terroristes » constituait une « menace commune ». MM. Davutoglu et Barzani ont « souligné que toute tentative pour exploiter le vide de pouvoir (en Syrie) par un groupe ou une organisation violente serait considérée comme une menace commune, à laquelle il faut faire obstacle conjointement », a affirmé hier le ministère turc des Affaires étrangères. « La nouvelle Syrie doit être débarrassée de toute organisation terroriste et extrémiste », ajoute le communiqué du ministère.
Cette rencontre intervient alors que l’armée turque a effectué hier des manœuvres militaires impliquant des chars près de sa frontière avec la Syrie.
Lire aussi
Une guerre régionale sunnito-chiite par procuration ?
ImpasseLa Maison-Blanche a immédiatement rendu Moscou et Pékin responsables de cet échec, jugeant les veto russo-chinois...



Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine