À la libanaise
Au vu de la situation sur le terrain, certains craignent que les affrontements ne transforment la Syrie en un chaos à la libanaise, où les groupes armés, d’appartenance religieuse et idéologique différente, ont livré bataille pour prendre le contrôle d’un territoire. Un tel scénario pourrait transformer la Syrie en une mosaïque de territoires en guerre, vouant à l’échec toute autorité étatique. Alors que l’Iran soutient M. Assad et que l’Arabie saoudite et d’autres pays sunnites appuient les rebelles, la Syrie pourrait devenir le terrain d’une guerre civile ouverte. Ce conflit opposerait des puissances régionales chiites et sunnites jusqu’ici en état de guerre froide. Et à terme, la guerre pourrait par métastase déstabiliser le Liban, la Turquie, l’Irak et la Jordanie voisins. « Nous assistons sans aucun doute à une guerre par procuration en Syrie », a déclaré l’analyste Ayham Kamel, d’Eurasia Group. « À ce stade du conflit, il est difficile de ne pas dire que la dimension internationale du conflit syrien prime sur sa dimension intérieure. La Syrie est un champ (de bataille) ouvert. Au lendemain de la chute d’Assad, vous aurez ces différents groupes avec différents programmes, différentes allégeances, différents États qui les soutiennent, et ils ne pourront pas former une direction cohérente. » Selon cet analyste, la Syrie serait même déjà en voie d’éclatement, et l’Armée syrienne libre (ASL), composée de nombreux groupes armés anti-Assad, n’est guère plus qu’une « franchise » de groupes musulmans sunnites. « L’ASL n’est qu’un slogan. Il n’y a pas d’unité dans ces groupes rebelles, souligne Ayham Kamel. Ce sont des groupes différents qui sont soutenus financièrement et militairement par différents États et ils sont quasi indépendants les uns des autres. Différentes régions sont contrôlées par différents groupes, qui ont une appartenance soit religieuse, soit idéologique, et (...) nous avons beaucoup plus d’acteurs qu’avant. Je n’exclue pas la possibilité que différents groupes rebelles puissent s’affronter à l’avenir pour prendre le contrôle du territoire. »
Cacophonie
L’opposition politique en exil, représentée par le Conseil national syrien (CNS) qui regroupe les Frères musulmans mais aussi des militants prodémocratie et des groupes de gauche, est de fait déchirée par des rivalités idéologiques et religieuses qui l’empêchent de constituer une alternative politique au gouvernement de Bachar el-Assad. De plus, alors que le CNS s’est fait le porte-voix de l’opposition en exil sur la scène internationale, les commandants rebelles le jugent complètement coupé de la réalité sur le terrain. La confusion qui règne au sein de l’opposition est apparue au grand jour dans les communiqués contradictoires qui ont été diffusés sur la manière de gérer le conflit.
Et dès que des membres importants du CNS ont annoncé la formation d’une nouvelle coalition politique pour préparer le gouvernement de transition en prévision de l’ère post-Assad, elle a été critiquée tant par le chef du CNS, Abdel Basset Sayda, que par le commandant de l’ASL, le général Riad el-Assaad. Ce dernier a qualifié les membres de la coalition d’ « opportunistes » ne cherchant qu’à tirer profit des avancées des rebelles.
Ce gouvernement de transition devrait s’installer dans les « zones libérées » par l’opposition, à l’image de ce qui s’est passé en Libye où les insurgés contre le colonel Mouammar Kadhafi avaient établi leur base à Benghazi. Mais sa composition reste délicate. « Ces divisions s’expliquent par l’absence de vie politique en Syrie depuis un demi-siècle, par les ego de certains opposants et aussi par le fait que des composantes de l’opposition dépendent de forces extérieures, ce qui complique les choses », explique Khattar Abou Diab, qui enseigne les relations internationales à l’Université de Paris-Sud.
La forme que prendra ce gouvernement reste encore floue. Pour le moment, le CNS a rejeté, à l’issue d’un débat très vif, l’idée d’un gouvernement hybride réunissant opposants et personnalités « acceptables du régime ».
(Source : agences)

