Les gouvernements en exil, on connaissait déjà. Invariablement à la pointe du progrès toute marche arrière, c’est avec des offices publics s’en allant trouver refuge en lieu sûr qu’innove notre démocratie de l’absurde, notre culte du chaos.
En grève depuis plusieurs semaines, les ouvriers journaliers d’Électricité du Liban qui exigent d’être titularisés sont encore loin d’avoir obtenu satisfaction même si, aux dernières nouvelles, une solution de compromis serait sur le point d’être dégagée. Une récente proposition de loi était bien venue soutenir leurs revendications mais elle a vite fait, comme on sait, de se heurter à la règle de l’équilibre confessionnel, la plupart des ouvriers appartenant en effet à la communauté chiite. Toujours est-il qu’à force de squatter nuit et jour le siège de la compagnie, ces employés, chargés de distribuer à domicile les factures et de collecter celles-ci, ont pour le moins contraint l’état-major entier de celle-ci à un peu digne exode. Dans l’intervalle cependant, ils auront surtout réussi à dérégler encore davantage un réseau qui fonctionnait bien mal déjà.
Si bien qu’en engageant un bras de fer avec leur direction, c’est en réalité l’infortuné usager, victime d’un rationnement chaque jour plus sévère du courant, qu’ont pris en otage les journaliers, quelque injuste que soit leur situation.
Ils ne sont guère les seuls, puisque à son tour EDL ne crache pas sur le chantage ; ce qui ne change pas en revanche, c’est la victime. En déménageant en catastrophe, EDL affirme ainsi avoir laissé derrière elle, vide de tout personnel, sa salle de dispatching, centre nerveux de ses installations, véritable tour de contrôle couvrant tout le territoire et à partir de laquelle un anonyme deus ex machina manipule souverainement ses interrupteurs, vous coupant le courant et me faisant l’aumône, en échange, de quelques rachitiques ampères. Retranchée dans la centrale de Zouk Mikaël, la direction d’EDL joue, dès lors, les prophètes de malheur, nous annonçant, à moins d’un miracle au finish, l’apocalypse dans les toutes prochaines heures, le ground zero de l’électrification du Liban.
Le plus atterrant c’est que l’intégration, totale ou partielle, des journaliers au cadre de la fonction ne règlerait en rien la question, car on ne réveille pas un moribond avec des comprimés d’aspirine. Plus de deux décennies après la fin de la guerre, aucun plan cohérent de réhabilitation du réseau n’est parvenu à forcer le barrage compact des branchements illicites, des factures des puissants demeurées impayées, des malversations, de la médiocrité, de l’incompétence. Du ridicule, faut-il désormais ajouter, au spectacle de l’actuel ministre de l’Électricité en exil confiant dernièrement aux téléspectateurs sevrés de courant les cruelles épreuves qu’il a endurées certain soir où une malencontreuse panne de générateur avait contraint sa famille à déserter son douillet chez-soi pour aller dîner au restaurant puis coucher à l’hôtel. C’était véritablement à pleurer. De rire.
Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb
En grève depuis plusieurs semaines, les ouvriers journaliers d’Électricité du Liban qui exigent d’être titularisés sont encore loin d’avoir obtenu satisfaction même si, aux dernières nouvelles, une solution de compromis serait sur le point d’être dégagée. Une récente proposition de loi était bien venue soutenir leurs revendications mais elle a vite fait, comme on sait, de se heurter à la règle de l’équilibre confessionnel, la plupart des ouvriers appartenant en effet à la communauté chiite. Toujours est-il qu’à force de squatter nuit et jour le siège de...


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