Le poète syrien Chawki Baghdadi. © Sébastien Champeau
Né en Syrie en 1928, Chawki Baghdadi est à la fois l’un des poètes les plus discrets et les plus populaires du monde arabe. Bien présent dans la vie culturelle syrienne, il est l’auteur d’une dizaine de recueils de poèmes, de trois recueils de nouvelles, d’un roman ainsi que de contes pour enfants. Il a aussi entretenu une activité de « billettiste » pour divers journaux arabes. Son œuvre revisite la tradition lyrique arabe tout en l’injectant d’une pensée singulière et pénétrante. Il vit à Damas.
Quelque chose de propre à l’âme
La nuit est venue
La porte était ouverte
J’ai alors laissé une place à celle qui vient et ne vient pas
Passe chez moi une heure puis tranquille s’en va
(…) Je cherche un amour
Cet amour d’ailleurs n’est pas de mon époque
De plus je sais que je suis naïf
Je crée un texte vide
Qu’après moi les lecteurs emplissent de mille personnages
(…) Ah si j’étais vraiment moi-même
Si on m’avait donné à choisir
Ne serait-ce qu’un autre timbre de voix
Ne serait-ce qu’une autre couleur des yeux
Ne serait-ce que d’autres cheveux
Une autre bouche
Et outre mes rides
Ne serait-ce un nom autre que celui qui m’a été attribué
Une autre tristesse que celle qui m’a été donnée
Et moins de marginalité, d’enthousiasme, de folie
Ah si j’étais vraiment moi-même
Si seulement dans mon éloquence
Un nuage de galaxies où baignerait mon ardeur
Qui m’a esquissé en forme
Et en contenu effacé
Chaque fois que je tente de m’approcher de moi-même
Il m’emprisonne
Et place ses gendarmes entre mon cœur et ma langue
La nuit est venue
Je suis alors parti
J’ai fermé derrière moi
Cette fois je choisirai
Mes visiteurs
Allons visiteuse nocturne reviens
Ce soir
Je cherche quelque chose pour mon âme
*Traduit de l’arabe par Amel Safta
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Le silence
Je suis allé écouter le silence
et il m’écoute
à mes membres à mes yeux à mes doigts à ma peau frissonnante à ma langue à mon cœur mes veines et mes artères
je dis « pas un mot »
je dis taisez-vous
ne bougez pas
comme si vous étiez morts
et que de l’effervescence des fontaines ne reste qu’un pur repos
pour écouter mon âme invisible
(…) C’est le silence qui sort dans ma solitude
se baladant en moi et vers moi
et si au loin un mot se lève
il l’attrape pour se jeter, pour me jeter
et me remettre sous la couverture
Je n’ai personne
j’ai été tous les cieux
toutes les montagnes toutes les terres tous les airs
j’ai été le jeune égaré retrouvé
le prophète
(…) Désormais je suis un Juste
représentant mon Dieu sur terre
dans le silence je l’entends le vois
porte l’essence de l’intégrité
après que mes défauts l’aient gaspillée
au sein de ce troupeau stupide
Silence ma première ma dernière créature
ma garde secrète
quand pour réussir puis pour être déçu
je rétablis les cloisons de mon âme
et dirige tout seul le conflit
tout seul balaie ma terre pour m’en défaire
je réclame la délivrance et la construis
non des mains des autres et de leurs bruits
mais du silence et du travail de mes propres mains.
**Traduit de l’arabe par Khaldoun Zreik et Jean-Pierre Balpe
Quelque chose de propre à l’âme
La nuit est venue
La porte était ouverte
J’ai alors laissé une place à celle qui vient et ne vient pas
Passe chez moi une heure puis tranquille s’en va
(…) Je cherche un amour
Cet amour d’ailleurs n’est pas de mon époque
De plus je sais que...


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Chawki Baghdadi est un artiste de notre temps, un artiste de sa societe mais aussi de son heritage et de sa culture. Il transparait dans ses poemes une grande energie de l'ame, et sa poesie est avant tout humaine. Elle exprime la vie, elle donne un sens aux mots. Un classique de la litterature arabe, integre dans son epoque. Des poemes sublimes. Voila un monsieur Syrien dont on peut etre fier et meme tres fier.
04 h 35, le 29 juillet 2012