Photo Ahmad Mantache
Le sit-in des partisans de cheikh Ahmad el-Assir, qui bloquent un axe principal de la ville de Saïda depuis des semaines, continue de faire des vagues dans la capitale du Sud. Des manifestants voulant protester contre l’impact du sit-in sur la vie économique et sociale de la ville ont coupé une autre route hier, au niveau du rond-point de Marjane, en y brûlant des pneus. Après le départ des manifestants, les forces de l’ordre ont enlevé les pneus incendiés, mais la fermeture de toutes ces routes a désorganisé le trafic dans la ville, et excédé les habitants.
Le sit-in d’hier a causé un accrochage entre un des manifestants, appartenant à l’Organisation populaire nassérienne d’Oussama Saad, et un des partisans de cheikh el-Assir. Les forces de l’ordre sont intervenues pour régler le différend entre les deux hommes.
La dégradation de la situation dans la ville a nécessité une réunion du conseil de sécurité régional de Saïda. Dans un communiqué, le conseil note la gravité de la situation et demande « au ministre de l’Intérieur Marwan Charbel de soulever cette question en Conseil des ministres, et de demander que soit prise une décision de mettre un terme final à ce sit-in qui dure depuis plus d’un mois, en raison des dérapages et des dangers qui pourraient en résulter si les tensions devaient s’intensifier ». Le conseil de sécurité a également interdit les manifestations et les rassemblements sur l’autoroute côtière. Selon des informations obtenues par la chaîne MTV, l’insistance avec laquelle les responsables de sécurité de la ville exigent dorénavant une décision gouvernementale vient du fait qu’ils craignent une grave dégradation de la situation sécuritaire.
Pour leur part, les partisans de cheikh el-Assir, malgré l’interdiction, se sont dirigés brièvement vers l’autoroute côtière, la bloquant pendant quelques instants au trafic automobile, avant de regagner le lieu initial de leur sit-in. Dans une intervention devant les caméras, le dignitaire religieux a assuré que « le mouvement va se poursuivre, de manière pacifique ». « Nous continuerons notre révolte jusqu’à ce que les armes (du Hezbollah) soient discutées de manière sérieuse sur la table de dialogue », a-t-il poursuivi. Il a par ailleurs accusé « les leaders de Saïda d’avoir affiché une position honteuse dès le second jour du sit-in, ce qui a poussé les “chabbiha” de Hassan Nasrallah (secrétaire général du Hezbollah), de Nabih Berry (président du Parlement) et d’Oussama Saad (président de l’Organisation populaire nassérienne) à agir tel qu’ils l’ont fait ».
Les leaders de Saïda, justement, se sont unis malgré leurs différends traditionnels, pour faire face au sit-in de cheikh el-Assir. Hier, la députée Bahia Hariri, du bloc parlementaire du Futur, a effectué une tournée auprès de plusieurs de ses rivaux politiques, notamment Oussama Saad, puis l’ancien président du conseil municipal de Saïda Abdel Rahman Bizri, ainsi que chez certains chefs de communautés religieuses, le métropolite grec-orthodoxe de Saïda Mgr Élias Kfoury, et le mufti de Saïda, cheikh Salim Soussane. Elle a également été reçue au siège de la Jamaa islamiya. À l’issue de la réunion avec M. Saad, celui-ci a annoncé qu’une grève générale serait observée lundi à Saïda pour demander la levée du sit-in d’el-Assir. Il a assuré que « des efforts sont fournis pour protéger la ville et sa stabilité ».
Pour sa part, dans une déclaration, Mme Hariri a estimé que « le gouvernement laisse Saïda seule face à ce phénomène, n’intervenant pas pour y mettre un terme ». Elle a appelé les habitants de la ville « à la retenue et au refus de toute violence », assurant que « les contacts s’intensifient pour régler l’affaire ».
Battus par les forces de l’ordre
Les sit-in d’hier ne se sont pas déroulés dans le calme, du moins pour les journalistes. Un photographe de l’AFP, correspondant de plusieurs autres médias, Mahmoud Zayyat, a déclaré « avoir reçu des coups de pied et avoir été battu avec des crosses de fusil alors qu’il photographiait le sit-in des partisans de cheikh el-Assir sur la corniche côtière », pouvait-on lire dans une dépêche de l’agence. Les forces de l’ordre étaient intervenues pour empêcher des bagarres entre des manifestants et des passants. Après l’avoir battu alors qu’il photographiait la scène, elles lui auraient également pris son appareil photo, qu’il a pu récupérer plus tard. Il a ensuite été hospitalisé. Une source des forces de sécurité a déclaré à l’AFP qu’« une enquête a été ouverte, et s’il est prouvé que le journaliste a reçu des coups, le responsable devra répondre de ses actes ».
M. Zayyat n’était pas le seul dans ce cas. Le centre de défense des libertés médiatiques et culturelles SKeyes a relevé aussi le cas du correspondant du journal al-Anba’, Jamal el-Gharbi, agressé alors qu’il couvrait le même événement. Autant SKeyes que l’ordre des journalistes et le syndicat des photographes ont dénoncé de tels actes.
Le sit-in d’hier a causé un accrochage entre un des manifestants, appartenant à l’Organisation populaire nassérienne d’Oussama Saad, et un des partisans de cheikh el-Assir. Les forces de l’ordre sont intervenues pour régler le différend entre les deux...

