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Nos lecteurs ont la parole

II.- Nos patriarches et la révolution syrienne

Carlos HAGE CHAHINE
À ce stade du raisonnement, rien dans la position de nos patriarches qui n’apparaisse en totale conformité avec l’enseignement de l’Église. Mais poursuivons jusqu’au bout l’argumentation de Léon XIII (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 26 juillet 2012).
Bien sûr, thème aristotélicien thomiste par excellence, les choses de la nature, et notamment les institutions politiques, sont muables. En dehors de l’Église établie par Jésus-Christ, qui « a pu conserver et conservera sûrement jusqu’à la consommation des temps sa forme de gouvernement », aucune autre forme de pouvoir civil dans une nation ne peut être tenue « comme tellement définitive qu’elle doive demeurer immuable ». Les choses varient en fonction des mœurs et des circonstances de temps et de lieu. Parfois le temps « se borne à modifier quelque chose à la forme de gouvernement établie ; d’autres fois, il va jusqu’à substituer aux formes primitives, d’autres formes totalement différentes, sans en excepter le mode de transmission du pouvoir souverain ». Il s’agit de changements radicaux, de révolutions qui « succèdent parfois à des crises violentes, trop souvent sanglantes », où « l’ordre public est bouleversé jusque dans ses fondements ».
Dans cette dernière hypothèse, Léon XIII voit une opportunité d’agir. En effet, dans une telle situation, pour obvier à l’installation du chaos de l’anarchie, « une nécessité sociale s’impose à la nation (...) de pourvoir à elle-même » sans retard. Un bouleversement de l’ordre public jusque dans ses fondements survient-il, « la création et l’existence de nouveaux gouvernements (...) nécessairement requis par l’ordre public » devient une « nécessité sociale » ; et l’occasion propice aux catholiques français – puisque c’est d’eux qu’il s’agit dans l’optique du « Ralliement » – de faire prévaloir le régime de leur prédilection, qu’ils n’eussent pu tenter autrement sans provoquer de graves perturbations. « Si Dieu permet, écrit Jean Madiran, que ces graves perturbations se produisent néanmoins, on peut à ce moment-là, et alors seulement, mener une action politique destinée à changer de régime. »
Certes les chrétiens de Syrie ne constituent pas aujourd’hui la majorité comme l’étaient hier les catholiques de France. À cela près, les événements de Syrie recoupent les conditions posées naguère par Léon XIII aux catholiques français pour agir : « anarchie », « crises violentes », « ordre public bouleversé jusque dans ses fondements ». La nécessité de trouver une alternative au régime actuel n’est-elle pas au demeurant au centre des préoccupations de l’Occident dans l’affaire syrienne ? Toute l’énergie des Occidentaux, obnubilés par son absence, n’est-elle pas tendue vers la recherche d’une telle alternative ?
Quel régime, quelle forme de gouvernement seraient les mieux adaptés au caractère, à l’histoire, aux mœurs des Syriens ? Dès lors que, sans les avoir provoquées, de « graves perturbations se produisent », ceux-là, à quelque communauté qu’ils appartiennent, et notamment les minorités chrétiennes, sont invités à faire prévaloir le régime qu’ils souhaitent. Comme minorité, les chrétiens de Syrie le sont d’autant plus qu’ils pourraient légitimement avoir d’autres aspirations qu’une éternelle dhimmitude. Loin de l’avoir suspendue, la parenthèse du Baas l’a durcie « en toute laïcité », selon l’heureuse formule de Nagib Aoun, et une démocratie du nombre, si elle devait triompher, la perpétuera infailliblement. D’où l’urgence de faire entendre leur voix et indiquer leur choix « au milieu des sollicitudes » des « Amis de la Syrie ». Sont-ils plutôt favorables à une démocratie à la libanaise, à la française, ou à une monarchie à l’anglaise ? Telle est aujourd’hui la « nécessité sociale » justifiant « la création et l’existence de nouveaux gouvernements » qu’ils doivent y songer activement et sans délai.
Sans doute au niveau de responsabilité et au poste d’observation qui sont les leurs, nos patriarches bénéficient-ils sur le plan pratique d’un point de vue qui nous fait défaut. S’élève-t-on cependant au plan des principes, face à la révolution qui bouleverse la Syrie jusque dans ses fondements, il semble malvenu d’arguer de l’obéissance servile au régime établi et encore moins de la protection des minorités chrétiennes qu’un prix aussi monstrueux ne saurait plus justifier.

Carlos HAGE CHAHINE
À ce stade du raisonnement, rien dans la position de nos patriarches qui n’apparaisse en totale conformité avec l’enseignement de l’Église. Mais poursuivons jusqu’au bout l’argumentation de Léon XIII (voir L’Orient-Le Jour du jeudi 26 juillet 2012).Bien sûr, thème aristotélicien thomiste par excellence, les choses de la nature, et notamment les institutions politiques, sont muables. En dehors de l’Église établie par Jésus-Christ, qui « a pu conserver et conservera sûrement jusqu’à la consommation des temps sa forme de gouvernement », aucune autre forme de pouvoir civil dans une nation ne peut être tenue « comme tellement définitive qu’elle doive demeurer immuable ». Les choses varient en fonction des mœurs et des circonstances de temps et de lieu. Parfois le temps « se borne à modifier quelque...
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