Février 2011. De plus en plus nombreux, les chiites (près de 70 pour cent de la population du royaume) manifestent pour réclamer davantage de démocratie. Accommodants, les Khalifa, la famille au pouvoir depuis près de trois siècles, s’engagent à initier des réformes constitutionnelles, oubliant au fil du temps de donner suite à leur promesse. L’opposition s’impatiente et en vient à ne plus considérer le roi et les siens comme les dirigeants légitimes. Ce qui achève de compliquer les choses, c’est l’intervention intempestive d’une force de frappe saoudo-émiratie, dépêchée en catastrophe pour calmer manu militari ces chiites décidément trop turbulents. À Riyad, on demeure convaincu que rien ne vaut une bonne bastonnade, quelques grenades lacrymogènes, au besoin une rafale de balles de caoutchouc pour répondre à des revendications populaires. D’autant plus que les ressources naturelles,comprendre le pétrole, sont loin d’être intarissables, ce qui ne permet pas au régime de jouer les nababs et de faire cadeau à ses féaux sujets de milliards de dollars, comme l’a récemment fait le grand frère voisin.
Les rares puits encore en exploitation seront taris, estime-t-on, dans les dix à quinze années à venir si l’exploitation se poursuit au rythme actuel, soit 30 000-40 000 barils/jour. Quant aux efforts entrepris pour diversifier l’économie, efficaces au début, ils demeurent sans effet alors que la crise mondiale s’aggrave au fil des mois.
Accuser l’Iran de tous les maux qui menacent la région du Golfe constituait un argument insuffisant jusqu’au moment où la contagion a gagné les régions orientales de l’Arabie saoudite. Depuis quelque temps, on est passé du stade du combat pacifique pour le droit des femmes à conduire leur voiture sans l’assistance d’un proche parent à une lutte plus musclée, avec cocktails Molotov et attaques contre des postes de police. En mai dernier, Amnesty International estimait à sept le nombre de victimes d’affrontements entre manifestants chiites et forces de l’ordre. L’escalade, a-t-on relevé, a coïncidé avec l’annonce de l’envoi du « corps expéditionnaire » à Bahreïn. Le point culminant de la tension a été atteint quand un important chef religieux chiite, blessé à la jambe à l’occasion d’une manifestation, a été arrêté pour « incitation à la sédition ». En fait, le crime, autrement plus grave et relevant d’une coupable maladresse, de cheikh Nimr al-Nimr est d’avoir vu dans le décès de l’émir Nayef ben Abdel Aziz, prince héritier et ministre de l’Intérieur, « une cause de célébration ».
À la mi-juillet, 37 dignitaires ont appelé leurs jeunes coreligionnaires à éviter de recourir à la violence et à s’abstenir de répondre « à ceux qui cherchent à vous pousser à commettre des actes susceptibles d’être qualifiés de terroristes ». À Qatif, à Awamiya, ailleurs dans les régions orientales du pays, les partisans de Nimr multiplient les signes apparents de défi et d’impatience devant la modération, coupable selon eux, dont font preuve leurs chefs traditionnels. En vain ces derniers répondent qu’ils sont sur la brèche depuis 1979, s’attirant une riposte cinglante de la part de la jeune génération qui leur rappelle l’accord passé en 1993 avec la Maison des Saoud, en vertu de laquelle ils renoncent à toute opposition active en échange d’un train de réformes.
Le printemps syrien n’est certes pas étranger à l’incendie dont les flammes atteignent désormais les côtes du Golfe, menaçant jusqu’au Koweït dont la population est composée à plus de 30 pour cent de fidèles de Ali . On retrouve ainsi le risque – devenu bien réel – de contagion tout comme, chez les mollahs de Téhéran, la volonté d’entreprendre une diversion qui assurerait quelque répit à Bachar el-Assad. D’où la réponse faite à Constantin Dolgov, commissaire en charge des droits de l’homme au ministère russe des Affaires étrangères, qui vient de faire part de sa « vive inquiétude » devant les heurts entre policiers et manifestants à Qatif, dans la province de Charkiya : « Le royaume espère qu’il ne s’agit pas là d’une manœuvre pour faire oublier les massacres commis par le régime syrien, avec l’appui de parties connues qui bloquent toute solution de ce conflit. » On ne peut dire que les Russes ne l’ont pas cherchée, cette volée de bois vert.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef