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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Pleins feux sur Damas

Ce n’est sans doute pas, pas encore du moins, le début de la fin pour le régime de Bachar el-Assad. Mais ce sont des changements qualitatifs de toute première importance, appelés à peser lourd sur l’évolution de la crise syrienne, que traduisent les dramatiques développements des derniers jours.

La première de ces deux premières, si l’on peut dire, est l’attentat à la bombe visant le siège de la Sécurité générale à Damas et qui a proprement décapité la cellule de crise chargée de réprimer le soulèvement. Qu’elle soit l’œuvre d’un kamikaze issu des rangs des rebelles ou d’un membre de la garde rapprochée de quelque baron du régime, cette opération révèle soudain la vulnérabilité nouvelle, totalement insoupçonnée, d’une dictature s’appuyant sur un système policier qui passait pour le modèle du genre. C’est le premier cercle du pouvoir, presque le saint des saints, qui vient d’être enfoncé, ce sont ses proches parmi les proches qu’a perdus jeudi, à quelques centaines de mètres seulement de son palais, le président de Syrie : événement considérable qui ne peut que galvaniser l’opposition et démoraliser les troupes gouvernementales en proie d’ailleurs à une nette recrudescence des cas de défection et de désertion.

C’est cependant quand il est blessé qu’un taureau devient le plus furieux ; on le constate en ce moment avec les représailles d’une barbarie insensée qui se sont abattues sur Damas où – deuxième coup de théâtre – venait de s’affirmer en force une révolution résolument combattante. C’est à l’aide des chars lourds et de l’artillerie volante que le président Assad mène cette néronienne campagne dans – et contre – sa propre capitale, rasant des pâtés d’immeubles entiers, enterrant des familles entières sous les décombres.

Non contents de transposer la guerre au cœur de Damas et aussi, pour la toute première fois à Alep, deuxième ville de Syrie, les rebelles auront par ailleurs réussi à prendre le contrôle de plus d’un poste-frontière avec la Turquie et l’Irak. Du coup se trouve posés, à la force du poignet, les premier éléments, en tout point décisifs, d’un double et inappréciable tube d’oxygène pour la révolution : une ligne de ravitaillement en équipements militaires rendant désormais obsolètes les sentiers de contrebandiers qu’empruntaient périlleusement les passeurs d’armes ; et un couloir humanitaire, celui-là même dont la communauté internationale s’est avérée impuissante à imposer l’installation au régime syrien. C’est à la même et consternante paralysie, au demeurant, que les veto russe et chinois, réitérés jeudi encore, vouent les Nations unies, alors que la mission de Kofi Annan, prolongée hier pour une dernière période de trente jours, n’en finit pas de rendre l’âme et que le monde s’inquiète ouvertement des risques d’un débordement du conflit syrien dans les États voisins.

C’est précisément un voisin funestement privilégié qu’aura été, tout au long des dernières décennies, notre pays. En attendant, il est le témoin d’un saisissant remake de l’histoire, à cette nuance près que les rôles s’y trouvent spectaculairement inversés. Ce ne sont plus des Libanais fuyant les violences de la guerre qui vont quêter la sécurité à Damas, mais des Syriens qui, par dizaines de milliers, affluent au Liban. C’est par ailleurs un vaillant allié que pleurait l’autre soir le chef du Hezbollah en la personne du général Assef Chawkat, l’une des principales victimes de l’attentat de jeudi. Pour de nombreux Libanais cependant, le beau-frère du président syrien reste l’homme qui avait figuré en tête des suspects dans le premier rapport à l’ONU du procureur Detlev Mehlis relatif à l’assassinat de Rafic Hariri. Et qui comme Hariri, vient d’être à son tour pulvérisé par une explosion.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Ce n’est sans doute pas, pas encore du moins, le début de la fin pour le régime de Bachar el-Assad. Mais ce sont des changements qualitatifs de toute première importance, appelés à peser lourd sur l’évolution de la crise syrienne, que traduisent les dramatiques développements des derniers jours.La première de ces deux premières, si l’on peut dire, est l’attentat à la bombe visant le siège de la Sécurité générale à Damas et qui a proprement décapité la cellule de crise chargée de réprimer le soulèvement. Qu’elle soit l’œuvre d’un kamikaze issu des rangs des rebelles ou d’un membre de la garde rapprochée de quelque baron du régime, cette opération révèle soudain la vulnérabilité nouvelle, totalement insoupçonnée, d’une dictature s’appuyant sur un système policier qui passait pour le...
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