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Nos lecteurs ont la parole

Repenser la gouvernance pour un Liban moderne

Par Roy BADARO
Le Liban tel que nous l’avons connu avant 1975 est bien mort et enterré. Celui de la IIe République, qui a débuté en 1990 suite à l’accord de Taëf, est lui aussi mort mais dans l’attente de son enterrement officiel. Toutes les composantes du pays n’ont pas encore attesté de sa mort. Or il semble que certains ne voudraient pas le faire pour des motifs divers allant de la peur de voir la parité islamo-chrétienne s’effondrer et remplacée par l’équation des trois tiers, chrétiens, sunnites et chiites. Pour d’autres, il s’agit de sauvegarder la formule actuelle afin de continuer à piller indécemment le pays comme fut le cas pendant les dernières décennies.
Le pays, ou plutôt sa population, est exsangue et ne peut plus continuer de cette façon. La corruption a atteint des limites insoupçonnées et insupportables. L’insécurité règne, les familles sont inquiètes et redoutent de sortir flâner paisiblement dans les rues, les jeunes émigrent par manque d’opportunités et d’avenir, la classe moyenne s’est déjà effondrée, les cas de désespoir signalés mènent parfois à des suicides dont les causes sont souvent d’origine financière, les familles se disloquent, la drogue se propage, et pourtant nos éminents politiciens esquivent les défis et adoptent une attitude parfaitement candide pour ne pas dire niaise.
Il est grand temps d’affronter les événements avec lucidité, courage, détermination, et surtout de réfléchir de façon inédite et créatrice, différente de la boîte traditionnelle aux dimensions extrêmement étroites dans laquelle nous avons enfermé nos esprits.
Nous nous devons de rechercher un modus operandi différent de celui que nous avons adopté à ce jour. Un modus qui nous permettra de vivre notre libanité, de garder notre style de vie qui sublime l’Orient et l’Occident, de pouvoir évoluer avec le temps, à une cadence soutenue comparable à celle des nations avancées, de pouvoir travailler à chances égales sans être harassés pour des raisons religieuses ou inquiétés pour nos prises de position nationales ou politiques. Pour remédier à tout ce qui précède, nous appelons à plus d’échanges et d’interactivité au sein de nos espaces intellectuels, culturels, cultuels et économiques.
Oui, les Libanais ont le droit de penser autrement, de le dire tout haut et de ne pas subir les affres de zigotos zélés.
Nous ne voulons plus d’un État où une administration nommée pour des raisons partisanes et politico-religieuses nous fait subir toute sortes de vexations et d’exactions pour la seule raison que nous sommes des citoyens normaux, sans couverture politique, et n’appartenant à aucun clan à l’intérieur de ce vaste enclos.
Nous n’avons plus d’autre choix que de nous unir et de nous rassembler en vue d’agir. Il n’est plus question de répéter les erreurs commises durant notre histoire ancienne et contemporaine. L’étiolement démographique et/ou politique de n’importe laquelle des composantes sonnera le glas de l’admirable bourgeon de civilisation euro-levantine de cette région du monde, et la rendra totalement monochrome, oscillant entre le gris et le noir.
Pour cette raison, et afin de corriger notre trajectoire politique, il est nécessaire d’envisager une forme de gouvernance différente de celle que nous avons expérimentée tant durant la Ire République que durant la IIe. Cette nouvelle gouvernance devra reconnaître les nouvelles réalités socio-politiques ainsi que les spécificités de chacune des composantes. Quarante ans d’inconfort, et c’est peu dire, ont pleinement suffi à tous les Libanais. Ayons le courage de repenser notre quotidien autrement. La déconcentration et la décentralisation administrative telles qu’elles sont formulées par certains risquent de ne plus être suffisantes pour assurer une survie en harmonie avec nos croyances, nos us et coutumes.
La nouvelle forme de gouvernance sur laquelle il faudrait réfléchir devrait permettre à tous les Libanais de rester et de se perpétuer dans cet espace géographique. Elle devra aussi assurer à long terme une intégration solide et durable de toutes les composantes, dans le respect de l’esprit républicain. Le Liban devra rester un et uni, mais au sein d’une composition plurielle.
Toute opposition à une nouvelle structure, quelle que soit son origine, implique que les parties qui la rejetteraient voudraient, à terme, voir l’élimination d’une ou plus de ses composantes de la vie politique. Dans ce cas, il faudrait attirer l’attention sur le fait que la marginalisation d’une des composantes ne finisse par transformer la coexistence islamo-chrétienne en un maigre prétexte.
Nous n’avons que faire du fondamentalisme, quelle que soit son origine. Nous voudrions partager un espace de libertés avec toute personne, quelle que soit sa religion, sa couleur ou son ethnie, afin que chacun puisse vivre suivant ses choix personnels sans que personne ne puisse à court ou à long terme le menacer. Certes, nous avons évolué récemment vers plus de convivialité, mais les risques de glisser dans les extrêmes, risques défavorables à la perpétuation de l’entité libanaise, planent toujours autour de nous.
L’état actuel des choses ne permet plus un développement harmonieux. La machine est en panne et la croissance n’est plus envisageable dans cet environnement. L’émigration est en train de causer un déséquilibre démographique aggravé par une natalité galopante, considérée par certains comme le fruit d’une volonté politique.
Chacun de nous est l’artisan à la fois de son propre malheur et de son propre bonheur. Nous aimerions voir émerger une nouvelle race de dirigeants – libérés de tout gage extranational, désengagés de la démagogie de la réforme et du changement – conduire le pays vers plus de démocratie, vers une économie d’inclusion, de transparence et surtout moins de corruption.
Nous expérimentons actuellement un gouvernement qui a claironné haut et fort sa volonté de changement. Or nous avons reçu en échange une nouvelle dynastie plus affamée et plus prête à céder sur l’essentiel, choses que n’ont pas osé commettre celles qui l’ont précédée.
Beaucoup de Libanais ont perdu l’esprit critique, élément essentiel servant à discerner le vrai du faux, le bien du mal, le mensonge du parler vrai. Il faudrait, peut-être, instiguer une thérapie de groupe pour libérer certains de l’emprise du gourou qui les a déjà ensorcelés. Y a- t-il un exorciste capable d’exercer à un niveau national ?
Nous n’avons que faire des leaders politiques qui échangent leur survie politique contre des avantages temporels et temporaires.
Les guerres vaines de 1989 et 1990 n’ont fait que saper l’émergence de possibilités nouvelles et d’autres formes alternatives de pouvoirs et contre-pouvoirs.
Nous avons besoin de leaders qui transcendent la « nullocratie » régnante et qui permettent de conjuguer avec les autres d’égal à égal, tout en n’étant ni suzerain ni vassal. Ils devraient avoir manifesté une ligne nationale sans compromis sur les principes et sur nos valeurs. Leurs parcours devrait témoigner d’une probité sans faille, d’une lucidité d’analyse ainsi que d’une vision à 360 degrés pour pouvoir mener le pays vers les rivages du monde moderne, sans toutefois laisser des exclus sur leur passage.
Les Libanais devront bientôt choisir. Leur choix aura des implications déterminantes sur leur avenir et sur celui de leurs enfants. Les représentants qu’ils choisiront devront légiférer sur la forme du Liban à réinventer. Nous devons encourager ceux qui sont porteurs de projets et non ceux qui souffrent d’un ego surgonflé. Oui, il faudrait faire du prosélytisme en vue de prêcher l’esprit critique, le rationalisme, et éviter les émotions et autres comportements primaires dans nos choix.
En fin de compte, nous aurons les dirigeants et le pays que nous méritons...
Le Liban tel que nous l’avons connu avant 1975 est bien mort et enterré. Celui de la IIe République, qui a débuté en 1990 suite à l’accord de Taëf, est lui aussi mort mais dans l’attente de son enterrement officiel. Toutes les composantes du pays n’ont pas encore attesté de sa mort. Or il semble que certains ne voudraient pas le faire pour des motifs divers allant de la peur de voir la parité islamo-chrétienne s’effondrer et remplacée par l’équation des trois tiers, chrétiens, sunnites et chiites. Pour d’autres, il s’agit de sauvegarder la formule actuelle afin de continuer à piller indécemment le pays comme fut le cas pendant les dernières décennies. Le pays, ou plutôt sa population, est exsangue et ne peut plus continuer de cette façon. La corruption a atteint des limites insoupçonnées et...
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