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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Les faux amis

Tout le monde en a sans doute connu à un moment ou un autre. C’est cependant aux jeux de la politique – et de la géopolitique – qu’abondent les faux amis, et la crise de Syrie, qui se développe sur fond de guerre froide entre la Russie et le camp occidental, en offre un édifiant exemple.

 

Obnubilé par ses intérêts stratégiques, c’est d’abord un bien mauvais service que le Kremlin rend à la Syrie, terre et peuple, en soutenant à bout de bras le régime sanguinaire de Bachar el-Assad. La Russie aurait pu pousser le président syrien sur la voie des concessions quand il en était encore temps et favoriser ainsi une transition en douceur du pouvoir ; elle l’a aidé au contraire à se fourvoyer dans les labyrinthes d’une guerre civile qui a déjà gagné le centre de sa capitale, à se débattre dans une mer de sang. Si bien qu’au bout du compte, la même Russie aura probablement fort à faire pour se garder une place au soleil dans la Syrie d’après.


Non moins trouble, au demeurant, est l’attitude de ces États qui se sont généreusement promus amis de la Syrie, qui tiennent régulièrement de solennelles assises, qui dénoncent copieusement la barbarie du régime baassiste, mais qui se refusent à armer convenablement les rebelles, à défaut d’une intervention atlantique à la libyenne : la prolongation de la crise, quel qu’en soit le prix en vies humaines et en destructions, n’ayant visiblement d’autre objet que d’améliorer les termes d’un éventuel marché avec les Russes.


La minuscule mais bouillonnante scène libanaise n’est pas en reste, elle non plus, d’amitiés équivoques, pour ne pas dire mensongères ; l’exemple qui saute aux yeux ici est ce cabinet Mikati tenu au départ pour passablement homogène mais au sein duquel on est en désaccord sur tout, ou presque tout, ce qui en fait le gouvernement le plus improductif, le plus impuissant qu’ait connu le Liban. La médiocrité crasse de certains responsables et leurs motivations douteuses ne faisant qu’aggraver les tiraillements, le pays, jadis patrie des lumières d’Orient, n’est plus que la république littéralement la plus obscure, la plus chichement éclairée de la planète. Amèrement ironique était ainsi le spectacle, hier, des hauts responsables de l’EDL mettant en garde les citoyens contre le trépas imminent d’une institution qui n’en finissait pas d’agoniser.

 

Toujours hier, les fonctionnaires d’État s’octroyaient souverainement le droit de grève. Et parce qu’elle ne fonctionne plus que par à-coups et qu’elle cède systématiquement aux pressions de la rue, la justice a perdu sa qualité, sa fonction de recours contre l’anomalie et l’arbitraire. C’est en bloquant intempestivement les routes que l’on entreprend désormais de plaider sa cause, qu’elle soit bonne, douteuse ou carrément mauvaise.


Particulièrement pernicieux – et au bout du compte mensonger, de surcroît – est le label d’amis de l’armée dont se sont affublés les manifestants du Courant patriotique libre qui réclament la remise en liberté des officiers et soldats arrêtés, relaxés puis arrêtés de nouveau par le tribunal militaire pour leur implication dans un incident qui a coûté la vie à deux dignitaires religieux. Car se proclamer ami de l’armée, c’est tout d’abord accuser inconsidérément les autres, tous les autres, d’hostilité envers la grande muette. Et paralyser les routes et autoroutes en signe de soutien à l’institution militaire, ce n’est pas seulement s’attirer les imprécations fort bien méritées des gens : c’est placer en hasardeuse situation de confrontation manifestants et forces de l’ordre, ces dernières comprenant forcément... cette même armée qui a déjà fort à faire depuis qu’elle s’est déployée sur la frontière avec la Syrie. Et qui se passerait très bien de tels amis.


Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Tout le monde en a sans doute connu à un moment ou un autre. C’est cependant aux jeux de la politique – et de la géopolitique – qu’abondent les faux amis, et la crise de Syrie, qui se développe sur fond de guerre froide entre la Russie et le camp occidental, en offre un édifiant exemple.
 
Obnubilé par ses intérêts stratégiques, c’est d’abord un bien mauvais service que le Kremlin rend à la Syrie, terre et peuple, en soutenant à bout de bras le régime sanguinaire de Bachar el-Assad. La Russie aurait pu pousser le président syrien sur la voie des concessions quand il en était encore temps et favoriser ainsi une transition en douceur du pouvoir ; elle l’a aidé au contraire à se fourvoyer dans les labyrinthes d’une guerre civile qui a déjà gagné le centre de sa capitale, à se débattre dans une mer de...
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