12 millions de Libanais dans le monde, 4 millions au Liban...
La loi du nombre existera-t-elle dans votre conscience ? Aura-t-elle sa place et sa prise de parole ? Vous ne voulez pas de politique, d’accord ! Vous ne voulez pas de polémique, d’accord !
Vous n’avez pas le temps de réagir, d’accord ! Mais jusqu’à quand votre silence ? Et pourquoi ce silence ? Pourquoi cette indifférence ? Aujourd’hui le port phénicien, et demain ? Voulez-vous au moins garder le droit, encore, à votre Liban ?
À votre identité ? À votre passeport ? Rassurez-moi, dites-moi : bien sûr, Madame !
Imaginez qu’on vous retire un jour le droit de vous rendre au pays. Cela vous fera-t-il, peut-être, réfléchir ? Mais de quel droit garderez-vous la liberté de vous y rendre ? À quel titre ? Libanais silencieux, de l’étranger ? De la diaspora ?
Mais qu’a-t-elle fait, cette diaspora ? Que fait-elle ?
Mais qu’avez-vous fait pour le pays ? Que faites-vous encore ? Payez-vous des impôts là-bas ? Est-ce que vous votez au moins ? Moi, jusqu’à présent, je n’ai rien fait, prise par le quotidien de ma vie ici. Je me contente de temps en temps d’aller rendre visite à ma famille. Le Liban depuis un moment n’est plus le pays de mes vacances, disons que c’est rare. Pourtant oh combien je l’aime mon pays ! Oh combien je souffre quand il va mal ! Oh combien je suis fière d’être d’origine libanaise !
J’ai quitté le pays blessée et meurtrie par cette guerre fratricide qui nous a maudits. Sur la terre des droits de l’homme, j’ai essayé de survivre à mon passé, si jeune, mais si dur à oublier. Car mes racines et mes souvenirs sont restés là-bas. Je me suis occupée de mes études et de mon avenir, comme la majorité de vous tous. La priorité était de réussir et d’oublier les blessures du passé. J’en voulais à mon pays natal, aux responsables de mon pays natal. À ses hommes politiques et aux faiseurs de guerres là-bas, d’avoir volé mes années d’adolescence et de m’avoir handicapée psychologiquement à vie. Mais l’amour qui est né en moi après tant d’années de fuite, cet amour qui m’a permis de donner naissance à mes enfants et de leur transmettre une partie de mon patrimoine génétique, cet amour-là a pu soigner quelques cicatrices. Et l’oubli de la guerre atroce a succombé au quotidien d’une vie paisible et d’un laisser-aller vers le bonheur...
Je partage cette partie de ma vie avec pas mal de Libanais comme vous. Je partage cela avec chaque père et chaque mère de famille qui ont donné naissance à leurs enfants, qui ont fondé leur famille avec le seul espoir de leur donner du bonheur. Je partage cette partie de ma vie aussi avec ces jeunes qui continuent encore aujourd’hui à quitter le pays pour un avenir meilleur ailleurs. Car notre instinct d’homme, à nous tous, est de survivre pour transmettre notre patrimoine. Notre instinct à nous tous nous pousse à donner le mieux de nous-mêmes.
Notre instinct nous pousse à préserver notre patrimoine génétique. Et notre patrimoine culturel ? Notre patrimoine tout court ?
Et le port phénicien dans tout cela ? N’y aurait-il pas un lien avec notre patrimoine ? Et demain, que vont-ils encore brader ? Sommes-nous encore capables de réagir aujourd’hui ? Personnellement, je ne connais rien à la politique libanaise, et cela ne m’intéresse pas. Mais quand ces hommes politiques se mêlent aux enchères de mon patrimoine, cela devrait m’interpeller, nous interpeller tous. Celui qui n’est pas capable de préserver une parcelle d’histoire sera-t-il capable de préserver nos frontières ? Certains prétendent que Beyrouth n’est qu’une carrière. Une carrière ? Mais ceux-là ont-ils étudié l’histoire du Liban ?
Et le ministre de la Culture dans tout cela ? Que signifie dans son jargon le mot « port phénicien » ? Pour ces investisseurs, le port phénicien est une aubaine. Et pour les investisseurs internationaux, le Liban en entier ne serait-il pas aussi une aubaine ? L’eau, le paysage, les montagnes, les ressources naturelles... Peut-être qu’en vous interrogeant, j’apporte une première réponse à notre désarroi. Votre silence m’interpelle. Vous qui êtes plus nombreux, 12 millions de Libanais à l’étranger, dans le monde, qu’attendez-vous pour réagir ? Vous, la diaspora libanaise, bon sang, réveillez-vous ! Avez-vous vendu votre patrimoine, vous aussi, au diable ? Pourquoi ce silence et pourquoi votre indifférence ? Vous êtes à l’étranger, vous avez fondé votre vie paisible loin des tourmentes du quotidien d’un Libanais lambda. Mais cela signifie-t-il que vous avez abandonné votre héritage à des mercenaires ? Pour moi, non ! Mais seule je n’irai pas loin. Par contre, 12 millions de voix comme la mienne, ça fera trembler le monde.
Notre histoire se fait dépouiller par les investisseurs. Notre histoire se fait violer par notre silence.
Vous avez réussi votre vie. Nous avons réussi notre vie ailleurs. Et plusieurs parmi nous ont la double nationalité. Cette double chance de parler et d’utiliser les droits qui nous sont octroyés par nos pays d’adoption. Cette double chance que nos compatriotes n’ont pas pu mériter, car ils sont restés là-bas, gardiens de notre patrimoine, ou tout simplement car ils n’ont comme pays qu’un seul pays, le Liban, la terre de leurs ancêtres.
Votre silence c’est votre indifférence !
Douze millions de Libanais, ce n’est rien si nous ne réagissons pas ensemble...
12 millions de Libanais, c’est énorme si nous nous unissons pour préserver ce que nos ancêtres nous ont légué. Je fais appel à vous tous, étudiants et professionnels de tout métier, les juristes, les journalistes, les informaticiens, les ingénieurs, les architectes, les intellectuels, les techniciens, les porteurs d’amour, les messagers de paix, les fiers de vous-mêmes parce que vous êtes encore libanais. Je fais appel à vous tous.
Douze millions de Libanais dans le monde.
Et notre patrimoine se vend aux enchères, sous silence...
La loi du nombre existera-t-elle dans votre conscience ? Aura-t-elle sa place et sa prise de parole ? Vous ne voulez pas de politique, d’accord ! Vous ne voulez pas de polémique, d’accord !
Vous n’avez pas le temps de réagir, d’accord ! Mais jusqu’à quand votre silence ? Et pourquoi ce silence ? Pourquoi cette indifférence ? Aujourd’hui le port phénicien, et demain ? Voulez-vous au moins garder le droit, encore, à votre Liban ?
À votre identité ? À votre passeport ? Rassurez-moi, dites-moi : bien sûr, Madame !
Imaginez qu’on vous retire un jour le droit de vous rendre au pays. Cela vous fera-t-il, peut-être, réfléchir ? Mais de quel droit garderez-vous la liberté de vous y rendre ? À quel titre ? Libanais silencieux, de l’étranger ? De la...


Votre texte est bourré d'émotions et crie haut et fort pour sonner cette alarme que nous voyons tous. Un excellent texte qui nous touche à tous que nous soyons ''dedans'' ou ''dehors'' comme ces 12 millions que vous blâmez ... Mais que suggérez-vous ?? Je suis une expat, comme on les appelle, mais je lis, j'écoute et je m'informe souvent car je veux garder un pieds dedans! Mais vous est-il, une minute, passé par l'esprit, que plusieurs ont essayé déjà et essayent encore, mais sans succès ?? Nous ne baissons pas les bras, mais je crois qu'au lieu de dépenser notre énergie sur de la critique il faudrait plutôt se concentrer sur les ressources ... Il y a déjà un site sur FaceBook qui se nomme ''stop destroying your heritage!'' dont voici le lien: https://www.facebook.com/groups/aplh1764/ . Le groupe a déjà plus de 3000 membres et ce serait une idée de commencer là ou encore d'avoir une iniiative de ce genre pour rassembler les gens... Mais crier haut et fort sans rassemblement c'est comme hurler dans un puits sans fond ;)
02 h 34, le 16 avril 2013