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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

En rond et en large

Il y a une dizaine de jours, on nous annonçait à grand fracas le lancement d’un mois sécuritaire, durant lequel les agents de l’ordre s’appliqueraient à mieux faire leur boulot, lequel consiste à dissuader ou alors à arrêter les malfaiteurs de tout poil : formule des plus malheureuses, laquelle laissait croire en effet qu’un tel zèle ne vaut absolument pas pour les autres mois de l’année.

C’est de la même maladresse que se rendait coupable lundi le Conseil des ministres en recommandant à un département de la justice généreusement tenu pour indépendant l’élargissement de l’enquête sur l’incident du Akkar au cours duquel deux dignitaires religieux sunnites avaient été abattus à un barrage de contrôle de l’armée. Élargissement, l’exquise expression que voilà ! Faut-il donc comprendre que ladite enquête était, dès le départ, un peu trop serrée à la taille ? Que contraintes et tabous avaient commandé un bon coup de frein aux investigations ainsi que la prompte remise en liberté des militaires placés en détention préventive, ce qui avait poussé à la rébellion la population locale qui a entrepris de couper les routes de la région ? Toujours est-il que la leçon n’aura pas été perdue d’ailleurs pour les habitants de Jal el-Dib qui, en menaçant d’asphyxier la circulation sur l’autoroute du Nord, ont obtenu in extremis la construction de voies d’accès à leur localité.

Pour en revenir à l’armée et à ses déboires, le gouvernement se sera décidé à entériner sur le tard, soit après plusieurs mois de sanglantes incursions et agressions syriennes, un plan de déploiement de la troupe aux frontières nord et est. La soldatesque de Bachar el-Assad en sera-t-elle impressionnée pour autant ? Certes pas, puisque des obus syriens s’abattaient avec une intensité sans précédent sur notre territoire alors que le Conseil des ministres n’avait même pas fini de délibérer. Et d’ailleurs pourquoi les Syriens s’en feraient-il si c’est le ministre libanais des Affaires étrangères en personne qui se porte volontaire pour les blanchir en évoquant gracieusement erreurs de tir, obus perdus et autres incongruités.

C’est dans cette atmosphère surréelle qu’est circonscrit – mais non encore définitivement tranché – l’incroyable débat sur le mouvement des communications par téléphonie mobile. Des hommes politiques de premier plan échappent de peu à des attentats et des renseignements précieux, pouvant servir à en identifier les auteurs continuent d’être déniés à certains services de sécurité, jugés non amis, par le ministre des Télécoms, au risque évident de paraître protéger carrément les criminels. C’est contre une telle et fâcheuse méprise que mettait en garde lundi le chef de l’État ; mais c’est carrément de complicité avec les tueurs qu’a parlé hier le député et ancien ministre Boutros Harb, cible de la tentative d’attentat à la bombe déjouée la semaine dernière.

C’est bien de se poser en vigilant gardien de la vie privée des abonnés du téléphone. Mais quand déferle à nouveau le terrorisme, c’est moins bien de paraître se f... à ce point de la vie tout court des victimes désignées.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Il y a une dizaine de jours, on nous annonçait à grand fracas le lancement d’un mois sécuritaire, durant lequel les agents de l’ordre s’appliqueraient à mieux faire leur boulot, lequel consiste à dissuader ou alors à arrêter les malfaiteurs de tout poil : formule des plus malheureuses, laquelle laissait croire en effet qu’un tel zèle ne vaut absolument pas pour les autres mois de l’année.C’est de la même maladresse que se rendait coupable lundi le Conseil des ministres en recommandant à un département de la justice généreusement tenu pour indépendant l’élargissement de l’enquête sur l’incident du Akkar au cours duquel deux dignitaires religieux sunnites avaient été abattus à un barrage de contrôle de l’armée. Élargissement, l’exquise expression que voilà ! Faut-il donc comprendre que ladite...
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