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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

La liberté de tuer

Proprement terrifiant est le projet avorté d’attentat à la bombe qui a visé le député et ancien ministre Boutros Harb, un des piliers chrétiens du 14 Mars.

 

Terrifiant surtout car il vient confirmer de la plus claire des manières ce que tout le monde appréhendait depuis quelque temps déjà, c’est-à-dire la froide détermination des terroristes de la politique à reprendre du service. Cette criminelle entreprise apporte un cinglant démenti aux indignes, aux indécents sarcasmes de ceux qui avaient mis en doute l’authenticité de la tentative d’assassinat par balles dont a réchappé récemment, par miracle, le chef du parti des Forces libanaises Samir Geagea. Elle donne une consistance accrue, décisive, aux avertissements et conseils de prudence dernièrement prodigués de diverses sources, et non des moins fiables, à l’ancien Premier ministre Fouad Siniora, et qui l’ont contraint à réduire ses déplacements. Et bien sûr, on comprend mieux maintenant quels pressants impératifs de sécurité poussent le chef de l’opposition Saad Hariri à se calfeutrer depuis un an dans sa résidence parisienne.


Le plus terrifiant cependant, ce n’est pas tant ce come-back du terrorisme que l’hallucinant contexte de déliquescence de l’État dans lequel il survient. Ce qui frappe le plus d’ailleurs dans la tentative d’attentat aux explosifs de jeudi est l’audace insensée, une audace frisant la désinvolture car dénotant la certitude d’une totale impunité, dont ont fait montre ses auteurs. C’est dans un immeuble notoirement protégé, gardé, que l’on a envoyé de faux techniciens de réparation et d’entretien piéger l’ascenseur qu’emprunte d’habitude le député Harb pour gagner son étude d’avocat. Et une fois les imposteurs démasqués et en fuite, c’est un faux agent des services secrets qui s’est chargé d’exfiltrer en lieu sûr (on devine aisément où) le seul membre de l’équipe qui avait pu être maîtrisé par des habitants de l’édifice.


Pour incroyables qu’ils soient, ces faits s’inscrivent dans le tristement rigoureux ordre des choses. Le Liban vit aujourd’hui à l’ombre d’un gouvernement prétendument homogène, mais que les conflits d’intérêts – bassement, crapuleusement matériels souvent – portent à battre tous les records d’incohérence, de fragmentation, d’inaction. Naguère unique objet de consensus national, l’armée se trouve aujourd’hui passablement contestée pour sa gestion de l’ordre public et de la libre circulation sur les routes, jugée tantôt laxiste et tantôt zélée à l’excès. En fait, jamais l’autorité n’aura été davantage bafouée que depuis que le ministre de l’Intérieur a lancé – à grand fracas et sans crainte du ridicule – un mois d’exceptionnelle diligence sécuritaire, assurant qu’il n’existait plus désormais de périmètres interdits. Jusqu’à nouvel ordre, les forces de police et de gendarmerie se voient toujours dénier par le ministère concerné les données de communications téléphoniques pourtant précieuses pour le progrès de leurs enquêtes. Et pour couronner le tout, cet ultime recours qu’est censée être la justice, tant militaire que civile, offre l’affligeant spectacle d’une institution sujette à toutes les pressions et plus prodigue de remises en liberté que d’inculpations.
Tant de failles à la fois dans le corps du pouvoir ne peuvent plus être mises sur le compte de la médiocrité ordinaire. Par leur inqualifiable léthargie, ce ne sont plus des faux témoins qui nous gouvernent ; ce sont de très authentiques pousse-au-crime.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Proprement terrifiant est le projet avorté d’attentat à la bombe qui a visé le député et ancien ministre Boutros Harb, un des piliers chrétiens du 14 Mars.
 
Terrifiant surtout car il vient confirmer de la plus claire des manières ce que tout le monde appréhendait depuis quelque temps déjà, c’est-à-dire la froide détermination des terroristes de la politique à reprendre du service. Cette criminelle entreprise apporte un cinglant démenti aux indignes, aux indécents sarcasmes de ceux qui avaient mis en doute l’authenticité de la tentative d’assassinat par balles dont a réchappé récemment, par miracle, le chef du parti des Forces libanaises Samir Geagea. Elle donne une consistance accrue, décisive, aux avertissements et conseils de prudence dernièrement prodigués de diverses sources, et non des moins fiables,...
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