Dans notre partie du monde, ce sont surtout les masses humaines qui nous préoccupent. Leur poids, leur interaction, ce qui les magnétise. Une image emblématique circule en ce moment avec beaucoup de succès sur les réseaux sociaux : celle de l’épouse du président égyptien Morsi, cruellement apposée à celle de l’épouse du roi Farouk, la somptueuse Nariman (ou s’agit-il de Farida ?). Cruellement car la première, recouverte d’un hijab informe, cachée derrière des lunettes de vue, sans coquetterie aucune, semble annoncer une ère d’austérité peu réjouissante. La deuxième, taille fine, robe haute couture, délicatement maquillée, respire la fraîcheur et la joie de vivre et suggère l’image d’une Égypte heureuse et prospère. Près de 75 ans les séparent. On sait pourtant que les Frères musulmans, dont est issu Morsi, existaient déjà en Égypte lors de l’investiture de Farouk et qu’ils l’ont soutenu en tant qu’arabe après un long règne des Ottomans. Le problème, c’est qu’en Égypte – et dans le monde arabe en général – plus un règne dure, plus son dépositaire tend à être idolâtré. À l’évidence, seule la montée de l’islamisme, exacerbée par mille facteurs, la déroutante mondialisation, la pauvreté, la perte des repères, a permis de rendre à César sa condition de mortel et à Dieu son trône usurpé.
Ce retour à la tradition indique seulement que le monde arabe a besoin de ce repli identitaire pour se retrouver, se réconcilier avec lui-même, renouer avec ses fondamentaux, pour trouver la force de rattraper en marche le train affolé du millénaire. Il lui faut passer par la chute des idoles, leur remplacement parfois bancal mais au moins provisoire, un chaos plus ou moins long.
Quant à nous, Libanais, nous avons beau jeu de critiquer les bouleversements qui nous entourent en restant sur la touche. Est-il si difficile à gérer, ce pays de la taille d’une province? 10452km2, quelque 4 à 5 millions d’habitants, presque pas d’industrie, une population majoritairement concentrée dans la capitale et ses environs, ces chiffres sont encore bien modestes au regard du reste du monde. Rien ne justifie que l’électricité et les communications soient si dramatiquement défaillantes, de même que les services basiques et les droits élémentaires des habitants. Sans doute avons-nous besoin d’un retour à nos fondamentaux. D’où venons-nous ? Pourquoi sommes-nous ensemble ? Que voulons-nous ? Où allons-nous ? De quoi est faite notre masse ? Où est notre Boson ?


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