Des journalistes essayant d’entrer dans les bureaux de Nicolas Sarkozy, en pleine perquisition. Photo Mal Langsdon/Reuters
Les juges de Bordeaux, Jean-Michel Gentil, Valérie Noël et Cécile Ramonatxo, accompagnés de leurs greffiers, de quatre policiers et de deux membres du conseil de l’ordre des avocats ont mené mardi des perquisitions qui ont été effectuées au domicile de Nicolas Sarkozy et Carla Bruni, dans les locaux financés sur fonds publics en qualité d’ancien président et dans les locaux de son ancien cabinet d’avocats. Les résultats n’étaient pas connus hier.
Ce traitement est sans précédent pour un ancien chef d’État et avait été épargné en 2007-2011 à Jacques Chirac, pourtant interrogé dans plusieurs affaires et devenu finalement en décembre 2011 le premier ex-président de l’histoire de la République condamné en correctionnelle. Alors que M. Chirac était poursuivi pour des faits vieux de deux décennies, c’est cette fois un financement présumé illicite de la campagne présidentielle de 2007 avec des espèces qui auraient été soustraites à une Liliane Bettencourt en état de « démence » dont il est question.
Le maire UMP de Nice, Christian Estrosi, a condamné la démarche des juges sur Europe 1 hier, parlant de « justice-spectacle » et estimant que les magistrats avaient attendu le départ lundi pour des vacances de Nicolas Sarkozy au Canada. Le ministre PS de l’Intérieur Manuel Valls ne voit au contraire rien d’anormal dans les perquisitions. « C’est un justiciable comme un autre. La justice, sur ces sujets-là, doit faire la lumière », a-t-il déclaré, toujours sur Europe 1.
Émotion(s)
Pour plusieurs acteurs du dossier, l’audition de Nicolas Sarkozy paraît désormais inéluctable procéduralement, ne serait-ce que parce qu’il a le droit d’accéder à un dossier riche désormais de très nombreuses investigations le concernant directement. « Il ne me paraît pas absolument illogique qu’un juge d’instruction saisi d’une affaire dont un des volets concerne un présumé financement illicite mène des perquisitions chez le principal intéressé, voire décide son audition », a dit Me Antoine Gillot, avocat de l’ex-comptable des Bettencourt, Claire Thibout, témoin à charge. « Je comprends qu’on s’en émeuve compte tenu de la qualité éminente de la personne en question, mais personne ne s’est ému quand il y a eu des perquisitions chez d’autres personnes », a-t-il ajouté. Les juges ont déjà saisi les comptes de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy, fait interroger les fournisseurs de cette campagne ainsi que, selon RTL, l’ex-ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, proche de l’ancien président.
Plusieurs interrogatoires de l’ex-gestionnaire de fortune de Liliane Bettencourt, Patrice de Maistre, écroué durant trois mois, ont été menés sur les quatre millions d’euros en espèces qu’il a fait extraire des comptes suisses de Bettencourt en 2007-2009, particulièrement sur deux retraits de 400 000 euros chacun au moment de la campagne Sarkozy. Patrice de Maistre, membre du Premier Cercle, club des donateurs fortunés de l’UMP, était un proche du trésorier de la campagne Sarkozy, Éric Woerth, qu’il a rencontré au moment des retraits d’espèces et qui est aussi mis en examen.
Et par des interrogatoires du personnel de maison, les juges ont établi que Nicolas Sarkozy s’était rendu chez les Bettencourt en février 2007. Les magistrats se sont fait remettre mardi à Paris l’agenda de l’ex-président que ce dernier avait déposé chez un huissier. Nicolas Sarkozy a dit aux médias ne pas voir en quoi cette visite pouvait être un élément à charge.
(Source : Reuters)


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