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Nos lecteurs ont la parole

Bachar el-Assad et son contrat régional

Salim F. DAHDAH
La création d’Israël a été le déclencheur, et souvent le motif direct où indirect, de toutes les crises qui ont secoué, plus de soixante ans durant, tour à tour tous les pays arabes, de la Palestine à Bahreïn en passant par l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak, le Koweït, l’Iran, le Yémen et la Libye. Cette situation, devenue presque endémique, a été largement encouragée et couverte par les principaux dirigeants occidentaux, qui ont fait l’impasse sur un acte prémédité de spoliation caractérisée, exécuté par le sionisme international contre le peuple palestinien. Une opération qui, selon les aveux même des Juifs de l’époque, devait consister à récupérer en Palestine des terres qui appartenaient à leurs aïeux il y a deux mille ans. Mais au lieu de se contenter de partager ce pays avec les Palestiniens, l’action engagée s’est avérée être un vaste chantier de mainmise définitive et irréversible sur l’État de Palestine avec à la clé l’expulsion de tous ses habitants sans aucun droit de retour. Ce flagrant constat d’injustice sera l’élément détonateur de tous les événements qui enveniment et vicient les relations internationales depuis cette époque et se perpétueront probablement jusqu’au règlement définitif de cette seconde « guerre de cent ans », qui aura mis aux prises Israéliens et Arabes, et dont les parrains auront été malheureusement les pays occidentaux.
Le monde est à nouveau horrifié devant la monstruosité et le nombre des assassinats collectifs et individuels qui se multiplient depuis plus de quinze mois, dans une Syrie en proie à une guerre déclenchée dans des circonstances vagues et inexplicables. Elle met aux prises, cette guerre, la majorité démographique des citoyens et un régime minoritaire qui sévit impunément depuis plus de trente ans. Le mouvement des « rebelles » ressemblait au départ plus à un ras-le-bol populaire qu’à une insurrection. C’est à se demander même s’ils n’avaient pas été poussés à agir dans certaines régions du pays, voire même manipulés, pour donner l’occasion aux forces du régime d’engager, sous le couvert de son obligation de rétablir l’ordre public, des affrontements sanglants et destructeurs, en vue de réaliser des objectifs géostratégiques régionaux précis qu’il s’était engagé à sous-traiter. Nous en voulons pour preuves la rapidité, la férocité, la détermination et le volume disproportionné des moyens mis en place par la machine militaire nationale, toutes divisions confondues, pour juguler le mouvement en question. Au fil des jours, on assistera à un ratissage systématique de ses régions et à un très large transfert de population, soit vers d’autres régions du pays, soit vers le Liban. Les chrétiens qui ont quitté le pays ont choisi le Grand Beyrouth pour s’y installer ; les sunnites quant à eux ont choisi soit la région du Akkar, soit celle de la Békaa. Cette « sale » guerre ressemble étonnamment à celle du Liban, avec des processus et une logistique plus ou moins similaires, un même exécutant et probablement le même commanditaire, mais avec d’autres ingrédients, d’autres victimes et une autre géographie.
Comment le monde appréhende-t-il ce qui se passe en Syrie depuis 2011 ? Tous les jours, les chaînes d’information reproduisent une suite de déclarations vides de toute substance ; les principaux décideurs internationaux sont inscrits aux abonnés absents ou évitent, pour préserver leurs intérêts stratégiques, d’intervenir pour faire cesser les bains de sang et les atrocités. Le monde se dit consterné par ce qui se passe en Syrie, comme il le fut au moment de la guerre du Liban, quand son attitude avait été tout aussi consternante. Face à ce drame humain insoutenable, c’est un Occident laxiste et plongé dans un état de profonde léthargie qui devrait être jugé, dans le meilleur des cas, pour non-assistance à personnes en danger, et dans le pire, pour association à une initiative préméditée de démantèlement social et communautaire devant paver la voie à un éventuel démembrement de la Syrie et peut-être du Liban (la Russie, dans le rôle de l’allié et protecteur du régime, rejoignant les USA et l’Europe dans celui de l’opposant indigné, et tous les deux laissant faire sans intervenir effectivement qu’une fois seulement les opérations engagées par le régime devenues irréversibles, ou au contraire, bloquées pour une raison ou une autre en cours d’exécution). Cette attitude de l’Occident n’est malheureusement pas nouvelle. Elle n’a pas cessé de se répéter chaque fois qu’il s’est agi de réagir face aux différents drames qui ont marquées l’histoire de cette partie du monde depuis 1948. L’Orient, qui vit depuis cette date une longue liste de guerres et de bouleversements sanglants, ponctuée par des atteintes inquiétantes aux plus élémentaires droits de l’homme, n’a jamais bénéficié d’égards spéciaux. Il a toujours été considéré par les décideurs internationaux comme un important appât géostratégique, et devait rester à ce titre leur chasse gardée pour leur permettre d’asseoir leurs intérêts régionaux et ceux de leurs alliés.
L’effondrement de la Syrie et la fin prochaine du régime qui s’inscrit dans le cœur de ce débat sonneront-ils le glas en Orient des États nations en faveur de celui des communautés-nations, réunies et gérées régionalement par des systèmes fédéraux ou confédéraux ? Cette échéance donnera-t-elle le coup d’envoi de longues mais sérieuses négociations entre Israéliens et Palestiniens et marquera-t-elle la fin de l’état de guerre entre Israël et les Arabes ? Le prix de ce long cheminement entrepris et exécuté avec brio par le régime en place, au Liban hier et en Syrie aujourd’hui, permettra-t-il à Bachar, malgré tous les dégâts, les morts et les transferts de population occasionnés, de s’en sortir avec le moins de dégâts pour lui et les siens ? Le Hezbollah, malgré ses exactions des dernières années, bénéficiera-t-il de bonus spéciaux après l’effondrement des différentes structures étatiques des pays riverains d’Israël, et lui permettra-t-il de retrouver la place qui lui revient naturellement en tant que représentant majoritaire de la communauté chiite au Liban, au sein d’une sigha libanaise réadaptée et éventuellement plus compatible avec un nouveau contexte régional ?
Des questions qui attendent des réponses dans les meilleurs délais possibles, pour que les peuples de ces régions retrouvent rapidement leur quiétude et renouent avec l’espoir d’une plus grande stabilité et d’un retour de la croissance dont ils ont été longtemps privés.

Salim F. DAHDAH
La création d’Israël a été le déclencheur, et souvent le motif direct où indirect, de toutes les crises qui ont secoué, plus de soixante ans durant, tour à tour tous les pays arabes, de la Palestine à Bahreïn en passant par l’Égypte, la Jordanie, la Syrie, le Liban, l’Irak, le Koweït, l’Iran, le Yémen et la Libye. Cette situation, devenue presque endémique, a été largement encouragée et couverte par les principaux dirigeants occidentaux, qui ont fait l’impasse sur un acte prémédité de spoliation caractérisée, exécuté par le sionisme international contre le peuple palestinien. Une opération qui, selon les aveux même des Juifs de l’époque, devait consister à récupérer en Palestine des terres qui appartenaient à leurs aïeux il y a deux mille ans. Mais au lieu de se contenter de partager ce pays...
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