L’armée libanaise s’est déployée hier dans le secteur où un équipement d’espionnage israélien a été détruit par l’aviation de l’État hébreu. Mahmoud Zayat/AFP
Le président de la République Michel Sleiman a dénoncé hier, sans détour, l’attaque au Liban-Nord contre un poste de la Sûreté générale et l’enlèvement de deux agents qui ont ensuite été relâchés. « Nous refusons l’incursion de l’unité militaire syrienne à l’intérieur des frontières et la détention de deux membres de la Sûreté générale. Cet incident n’est pas acceptable et déroge aux lois et coutumes internationales, ainsi qu’au principe même de coordination qui doit prévaloir entre deux pays limitrophes », a-t-il déclaré. M. Sleiman a souhaité en outre que « l’enquête soit menée jusqu’à l’identification des responsables, afin d’empêcher toute récidive et de préserver ainsi les relations bilatérales, basées sur le respect mutuel de l’indépendance et de la souveraineté de chaque pays ». En outre, le président Sleiman a passé en revue la situation sécuritaire avec le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel.
Le communiqué vague de la SG
Dans les faits, le poste de la Sûreté générale dans la région frontalière de Bkeiya au Liban-Nord a essuyé hier à l’aube les tirs des forces syriennes régulières, blessant deux membres de la SG. Les forces syriennes poursuivaient en effet des éléments armés non identifiés, ayant lancé une roquette, à partir du territoire libanais, en direction du poste syrien de l’immigration et des passeports. Lors de la poursuite, les soldats syriens se sont infiltrés en territoire libanais, jusqu’au poste de la SG, où ils ont enlevé deux agents, qu’ils ont conduits en Syrie, avant de les relâcher.

Le poste-frontière de Bkeiya au Liban-Nord.
Cet incident est ainsi relaté par un communiqué de la Sûreté générale, dont le directeur, le général Abbas Ibrahim, en avait déjà notifié le ministre de l’Intérieur. Le communiqué recourt toutefois à une tournure qui évite d’accuser nommément les troupes syriennes des tirs dirigés contre le poste de l’armée. « Des tirs ont été essuyés lors de la poursuite, par des troupes syriennes, contre des éléments armés... », formule vague du communiqué, liée peut-être au fait que « l’enquête de la SG est en cours pour élucider les circonstances de l’incident, après que son directeur, le général Abbas Ibrahim, en eut notifié le ministre de l’Intérieur ». Mais cette attaque est d’autant plus ambiguë qu’elle est dirigée contre un appareil sécuritaire dont le commandement ne s’est jamais montré défavorable à Damas – c’est le moins qu’on puisse dire. Il est donc légitime de se demander s’il s’agit d’une bavure des troupes syriennes ou d’un message adressé à la SG.
Mise en garde syrienne
Un autre élément marquant, le déploiement de l’armée à Bkeiya. Selon des sources sécuritaires citées par l’agence al-Markaziya, les forces syriennes auraient sommé les services de sécurité libanais de mettre un terme à toutes les opérations d’infiltration en direction du territoire syrien. Cette mise en garde syrienne rejoint paradoxalement les plaintes des habitants de Bkeiya, qui affirment craindre d’être la cible de francs-tireurs syriens en poste aux frontières, selon des témoignages retransmis par la LBC, manifestant une vive colère face « aux flagrantes incursions des troupes syriennes ».
C’est cette même colère qui sous-tend les réactions de l’opposition à l’incident, notamment les députés du Akkar, Khaled Daher et Mouïn Meraabi, ainsi que leur collègue du bloc du Futur, le député Jamal Jarrah, le coordinateur général du courant du Futur au Akkar, Khaled Taha, ainsi que les Kataëb.
Entre-temps, à Saïda...
Parallèlement, dans le sud du Liban, le sit-in qu’observe cheikh Ahmad el-Assir et ses partisans, à l’entrée nord-est de Saïda, se poursuit de plus belle, après le soutien à la manifestation exprimé par certains commerçants de la ville.
Selon cheikh el-Assir en effet, près de 450 tenants de commerce lui auraient assuré ne pas souffrir du blocage de l’axe principal de la capitale du Sud, sachant que les personnalités politiques et économiques de la ville, réunies vendredi au siège de la municipalité, avaient affirmé le contraire. Mais cheikh el-Assir semble loin de vouloir se plier aux pressions.

Cheikh el-Assir enfourchant sa bicyclette,
hier à Saïda... Mahmoud Zayyat/AFP
Déjà hier, de nouvelles tentes ont été dressées, une parcelle supplémentaire a été aménagée pour accueillir les manifestants, des fosses d’aisance ont été aménagées et un nouveau slogan a été marqué sur les banderoles : « Nous n’arrêterons pas le sit-in avant de constater concrètement des efforts sérieux pour résoudre la question des armes illégitimes. »
Toutefois, les contacts se poursuivent afin de convaincre cheikh el-Assir d’une solution médiane, qui consiste à changer le lieu du sit-in. Ainsi, le ministre de l’Intérieur Marwan Charbel a contacté à plusieurs reprises l’imam de la mosquée Bilal ben Rabah, mais sans résultat, ce qui l’aurait amené à ajourner sa visite prévue à l’emplacement du sit-in.
De son côté, cheikh el-Assir demeure attaché aux enjeux premiers de la manifestation, qui s’inscrit, selon lui, dans le cadre du « soulèvement pacifique » qu’il mène. Il rappelle, en réponse aux « Trois questions de l’orientlejour.com » (voir la web vidéo ci-dessous), le principal enjeu du sit-in : ce que nous réclamons, dit-il, est l’examen de la stratégie de défense, qui prélude à la remise des armes dans le giron de l’État, alors que l’autre partie maintient son refus d’en débattre en toute sincérité.
Il insiste en outre sur sa volonté de maintenir le sit-in au même endroit, l’entrée de Saïda étant la plus propice à véhiculer le message voulu. « Nous ne débloquerons pas la route, même si le chef de l’État nous le demande », a-t-il affirmé au quotidien al-Watan. Précisant que les négociations battent leur plein pour aboutir à une solution quant à la stratégie de défense, il a salué le ministre Charbel « que nous respectons profondément », ainsi que le président de la République Michel Sleiman, « dont nous ne pouvons douter de la crédibilité ni de son profond souci de débattre sérieusement du dossier des armes ». Cheikh el-Assir a souhaité que le chef de l’État coordonne avec « la résistance » (le Hezbollah) à ce niveau.
Mais l’imam islamiste, qui se présente comme « musulman sunnite », n’a pas manqué de brandir hier la menace d’une escalade « au cas où le langage de la raison n’est pas rétabli, face à l’hégémonie des armes, devenue insupportable, du parti de la résistance et du mouvement Amal ».


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