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Nos lecteurs ont la parole

Notre mission, à nous chrétiens d’Orient

Par Roy BADARO
Ce qui se passe en Syrie dépasse tout entendement. Ben Ali a pillé son pays mais a eu la sagesse de s’esquiver sans occasionner des guerres internes. Par contre le régime syrien persiste et signe dans ses persécutions ethnique (Kurdes) et confessionnelle (chrétiens récalcitrants et sunnites). Certains voient en lui le protecteur des minorités. Cela n’est pas sans rappeler le rôle de pyromane pompier de Hafez el-Assad à partir de 1976. Il est utile de rappeler à certains que c’est la Syrie qui créa les organisations fondamentalistes pour montrer que sans elle, ces organisations pulluleraient et que par conséquent, elle était la seule à pouvoir les combattre. Combien de naïfs ont été pris (Américains inclus), et certains le sont encore, à ce piège diabolique.
Les chrétiens d’Irak ont beaucoup souffert de la nébuleuse el-Qaëda dont, en réalité, certaines sections étaient sous la coupe des services syriens. Car c’était ces mêmes services qui exfiltraient les terroristes vers le Liban et l’Irak et les entraînaient à l’utilisation des explosifs pour tuer le plus grand nombre de personnes, et notamment les chrétiens irakiens, afin de le pousser à émigrer en Syrie en vue d’opérer un rééquilibrage démographique à base confessionnelle. Je peux témoigner de cela, car j’ai vécu à Bagdad en 2005, 2006 et 2009, années «riches» en événements tragiques.
Ce jeu syrien a été éventé; il ne doit en aucun cas être défendu naïvement sous prétexte de protéger les minorités. On ne défend pas une minorité en assassinant une autre, ou même en défiant une majorité. Les chrétiens du Liban ont payé très cher leur résistance aux hordes du clan Assad. L’aube se lève après les années de ténèbres, et le problème du Hezbollah sera résolu, d’abord par un rééquilibrage de forces externes, puis par celui des forces internes.
Les armes ne serviront plus de prétexte une fois que la communauté internationale aura imposé à Israël le retrait des dernières terres libanaises. Les présidents Sleiman et Berry l’ont affirmé.
À nous chrétiens libanais d’aider les chiites à se sentir chez eux et à ne plus avoir besoin du soutien de l’Iran; de porter les sunnites à compter sur leurs concitoyens et à ne plus chercher l’appui et le soutien financier des Arabes.
C’est de cette façon que nous deviendrons indépendants, et non en vertu d’une Constitution qui n’est pas appliquée, ou en entonnant un hymne national qu’il faudrait réactualiser.
Nous avons affirmé dans cette Constitution notre appartenance arabe, après que cela nous eut coûté des dizaines de milliers de morts.
Et voilà que nous affirmons que nous devons à l’aide des Perses d’avoir pu libérer le Sud.
Il faudrait choisir: sommes-nous neutres dans le conflit arabo-iranien? Sommes-nous arabes, et par conséquent devons-nous prendre position avec les Arabes quelles qu’en soient les causes et les conséquences? Devrions-nous être l’arme ultime de Téhéran dans un conflit qui dépasse le cadre régional ou bien être réellement neutres? C’est cela le premier sujet auquel devront s’atteler nos politiciens dans le cadre du dialogue national. Cette incompréhension serait la mère de tous nos maux, et un accord sur le sujet servira de fondement solide à un État moderne sans ambiguïtés.
Pour édifier cet État, il faudrait dialoguer en profondeur et ne pas arguer de n’importe quel prétexte, ni adopter la politique de l’autruche.
Je suggère, à titre d’exemple, pour conforter nos concitoyens chiites, de renforcer institutionnellement la hawza du Djebel Amel et de subventionner la recherche pour en faire une école de réflexion et de renouveau. Elle serait ainsi un phare du chiisme au même titre que Qom ou Machad car elle s’insère dans le tissu social et confessionnel si enrichissant du Liban, porteur de modernité et d’échanges. Mais il serait dommage de la transformer en filiale des hawza perses. Par contre, les échanges entre Najaf l’Arabe et la hawza du Djebel Amel serviraient à minimiser les divergences intralibanaises et amélioreraient la situation interne.
Par la même occasion, il est utile de se réjouir de l’attitude de nos concitoyens sunnites qui ont su prendre le virage après des années de mise en question de l’entité libanaise. Les sunnites ont beaucoup évolué entre les années vingt et les dernières années du XXe siècle, malgré les soubresauts de 1958, l’appel du panarabisme nassérien. Je me rappelle aussi des années 70, lorsque certains sunnites considéraient que l’OLP était leur vraie armée et que l’armée libanaise était celle des chrétiens. Ils ont compris, avec le temps, que le chrétien libanais était plus proche d’eux que le sunnite syrien et que les liens qui les unissent, faits des mêmes valeurs, du territoire, et de la richesse, sont plus forts que les liens religieux avec leurs coreligionnaires du monde arabe. Nous sommes redevables de cela à Rafic Hariri.
C’est aujourd’hui à ces mêmes sunnites de faire profiter de leur expérience de transition les chiites, et cela par le dialogue et non par un rééquilibrage de la puissance armée. Cela se fera uniquement par un dialogue entre personnes responsables, appartenant à la fois à la société civile et à des instances religieuses capables de transcender les intérêts personnels.
De même, nous espérons voir le jour où les chiites feraient passer leurs relations avec les sunnites et avec tous les chrétiens, et non seulement avec une partie d’entre eux, avant leur relation avec l’Iran.
Les liens entre les diverses communautés libanaises doivent être plus solides que leurs liens avec les forces extérieures même si elles ont le religieux comme origine. Par analogie avec la science physique, les forces intérieures et centripètes doivent être supérieures aux forces extérieures et centrifuges.
Bâtir la confiance requiert un effort surhumain et prendra des dizaines d’années. Mais quel autre choix avons-nous que celui d’accepter cette voie, à moins que d’autres alternatives ne s’imposent. Si nous ne prenons pas ce virage immédiatement, nous courons vers une implosion interne, annonciatrice de guerres intestines et sournoises dans le monde arabe.
Cette tâche est ardue, mais telle est notre mission en tant que chrétiens d’Orient. Rapprocher nous sera plus utile que diviser, car nous ne voulons pas régner mais partager. Partager les charges et les fruits, dans un esprit constructif. Je suis conscient des défis et des menaces qui nous guettent, mais certain aussi qu’un petit groupe de personnes de bonne volonté de toutes confessions pourra les surmonter et tirer le Liban de l’abîme.
Les chrétiens doivent s’accrocher à cette terre du Moyen-Orient, et plus précisément du Levant, car nous offrons une occasion de voir chrétiens, sunnites, chiites et druzes collaborer et progresser. L’Europe se trouve dans une phase de rapports difficiles avec l’islam à cause d’une incompréhension mutuelle, issue de la période coloniale, de différences culturelles ainsi que de projets de société antagonistes. De même, l’Amérique manque de sensibilité culturelle pour comprendre nos dimensions émotionnelles et affectives ainsi que notre côté pudique, totalement étrangers à la culture protestante de l’Amérique profonde.
Le Liban est, certes, un message, mais il est bien plus, étant un des meilleurs gués pour échanger les valeurs, les biens, les hommes, entre deux mondes quasi étanches: l’Occident chrétien et l’Orient musulman. Nous avons beaucoup à échanger avec l’Europe et les États-Unis et nous voulons garder cette mission dans un esprit d’ouverture perméable et enrichissant pour tous les acteurs de cet échange.
Le Liban est à mi-chemin entre le religieux et la modernité. Il cherche, avec beaucoup de difficulté, à préserver le vecteur espace en évitant l’anachronisme dans le vecteur temps. Il saura être le chimiste d’un nouvel alliage où toutes les composantes accepteraient de faire un compromis afin de mieux vivre leurs réalités quotidiennes en laissant le soin à Dieu de régler les problèmes de l’au-delà.
Donnons-nous cette chance, sinon adieu...
Ce qui se passe en Syrie dépasse tout entendement. Ben Ali a pillé son pays mais a eu la sagesse de s’esquiver sans occasionner des guerres internes. Par contre le régime syrien persiste et signe dans ses persécutions ethnique (Kurdes) et confessionnelle (chrétiens récalcitrants et sunnites). Certains voient en lui le protecteur des minorités. Cela n’est pas sans rappeler le rôle de pyromane pompier de Hafez el-Assad à partir de 1976. Il est utile de rappeler à certains que c’est la Syrie qui créa les organisations fondamentalistes pour montrer que sans elle, ces organisations pulluleraient et que par conséquent, elle était la seule à pouvoir les combattre. Combien de naïfs ont été pris (Américains inclus), et certains le sont encore, à ce piège diabolique.Les chrétiens d’Irak ont beaucoup souffert de la...
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