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Flic flop

Le ministre de l’Intérieur est sans conteste un honnête homme au passé irréprochable et animé des meilleures intentions. Il est aussi hélas – et on reste poli – un grand naïf : ce qui n’est guère l’idéal pour un personnage se trouvant être le premier flic du Liban. Le voilà en effet qui nous promet le lancement, dès ce mercredi, d’un mois sécuritaire durant lequel les agents de police et de gendarmerie, secondés au besoin par l’armée, mettront les bouchées doubles pour neutraliser ou encore mieux arrêter les trublions, voyous, braqueurs et autres malfrats qui troublent en permanence l’ordre public : mesure s’expliquant notamment par le vertueux souci d’assurer aux citoyens, comme aux légions de vacanciers impatients d’envahir notre doux pays (un peu d’optimisme, que diable !) un mois de ramadan aussi calme et serein que possible. C’est d’ailleurs le même optimisme à toute épreuve, même celle du bon sens, qu’arbore un ministre du Tourisme apparemment ignorant des cascades d’annulations de séjour qu’essuient en ce moment les hôtels du pays.

 

Toujours est-il que mois pieux et touristique ou pas, les trublions, voyous, bandits et consorts n’ont visiblement aucune envie, eux, de faire jeûne et abstinence de méfaits. Ils l’ont montré dans la soirée de lundi, entreprenant d’incendier le siège d’une chaîne de télévision ou bloquant des rues entières à l’aide de pneus enflammés dans les quartiers ouest de la capitale; tout cela au grand effroi de la population qui a cru revivre, en un flash-back de cauchemar, les premières heures d’une nouvelle et interminable ère de chaos.


Nul, bien sûr, ne saurait trouver matière à rire au spectacle d’un ministre de l’Intérieur aussi cruellement roulé dans la noire farine des pneus carbonisés. Mais sans doute est-il grand temps, pour la très imaginative excellence, de revenir aux fondamentaux. À savoir, pour commencer, que la sécurité n’est pas due aux seuls dévots ou touristes, mais à tous les citoyens. Que cette sécurité est due en toute circonstance à tout moment, chaque jour et chaque nuit de la semaine, tous les mois de l’année. Que l’on ne peut demander un surcroît d’effort à la maréchaussée quand elle-même est la première à constater à quel point est compromise de nos jours l’autorité de l’uniforme; quand les grands axes routiers sont livrés aux chauffards; quand les agents de la circulation assistent, impavides, au vertigineux ballet des deux-roues grillant, comme de plein droit, les feux rouges ; quand la police est interdite de montrer le bout du nez dans les quartiers armés et quasiment autonomes ; quand une route aussi vitale que celle de l’aéroport international de Beyrouth est périodiquement coupée, en toute impunité, par des manifestants. Quand pour comble sont régulièrement remis en liberté, pour impératifs de concorde nationale et de paix civile, des individus pris pourtant sur le fait.


En définitive, c’est un fruste festival sécuritaire, promettant des embouteillages accrus du fait de la multiplication des barrages de contrôle, que l’on vous a aimablement concocté pour cet été.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Le ministre de l’Intérieur est sans conteste un honnête homme au passé irréprochable et animé des meilleures intentions. Il est aussi hélas – et on reste poli – un grand naïf : ce qui n’est guère l’idéal pour un personnage se trouvant être le premier flic du Liban. Le voilà en effet qui nous promet le lancement, dès ce mercredi, d’un mois sécuritaire durant lequel les agents de police et de gendarmerie, secondés au besoin par l’armée, mettront les bouchées doubles pour neutraliser ou encore mieux arrêter les trublions, voyous, braqueurs et autres malfrats qui troublent en permanence l’ordre public : mesure s’expliquant notamment par le vertueux souci d’assurer aux citoyens, comme aux légions de vacanciers impatients d’envahir notre doux pays (un peu d’optimisme, que diable !) un mois de ramadan...