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À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

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Ils ne croyaient pas si bien dire, les vieux slogans touristiques vantant les charmes de cette Suisse de l’Orient qu’était alors le Liban et qui, évoquant nos splendeurs de mer et de montagne, faisaient de notre terre celle des plus heureux contrastes. Au seuil d’un été pourri par les dérives de la politique, si on en reparlait justement un peu, ces contrastes ?

 

Véritable château d’eau de la région, le Liban se borne pourtant à faire don du précieux liquide à la Méditerranée et meurt de soif. Pays de soleil, le Liban vit, depuis des décennies, dans l’obscurité. Non point seulement que les milliards affectés à la reconstitution du réseau électrique n’aient servi en réalité qu’à enrichir les prévaricateurs, toutes obédiences politiques confondues ; non point enfin que la course aux commissions ait pris fin ou qu’ait été mis le holà au pillage du courant, massivement pratiqué dans les quartiers dits protégés.


Mais pire encore que d’obscurité, c’est d’obscurantisme qu’est menacé en réalité, aujourd’hui, un Liban qui fut le berceau des lumières dans cette partie du monde. Mosaïque de communautés, modèle de coexistence ? Bien ternie est aujourd’hui l’image d’Épinal. À peine apaisées en effet les tensions ataviques entre musulmans et chrétiens, ce sont sunnites et chiites qui s’affrontent, sans évidemment que les chrétiens y trouvent quelque matière à regroupement. Les ingérences extérieures aidant, la religion a tourné à l’idéologie, une idéologie armée, violente, insolente, conquérante.


Face à tant de bouleversements, voici que déclare forfait un État censé représenter pourtant toutes les familles libanaises. Car où diable est-il, cet État qui assiste, amorphe, comateux, à sa propre marginalisation, à sa mise à l’écart, lui qui parle de se tenir à distance de la crise syrienne ? Peut-être parce qu’elle est en passe de devenir une pépinière de présidents de la République, l’armée ne consent à se déployer dans Tripoli, scène d’accrochages endémiques, qu’une fois calmées les ardeurs des combattants. Et puisqu’il est question de Tripoli, où sont régulièrement accueillis en héros les activistes islamistes libérés après des années de détention sans jugement, qui donc, parmi les responsables, s’est-il seulement soucié d’interpeller une justice alternant, avec autant d’obstination, faux pas et marches arrière ?


On s’étonnera pour finir du même et stupéfiant laxisme qu’observent les forces de l’ordre face aux mécontents de tout genre qui ont pris l’habitude de couper les routes à l’aide de pneus enflammés. Particulièrement ahurissantes sont les atteintes répétées à l’aéroport, dans un pays à prétentions touristiques, un pays qui mendie auprès des royaumes du Golfe un feu vert pour les vacanciers interdits de destination Beyrouth.
Ahlan wa sahlan ? Faudra tout de même mieux faire.

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Ils ne croyaient pas si bien dire, les vieux slogans touristiques vantant les charmes de cette Suisse de l’Orient qu’était alors le Liban et qui, évoquant nos splendeurs de mer et de montagne, faisaient de notre terre celle des plus heureux contrastes. Au seuil d’un été pourri par les dérives de la politique, si on en reparlait justement un peu, ces contrastes ?
 
Véritable château d’eau de la région, le Liban se borne pourtant à faire don du précieux liquide à la Méditerranée et meurt de soif. Pays de soleil, le Liban vit, depuis des décennies, dans l’obscurité. Non point seulement que les milliards affectés à la reconstitution du réseau électrique n’aient servi en réalité qu’à enrichir les prévaricateurs, toutes obédiences politiques confondues ; non point enfin que la course aux commissions ait...
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