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Vert de cèdre

Ce sont des trésors d’éloquence, des joyaux de génie littéraire, et aussi de grands élans d’émotion, que recelaient certes les allocutions échangées jeudi à l’Académie française, au moment d’accueillir Amin Maalouf : et d’une certaine manière, avec lui, ce Liban qui n’a jamais cessé d’habiter un géant de l’écrit incarnant à merveille la fusion des cultures.

Pour nombre d’entre nous cependant, tout aura été dit, et fort bien dit d’ailleurs, en quelques mots à peine. Par-delà le scintillement du discours, c’est avec son accent bien de chez nous qu’Amin Maalouf, revêtu du mythique habit vert, s’est adressé à ses pairs : caractéristique roulement des r qui lui colle à la langue tout comme s’attache obstinément à la semelle des émigrés la terre de la mère patrie ; particularité tonale déclinée d’emblée, assumée avec autant de fierté que d’humour, tant elle traduit la symbiose parfaite entre pays d’élection, langue de passion et fidélité aux origines. Sur la garde de l’épée du nouvel académicien, chantre de la rencontre entre Orient et Occident, Marianne et le cèdre du Liban ne pouvaient que faire le plus harmonieux des ménages.

Non moins révélatrice aura été la réponse de Jean-Christophe Rufin louant une œuvre vouée à jeter un pont entre deux mondes, saluant l’entrée de son auteur dans le cercle des Immortels pour s’écrier, en guise de mot de la fin : Mais surtout, restez vous-même !

L’amicale objurgation vaut en réalité pour le Liban tout entier, toute la question étant précisément là. Non point bien sûr que les pays, pour survivre, soient tenus de se figer dans le temps. Mais quand sous prétexte d’évolution et de progrès ils en viennent à perdre leur raison d’être, leur âme, c’est alors qu’ils cessent d’exister.

C’est bien pour rester lui-même que le Liban fait face avec tant d’admirable ténacité aux malignes entreprises de défiguration, de dénaturation. Lui-même, c’est-à-dire ni chrétien ni musulman, mais mosaïque de communautés. Arabe et néanmoins grand ouvert sur l’extérieur. Résolument gagné à la diversité culturelle, avide de lumières et répudiant l’obscurantisme, attaché à la démocratie, aux libertés publiques et aux droits de l’homme.

C’est ce Liban-là, depuis des millénaires paré de son habit vert, que l’on veut, lui aussi, Immortel.

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Ce sont des trésors d’éloquence, des joyaux de génie littéraire, et aussi de grands élans d’émotion, que recelaient certes les allocutions échangées jeudi à l’Académie française, au moment d’accueillir Amin Maalouf : et d’une certaine manière, avec lui, ce Liban qui n’a jamais cessé d’habiter un géant de l’écrit incarnant à merveille la fusion des cultures.Pour nombre d’entre nous cependant, tout aura été dit, et fort bien dit d’ailleurs, en quelques mots à peine. Par-delà le scintillement du discours, c’est avec son accent bien de chez nous qu’Amin Maalouf, revêtu du mythique habit vert, s’est adressé à ses pairs : caractéristique roulement des r qui lui colle à la langue tout comme s’attache obstinément à la semelle des émigrés la terre de la mère patrie ; particularité...