Ce sont des bandes armées, certes. Adoptons la terminologie officielle qui a au moins le mérite d’être logique. Ce que font ces êtres requiert évidemment d’y aller en bande, la meute donne du courage, et d’être armé, c’est la moindre des choses face au danger qui les attend. Des bandes armées auxquelles un chef pervers aurait donné pour consigne « les femmes et les enfants d’abord » ? Les enfants surtout ? Ce n’est pas aux Libanais que nous sommes qu’on en conterait en matière d’horreurs de guerre. Pendant les quinze années qu’a duré la nôtre, nous avons eu le temps d’en connaître un rayon, y compris des massacres. Mais des meurtres d’enfants en série, le meurtre d’enfants comme un des beaux arts, érigé en système, non, de mémoire de témoin de ces temps obscurs, nous n’avons jamais vu cela. Nous n’avons jamais vu de guerre commencer par une expédition punitive contre des enfants ni se poursuivre avec un acharnement croissant contre les mineurs.
Quand et comment un État se transforme-t-il en croquemitaine? À quel moment la toute puissante machine mise en place pour la sécurité et la prospérité des citoyens se mue-t-elle en monstre ? À l’heure où se poursuivent dans le monde entier les célébrations du 1er juin, Journée internationale de l’enfant, il ne serait pas absurde de chercher une réponse du côté de l’enfance. Car oui, un enfant, qu’est-ce ? Dans les systèmes qui doivent l’essentiel de leur survie au silence, l’enfant est un dangereux bavard. Et la vérité, la terrifiante vérité finit par sortir de sa bouche. On dira de l’enfant qu’il est une éponge, un miroir, un symptôme. Quoi qu’on en dise, il est d’abord un usager libre, jubilant et jubilatoire de la parole à peine acquise. Il gazouille, babille, répète, épèle, chante, récite, interroge, qu’est-ce qu’il interroge...et retient, n’oublie rien. On se demande, du dictateur ou de l’enfant qui le voit nu, lequel est plus létal pour l’autre.
Le Liban est si vulnérable qu’on le dit recouvert d’une simple feuille. Mais c’est une feuille de la presse libre, son emblème, sa folie, sa fierté. Ghassan Tuéni qui, en ce moment, flânez avec Socrate aux jardins du Vrai, à vous-même et à vos pairs, nos enfants doivent le plus puissant des remparts. En leur nom et au nom de ce papier gravé de sang et d’encre dont le froissement tient les tyrans à distance, merci.


L'Iran ripostera de façon « décisive » à toute attaque, avertit son négociateur en chef