Rechercher
Rechercher

À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb

Retours de bâton

Comme prévu et pour ne rien changer, c’est par de bien maigres résultats que s’est soldée la réunion lundi, au palais présidentiel de Baabda, du dialogue national. Tout juste les participants se sont-ils engagés en effet à préserver une paix intérieure sérieusement affectée par les événements de Syrie. En revanche, il est actuellement trois retournements de situation qui, non sans une sombre ironie, illustrent à quel point les choses sont en train de changer dans nos rapports historiquement inégaux avec le voisin de l’Est.

 

Ainsi, la Syrie a longtemps inondé notre pays d’armements, et aussi de combattants de tout poil, tout cela au nom de l’impératif de résistance à l’ennemi israélien : prétexte des plus fallacieux, invoqué sur le plus vulnérable des fronts arabes alors que le calme le plus plat régnait sur les lignes du Golan. L’envoi d’irréguliers, spécialisés dans les massacres de populations et les rapines, a atteint son paroxysme durant la guerre de quinze ans ; et si l’armée d’occupation syrienne a fini par se retirer en 2005, Damas continue, à ce jour, de disposer de bases paramilitaires du côté libanais de la frontière : sans l’ombre d’un prétexte cette fois.


Or voici que la donne n’est plus la même. C’est la Syrie, grande manipulatrice du conflit interlibanais, qui est désormais en situation de guerre civile, comme le décrétait hier un haut responsable des Nations unies.

 

Et c’est elle qui se dit victime d’afflux d’armes et de terroristes à partir du Liban. C’est la Syrie qui se plaint de la pléthore de trous dans le gruyère frontalier, par où s’infiltrent les contrebandiers et autres passeurs, elle qui ne s’est jamais résignée cependant à un quelconque début de tracé des lignes internationales : elle qui, de surcroît, multiplie les incursions armées sur notre sol libanais, qui attaque des villages, qui tue ou kidnappe indifféremment fuyards syriens et citoyens libanais.


Les kidnappings, qui avaient funestement fleuri durant la guerre dite civile, le régime de Damas y est passé maître lui aussi. Des centaines de nos compatriotes, disparus depuis trente ans parfois, pourraient en attester si seulement ils avaient survécu à la détention prolongée et à la torture, honteusement oubliés par les gouvernements qui se sont succédé à Beyrouth. Or c’est cette même pratique, odieuse entre toutes, qu’ont ravivée, des deux côtés de la frontière, les violences sectaires de Syrie. À Wadi Khaled comme dans le Akkar, on enlève à tour de bras, dans la perspective d’un échange d’otages. Et pour condamnable qu’elle soit, la capture par les rebelles syriens d’un groupe de pèlerins chiites libanais comprenant apparemment des responsables du Hezbollah traduit à son tour une saisissante inversion des rôles : il est décidément bien loin le temps où les milices alliées de la Syrie faisaient le plein d’otages étrangers, les plus chanceux refaisant surface à Damas et le régime Assad récoltant alors les remerciements émus des gouvernements occidentaux...


De tous ces changements, le plus réconfortant, le plus porteur d’espoir est sans doute la toute récente et courageuse initiative de ce magistrat inculpant, pour la toute première fois dans les annales, des militaires syriens, pour le meurtre du caméraman libanais Ali Chaaban alors qu’il effectuait un reportage à la frontière. Treize ans après l’assassinat de quatre juges – perpétré en plein tribunal de Saïda et demeuré impuni–, on veut voir dans cette première une amorce de réhabilitation de la justice locale, à l’heure même où les massacres – d’enfants notamment – font peser chaque jour un peu plus, sur le régime de Damas, des charges autrement plus graves. Même en matière d’horreur hélas, on n’arrête pas le progrès.

 

Issa GORAIEB
igor@lorient-lejour.com.lb

Comme prévu et pour ne rien changer, c’est par de bien maigres résultats que s’est soldée la réunion lundi, au palais présidentiel de Baabda, du dialogue national. Tout juste les participants se sont-ils engagés en effet à préserver une paix intérieure sérieusement affectée par les événements de Syrie. En revanche, il est actuellement trois retournements de situation qui, non sans une sombre ironie, illustrent à quel point les choses sont en train de changer dans nos rapports historiquement inégaux avec le voisin de l’Est.
 
Ainsi, la Syrie a longtemps inondé notre pays d’armements, et aussi de combattants de tout poil, tout cela au nom de l’impératif de résistance à l’ennemi israélien : prétexte des plus fallacieux, invoqué sur le plus vulnérable des fronts arabes alors que le calme le plus plat...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut