à tout donner au présent. »
« Dévoilée », Albert Camus
Savoir donner pour prioriser l’art est un art en lui-même, le prémunir loin de tout intérêt personnel relève de la générosité et de l’ambition. Le Dr Samir Saleeby, ophtalmologue qualifié et ancien élève de l’établissement, a offert sa collection privée de peinture à l’Université américaine de Beyrouth qui l’a reçue avec joie. L’AUB Art Gallery, à la rue Sidani (Ras-Beyrouth), abrite déjà cette précieuse collection qui porte le nom des parents Saleeby, « The Rose and Shaheen Saleeby Collection », et ouvre ses portes pour le plus grand plaisir des Libanais. On pourra y admirer les chefs-d’œuvre du peintre Khalil Saleeby (1870-1928), fondateur de l’art moderne au Liban et parent de la famille, que Samir et son père avant lui, le Dr Shaheen, ont préservés précieusement de longues années. Khalil Saleeby s’opposait au style académique de son époque et on le qualifiait de rebelle. Il refusait l’art religieux et lui préférait l’art romantique. Ce sont surtout ses portraits qui ont fait sa renommée. Il se lia d’amitié avec Pierre Auguste Renoir (1841-1919) et prit des leçons chez Pierre Cecil Puvis de Chavannes (1824-1898), qui dit de lui : « Son pinceau me rappelle celui d’Eugène Delacroix. »
Dans cette exposition (qui ouvrira ses portes en 2013), on pourra admirer plus de 60 toiles, des portraits de paysans en habits traditionnels, de sa femme Carrie Aude, sa muse et l’amour de sa vie, des peintures de Omar Onsi (1901-1969), de Saliba Douaihy (1915-1994), de César Gemayel (1898-1958) que Samir a su ajouter au fil des années à sa collection.
On reconnaît, à travers la sérénité du Dr Samir Saleeby, la relation qui existe entre la science et la réflexion poétique. Il apprécie autant, la science et l’art et se consacre régulièrement à des recherches personnelles. Auteur de plusieurs livres, il ne se lasse jamais de cultiver l’art. Le voici aujourd’hui qui réalise son vœu le plus cher : avoir mené à bien son projet ambitieux. L’ art, un petit mot de trois lettres, mais si intense, qui dévoile les croyances, les idées et les sentiments des hommes. Les civilisations passent, les temps changent, les années s’écoulent, mais les œuvres des grands maîtres demeurent et enchantent, tels des miroirs d’époques révolues. La plus belle pièce de la maison leur est réservée, la plus belle place. De ces œuvres d’art, des aspects et des styles se reflètent ; elles demeurent intactes grâce à des collectionneurs d’art qui veillent à les protéger tout en sachant les promouvoir.
C’est que, aussi, l’aspiration à la joie est imprimée dans le cœur des grands hommes, et il n y a rien de plus beau que la joie du partage.

