Ce qu’il faut savoir c’est que les différends autour de la politique de dépense sont à distinguer des désaccords sur la politique des recettes. Le premier est un différend sur le principe du partage des quotes-parts, et de la répartition des crédits sur les régions, non pas tant selon les besoins sur le terrain mais plutôt selon les aspirations des leaders et responsables politiques et les intérêts électoraux en jeu. On l’avait clairement vu avec les fonds d’aide attribués au Conseil du Sud, ainsi que ceux qui avaient été consacrés aux déplacés, sans parler des caisses occultes par le biais desquelles l’argent public était déversé à des fins électorales même si cela devait augmenter le déficit du Trésor.
Ainsi, il est nécessaire de relever que l’important n’est pas de s’entendre sur les dépenses à effectuer par le biais des avances du Trésor mais de s’entendre sur la loi du budget sans chercher à y faire obstacle avec l’argument de la clôture des comptes qui, rappelons-le, comporte une part d’arbitraire et une part de règlements de comptes politiques et partisans.
Inutile de rappeler d’ailleurs que l’exercice budgétaire est à distinguer des avances du Trésor effectuées hors budget, puisque chaque dépense faite dans le cadre du budget nécessite en contrepartie une entente sur les recettes requises pour la couvrir afin de ne pas tomber, dans un premier temps, dans le déficit pour en arriver ensuite à l’inflation puis à la chute des taux de croissance.
Ainsi, les ministres sont tombés d’accord sur la politique des dépenses. S’entendront-ils également sur la politique visant à assurer les recettes sans pour autant accabler de taxes additionnelles les citoyens à revenus limités ?
Il faut bien le reconnaître : une éventuelle augmentation de la TVA à 12 pour cent sera contestée par certains ministres et députés, ainsi que par les ouvriers et les employeurs. De même qu’une augmentation de la taxe sur les intérêts générés par l’épargne se verra contrée par les banques et les épargnants, ou encore la majoration de la mécanique sur les voitures que contestera certainement toute personne concernée.
Par conséquent, s’il est simple de convenir des dépenses, il n’en est pas de même pour les recettes qui ne peuvent être assurées sans une augmentation des taxes ou la création de nouvelles taxes. Celles-ci ne peuvent qu’épuiser le citoyen quel que soit le secteur touché. C’est ce qui explique d’ailleurs la poursuite depuis un certain temps de la politique des dépenses effectuées par des avances du Trésor sans aucune loi pour les justifier, une manière qui a permis jusque-là aux responsables politiques d’échapper à la nécessité de trouver les recettes requises, surtout que le pays se trouve à la veille d’une échéance électorale (en 2013 ) qui pousse les citoyens à demander des comptes et à sanctionner ceux qui étaient à l’origine des nouvelles impositions.
Cette situation perdure depuis pratiquement 2006, date à partir de laquelle aucun budget n’a été voté. Le pays continue de fonctionner de cette manière comme si de rien n’était, les dépenses se faisant à coups de décisions à la place des lois, sans que personne ne demande des comptes sauf lorsqu’il s’agit d’obtenir une quote-part dans les projets de développement ou placer des partisans sur les listes des nominations.
Pour les experts, le Liban fait actuellement face à plusieurs problèmes, alors que les taux de croissance ne font que reculer à cause notamment de l’absence de l’infrastructure nécessaire, du contexte propice ou des lois protégeant la production, sans oublier la précarité de la situation locale et régionale et les mises en garde de la part des pays du Golfe qui conseillent à leurs ressortissants de ne plus se rendre au Liban. Autant de facteurs qui menacent les finances publiques préludant à une année difficile si le budget n’est pas voté au cours du prochain mois, en vue de mettre un terme à la pratique des dépenses à coups d’avances du Trésor.
Encore faut-il savoir si les députés vont finir par s’entendre sur les chiffres figurant dans le prochain budget afin de l’avaliser.

