Rechercher
Rechercher

Querelles d’argent

Le Liban est, comme chacun sait, un pays où l’argent parle haut et fort. Bien entendu il ne le fait pas toujours à bon escient, et c’est particulièrement vrai pour l’argent politique, instrument d’influence et de pouvoir donnant lieu à des empoignades plus féroces encore que celles à caractère idéologique.

 

Dans une république incapable même de se doter d’un budget et où les prestations étatiques les plus élémentaires font défaut, la course aux adjudications, commissions et autres rapines ne connaît jamais de répit. Et comme si tous ces fonds à pollution massive n’étaient pas encore assez c’est au rial, qu’il vienne d’Iran ou des monarchies pétrolières du Golfe, que se trouve assaisonnée la démocratie libanaise.


Il est un autre argent, cependant, qui est un peu celui de nous tous, qui est le nerf de la guerre pour la survie et qui est censé parler plus fort que celui des politiques, mais qui n’est finalement hélas qu’une voix dans le désert. Cet argent non partisan ou sectaire, c’est celui que détiennent, canalisent ou gèrent les divers secteurs assurant, vaille que vaille, la bonne marche (ne serait-ce même que la marche tout court) de la machine économique. C’est celui de ces créateurs d’emplois que sont la banque, le commerce, l’industrie, les assurances, les hôtels, restaurants et autres complexes touristiques.


Cette économie, arrêtez donc de la détruire ! Tel est le pathétique, l’incroyable appel que lançaient une fois de plus, lundi, ces organismes à l’ensemble de la classe politique, la pressant de sauver par le dialogue, ou du moins par la trêve, ce qui peut l’être encore d’une saison estivale déjà passablement compromise. Il y a déjà des années, en fait, que se manifeste cet acharnement dans la destruction. Après les sit-in prolongés dans le centre de Beyrouth, après les guerres déclenchées en solo, c’est le spectre d’un brasier interne que l’on agite maintenant, ce qui a pour premier effet de geler le circuit local comme d’effaroucher les vacanciers arabes et autres.


Détruisent sciemment, délibérément l’économie – et même plus que l’économie – ceux qui œuvrent à transposer dans la ville deTripoli les affrontements sunnito-alaouites de Syrie. Sapent l’économie ceux qui voudraient lier le sort du pays tout entier, corps et biens, à celui d’un dictateur syrien dont même ses protecteurs russes en sont désormais à envisager l’éventuel remplacement. Fracassent l’économie ceux qui ne trouvent d’autre moyen de protester que de couper les routes à l’aide de pneus enflammés, à commencer par celle de l’aéroport de Beyrouth où débarquent les plus téméraires des visiteurs. Pulvérisent enfin l’économie ceux qui, à la veille de la conférence du dialogue national convoquée par le président de la République, parlent, les armes à la main, de reléguer au musée le pacte national de 1943 et les accords de Taëf et se réclament des préceptes de Khomeyni pour prôner un idéal réaménagement de la mosaïque libanaise.


Tout cela, on ne le prendra certes pas pour argent comptant...

 

Issa GORAIEB

igor@lorient-lejour.com.lb

Le Liban est, comme chacun sait, un pays où l’argent parle haut et fort. Bien entendu il ne le fait pas toujours à bon escient, et c’est particulièrement vrai pour l’argent politique, instrument d’influence et de pouvoir donnant lieu à des empoignades plus féroces encore que celles à caractère idéologique.
 
Dans une république incapable même de se doter d’un budget et où les prestations étatiques les plus élémentaires font défaut, la course aux adjudications, commissions et autres rapines ne connaît jamais de répit. Et comme si tous ces fonds à pollution massive n’étaient pas encore assez c’est au rial, qu’il vienne d’Iran ou des monarchies pétrolières du Golfe, que se trouve assaisonnée la démocratie libanaise.
Il est un autre argent, cependant, qui est un peu celui de nous tous, qui est le...