L’intérêt de cette nouvelle ne réside pas dans sa dimension informative mais dans son pouvoir d’évocation. En effet, il y a cinquante-quatre ans, à quelques jours près, le gouvernement libanais déposait auprès du Conseil de sécurité des Nations unies le 22 mai 1958 une plainte contre la République arabe unie (née de l’union entre la Syrie et l’Égypte, le 1er février 1958). À l’époque, le Liban, sous la présidence de Camille Chamoun, connaît une insurrection généralisée dans un contexte de guerre froide exacerbée. Pour étayer sa plainte, le Liban, par l’intermédiaire de son ministre des Affaires étrangères Charles Malek, invoque également une série de faits, notamment « l’approvisionnement en armes à grande échelle par la RAU à des éléments subversifs au Liban et la formation d’éléments venus du Liban sur le territoire de la RAU, en vue d’exercer des activités subversives destinées à renverser le gouvernement libanais ». Or, et toujours selon Charles Malek, cette intervention dans les affaires intérieures du Liban vise à saper son indépendance, et lorsque l’indépendance d’un membre quelconque des Nations unies est menacée, il y a, par définition, menace au maintien de la paix et de la sécurité internationales. Maintien dont le Conseil a la responsabilité primordiale.
En réponse à la plainte du gouvernement libanais, un projet de résolution est adopté par le Conseil de sécurité le 11 juin 1958 prévoyant la création d’un groupe d’observation qui sera envoyé au Liban « de façon à assurer qu’il ne se produira aucune infiltration illégale de personnel, ni aucun envoi illégal d’armes ou de matériel à travers les frontières libanaises ». Dès le départ, l’action des observateurs est vouée à l’échec. Comment peut-il en être autrement lorsque l’on sait que si la RAU a voté pour ce projet de résolution et l’URSS n’a pas usé de son droit de veto, c’est bien parce qu’il est question d’établir une commission d’observation qui d’un côté ne doit pas faire d’enquête et de l’autre ne doit pas prononcer des jugements sur des faits passés.
Cinquante-quatre ans plus tard, et dans le cadre du règlement de la crise syrienne qui s’est traduite par une répression brutale du soulèvement populaire contre le régime dictatorial de Bachar el-Assad, le Conseil de sécurité des Nations unies adopte le 14 avril 2012 la résolution 2042 autorisant le déploiement d’observateurs pour surveiller le cessez-le-feu en Syrie. Ainsi, l’histoire se répète avec les mêmes erreurs, car depuis qu’ils ont foulé le sol syrien, les observateurs témoignent impuissants de la perpétuation des crimes contre les civils, tout comme les observateurs de l’Unogil (United Nations Observation Group in Lebanon) en 1958 n’ont pas réussi à remplir leur mandat ou du moins à intimider les belligérants. C’est le coup d’État sanglant survenu le 14 juillet 1958 contre la monarchie irakienne qui détermine Washington à intervenir militairement au Liban afin de mettre un terme aux combats, étant donné que la révolution irakienne dont se réclamaient les nassériens et les communistes menaçait non seulement le Liban mais tout le Moyen-Orient. Serait-ce donc dans l’attente de cet événement déclencheur qui pourrait porter atteinte aux intérêts des puissances se prévalant de la défense des droits fondamentaux qu’il deviendrait possible d’arrêter le bain de sang en Syrie, tout comme il y a cinquante-quatre ans au Liban ? Entre-temps, le décompte des victimes se poursuit, compte tenu du fait que le Conseil de sécurité ne peut aller plus loin que la dernière résolution déjà obtenue, en raison de l’attitude des Russes, et qu’il n’existe aucune disposition dans la Charte des Nations unies concernant des abus pouvant être commis par un gouvernement contre ses propres citoyens. Pourtant, au nom de « l’intervention humanitaire », cet écueil a savamment été contourné par les puissances occidentales en 1999 afin de justifier l’opération « Force alliée », ou les frappes aériennes contre la Yougoslavie menées par l’OTAN en dehors d’un mandat explicite de l’ONU. Une décision d’intervention prise après plus d’un an de combats au Kosovo et l’échec des efforts diplomatiques pour résoudre le conflit. Sauf que ce précédent, constitué par l’exception d’intervention humanitaire, ne peut être un modèle transposable, car il s’oppose au pragmatisme réaliste qui défend l’inéluctable tension entre l’impératif moral et les conditions d’une action politique réussie.


Israël Katz assure que l’armée israélienne « conservera sa liberté d’action militaire » au Liban malgré la nouvelle trêve
Intéressant...mais tellement politiquement correct en ce qui concerne le Kosovo,n'est ce pas?Et historiquement discutable,pour ne pas dire faux...pour le Kosovo....
05 h 49, le 04 juin 2012