Ce qui ne me tue pas me rend fort... s’est-on gargarisé de ce bel aphorisme, Monsieur Nietzsche. Pour notre part, ce qui ne nous a pas tués nous a traumatisés à vie. Ce qui ne nous a pas tués a fait de nous des névrosés incrustés dans l’immédiat, drogués d’informations et de politique, incapables de concevoir l’avenir ou imaginer un plan à long terme. Des angoissés qui vont dans la vie sur un siège éjectable, toujours équipés pour fuir, sans cesse rongés de regrets, les uns d’être restés, les autres de s’être résignés à partir. Des paranoïaques terrifiés à l’idée de cohabiter dans une même faculté ou un même quartier avec des concitoyens d’une communauté différente. Des théoriciens du complot, persuadés que le monde n’a pas d’occupation plus importante que se réunir pour nous jeter des sorts, mieux, nous troquer ou « nous vendre » que ne l’avons-nous entendu, ce verbe. Deux ambassadeurs se rencontrent et nous voilà « vendus », tantôt à Israël, tantôt à la Syrie, à l’Iran, à l’Irak, que sais-je, à n’importe quel régime sachant taper du pied avec un peu plus de talent qu’un autre. Petit, fragile, souffrant d’une malgouvernance endémique, livré à tous les vents mauvais par des habitants insécurisés, toujours en quête de protecteurs et moins méfiants de l’étranger que de leurs propres compatriotes, ce pays mériterait de trôner au cabinet de curiosités de l’histoire.
Non, ce qui ne nous a pas tués ne nous a pas rendus plus forts. Mais il nous a parfois rendus plus impatients de profiter de la vie, plus ambitieux, sachant que l’excellence est notre seule planche de salut, et bizarrement plus heureux. Visiteur qui êtes attiré par cette terre dont on ne sait si elle est bénie ou maudite, que cherchez-vous ? Sans doute cette énergie, résultat de nos folies et de nos contradictions. Cette passion, fille de nos vieilles peurs, qui nous fait aimer et haïr le même objet d’un même élan. Ce chaos qui ressemble à la liberté mais qui n’en est qu’un travers, dans un pays où l’ordre ne s’impose qu’à ceux qui l’acceptent. Tout cela, et sous un climat idéal, un sens inégalé de l’amitié, une curiosité insatiable de l’autre, un instinct grégaire qui, une fois réveillé, se transforme en un trésor de sollicitude, de gentillesse et de serviabilité.
Malgré quelques signes alarmants qui ont déjà sapé la fragile confiance placée dans sa prospérité habituelle, l’été libanais resplendit avec, par chance, des températures très douces qu’envoie du haut des montagnes un reliquat tenace de neiges qui se croient éternelles. En même temps que lâcher nos flonflons irrépressibles (la fête au Liban est ainsi : irrépressible) par lesquels nous croyons tenir le malheur à distance, tentons de maintenir entre nous un reste de fraternité.
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats Ce qui ne me tue pas me rend fort... s’est-on gargarisé de ce bel aphorisme, Monsieur Nietzsche. Pour notre part, ce qui ne nous a pas tués nous a traumatisés à vie. Ce qui ne nous a pas tués a fait de nous des névrosés incrustés dans l’immédiat, drogués d’informations et de politique, incapables de concevoir l’avenir ou imaginer un plan à long terme. Des angoissés qui vont dans la vie sur un siège éjectable, toujours équipés pour fuir, sans cesse rongés de regrets, les uns d’être restés, les autres de s’être résignés à partir. Des paranoïaques terrifiés à l’idée de cohabiter dans une même faculté ou un même quartier avec des concitoyens d’une communauté différente. Des théoriciens du complot, persuadés que le monde n’a pas d’occupation plus importante que se réunir pour nous jeter...