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Économie

Le rêve brisé français

Par Martin Feldstein

Martin Feldstein, professeur d’économie à Harvard, a présidé le Conseil économique du président américain Ronald Reagan ainsi que le Bureau national américain pour la recherche économique.

La crise de la zone euro est le résultat de la poursuite française persistante du « projet européen », objectif d’unification politique fixé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par deux politiciens français, Jean Monnet et Robert Schuman, partisans de la création des États-Unis d’Europe. Monnet et Schuman faisaient valoir qu’une union politique semblable à celle de l’Amérique permettrait d’empêcher les conflits du genre de ceux qui avaient engendré trois guerres européennes majeures – une idée tout à fait séduisante, bien qu’elle fît abstraction d’une guerre de Sécession américaine terrible.

 

Une union politique européenne pourrait également faire de l’Europe une puissance comparable aux États-Unis, et ainsi conférer à la France, dotée d’un service extérieur sophistiqué, un rôle important dans les affaires européennes et mondiales. Le rêve de Monnet et Schuman a conduit au traité de Rome de 1956, établissant une zone de libre-échange de superficie réduite qui s’est par la suite étendue jusqu’à former la Communauté économique européenne.

 

L’apparition de la CEE a été porteuse d’effets économiques positifs; cependant, de même que la zone de libre-échange nord-américaine, elle n’a en rien estompé le sentiment d’appartenance nationale, ni créé de sentiment d’unité politique.
Telles étaient les aspirations du traité de Maastricht de 1992, qui a instauré l’Union européenne.

 

L’influent rapport « Un marché, une monnaie », publié en 1990 sous la houlette de l’ancien ministre français des Finances Jacques Delors, préconisait la création d’une monnaie unique, sur la base de l’argument trompeur selon lequel le marché unique n’aurait pu fonctionner autrement. Plus réalistement, un certain nombre de partisans de la monnaie unique faisaient valoir que celle-ci contribuerait à amener les individus à s’identifier comme européens, et que le passage à une Banque centrale européenne unique annoncerait un transfert des pouvoirs en provenance des gouvernements nationaux.


L’Allemagne s’est opposée à l’euro, estimant que l’union politique était préalablement nécessaire. Sachant qu’il n’y avait aucune chance pour que les autres pays acceptent une union politique, la position de l’Allemagne apparaissait comme une manœuvre technique destinée à empêcher l’instauration d’une monnaie unique. L’Allemagne était réticente à abandonner le Deutsche Mark, symbole de sa puissance économique et de son engagement à l’égard de la stabilité. Les Allemands n’ont finalement accepté la création de l’euro que lorsque le président français François Mitterrand en a fait une condition du soutien de la France à la réunification de l’Allemagne. De plus, sous la pression de la France, la disposition du traité de Maastricht exigeant des pays désirant adopter l’euro une dette nationale inférieure à 60 % du PIB a été assouplie pour finalement admettre l’entrée de pays apparaissant simplement comme « évoluant » dans cette direction.

 

C’est cet assouplissement qui a permis l’entrée de la Grèce, de l’Espagne et de l’Italie.


Les politiciens pro-euro ont ignoré les mises en garde des économistes sur le risque de sérieux problèmes économiques que présentait l’instauration imposée d’une monnaie unique dans une douzaine de pays hétérogènes. Ils ont considéré les risques économiques comme peu importants comparés à leur projet d’unification politique.


La création de l’euro a néanmoins provoqué une forte baisse des taux d’intérêt dans les pays de la périphérie, engendrant des bulles immobilières financées par la dette, et encourageant ces États à emprunter afin de financer les dépenses gouvernementales. Étonnamment, les marchés financiers mondiaux ont ignoré les risques de crédit de cette dette souveraine, ne réclamant que de très faibles différences entre les taux d’intérêt sur les obligations allemandes et ceux portant sur la Grèce et les autres pays de la périphérie. Cette situation a pris fin en 2010, après que la Grèce eut admis qu’elle avait menti sur ses déficits budgétaires et sur sa dette. Les marchés financiers ont réagi en exigeant des taux d’intérêt plus élevés sur les obligations des pays caractérisés par de hauts ratios de la dette et un système bancaire affaibli par des créances hypothécaires excessives.


Trois petits États (la Grèce, l’Irlande et le Portugal) ont été contraints d’accepter de l’aide de la part du Fonds monétaire international, et de procéder à des restrictions budgétaires douloureuses. La situation de la Grèce est désormais sans espoir, et est susceptible de conduire à de nouveaux défauts et à une sortie de la zone euro. L’Espagne est également en sérieuse difficulté, en raison des déficits budgétaires de ses gouvernements régionaux traditionnellement indépendants, de la faiblesse de ses banques, et de son besoin de combler chaque année l’équilibre de sa dette souveraine.


Il est d’ores et déjà évident que les « compressions budgétaires » récemment convenues par l’UE ne régleront ni le problème des déficits budgétaires ni celui des dettes nationales. L’Espagne a été la première à insister sur le fait qu’elle ne pourrait satisfaire les conditions auxquelles elle venait d’adhérer, et que d’autres pays la suivraient bientôt. Le président français François Hollande a proposé d’équilibrer le déficit par des initiatives de croissance, de la même manière que la France avait auparavant procédé à une conversion forcée du pacte de stabilité de l’UE en un pacte de stabilité et de croissance. Les récentes compressions budgétaires constituent un faux-semblant qui pourrait bien être la dernière tentative d’illusion d’unification politique de la part des membres de l’UE.


Le projet européen a clairement échoué à atteindre l’objectif souhaité depuis le départ par les dirigeants politiques français. Le rêve d’amitié et de sens des objectifs auquel aspiraient Monnet et Schuman n’est caractérisé aujourd’hui que par le conflit et le désarroi. Le rôle international de l’Europe s’affaiblit, l’ancien G5 étant devenu G20. Et la chancelière allemande Angela


Merkel établissant les conditions de la zone euro, l’ambition de la France de dominer la politique européenne a été désarmée. Si la plupart des pays de la zone euro conservent la monnaie unique, cela ne se fera qu’en raison de la douleur financière que présenterait un abandon de l’euro. Maintenant que ses faiblesses sont évidentes, l’euro est voué à demeurer une source de difficultés plutôt qu’un garant de puissance politique.

Traduit de l’anglais par Martin Morel.
© Project syndicate, 2012.

La crise de la zone euro est le résultat de la poursuite française persistante du « projet européen », objectif d’unification politique fixé au lendemain de la Seconde Guerre mondiale par deux politiciens français, Jean Monnet et Robert Schuman, partisans de la création des États-Unis d’Europe. Monnet et Schuman faisaient valoir qu’une union politique semblable à celle de l’Amérique permettrait d’empêcher les conflits du genre de ceux qui avaient engendré trois guerres européennes majeures – une idée tout à fait séduisante, bien qu’elle fît abstraction d’une guerre de Sécession américaine terrible.
 
Une union politique européenne pourrait également faire de l’Europe une puissance comparable aux États-Unis, et ainsi conférer à la France, dotée d’un service extérieur sophistiqué, un rôle...
commentaires (6)

Cher Christian, il ne faut pas mixer les banques, comme les marchés financiers avec les dettes des Etats sudistes de l'Europe. L'euro, mon ami, a rendu tous ces Etats non compétitifs, et fermeture d'industries et de grandes et moyennes enterprises surtout en fut le fruit. Résultat : moins de rentrées dans les caisses des Etats qui, pour parer, ont trouvé prêts les loups/prêteurs et ont plongé dans les dettes. Tous ces etats ne seront sauvés que s'ils suivent tous ensemble la politique de l'Argentine "FAILLITE" et retournent chacun à sa monnaie nationale, pour que la roue de la compétitivité reprenne. Pour ton information, j'avais des placements, via une banque française, en Argentine et, pour ne pas tout perdre, j'avais accepté l'offre argentine d'encaisser les 20pct seulement et d'oublier les 80pct. Voilà. C'est ça !

SAKR LEBNAN

08 h 00, le 31 mai 2012

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Commentaires (6)

  • Cher Christian, il ne faut pas mixer les banques, comme les marchés financiers avec les dettes des Etats sudistes de l'Europe. L'euro, mon ami, a rendu tous ces Etats non compétitifs, et fermeture d'industries et de grandes et moyennes enterprises surtout en fut le fruit. Résultat : moins de rentrées dans les caisses des Etats qui, pour parer, ont trouvé prêts les loups/prêteurs et ont plongé dans les dettes. Tous ces etats ne seront sauvés que s'ils suivent tous ensemble la politique de l'Argentine "FAILLITE" et retournent chacun à sa monnaie nationale, pour que la roue de la compétitivité reprenne. Pour ton information, j'avais des placements, via une banque française, en Argentine et, pour ne pas tout perdre, j'avais accepté l'offre argentine d'encaisser les 20pct seulement et d'oublier les 80pct. Voilà. C'est ça !

    SAKR LEBNAN

    08 h 00, le 31 mai 2012

  • Cher sakr...l'Euro,en tant que tel,n'est reponsable de rien...c'est juste une monnaie....les vrais responsables,les salauds qui nous ont mené là,ce sont les institutions financières...les marchés...l'ouverture de vannes dirigées dans un seul sens....la désindustrialisation,la délocalisation,la bulle immobilière....le tout,sous couvert d'Euro...réfléchis à quelquechose...les banques ont utilsé les énormes masses financières génerées par l'Euro pour spéculer...avec l'argent du public...et quand elles ont "perdu" de l'argent(t'inquiète pas,il est pas perdu pour tout le monde),elles ont demandé...et obtenu!!!! des états qu'ils couvre avec des fonds publics,des dettes supposément privées...les private bankers ne sont rien de moins ou de plus que des voleurs patentés...

    GEDEON Christian

    05 h 50, le 31 mai 2012

  • Christian, c'est la Grèce aujourd'hui qui livre la bataille et elle est presque seule. Un très timide appui du Président Hollande. Tu te rappelles que j'avais dit il y a plus d'un mois que c'est le Euro, comme monnaie, qui est responsable des maux de tous les sudistes Européens ? Eh, bien c'est ça.

    SAKR LEBNAN

    11 h 53, le 30 mai 2012

  • Cher Sakr...çà m'énerve...tous ces gens qui avec leurs airs confits de Raminagrobis,et leur ultralibéralisme de merde,s'attaquent à la France,hier comme aujourd'hui...parcequ'elle offre en Europe(et dans le monde,avec l'Argentine notamment,et aussi le Brésil) la dernière ligne de résistance institutionnelle à l'ultranazisme économique qui se croit triomphant...mais pas de bol,bande de fachos financiers,la France est là et bien là...et loin d'être seule....vous pensiez quoi,bande de mafiosis du marché????que vous alliez faire plier la France et ses alliés???Mais vous n'avez rien compris...la France est un grand pays.Elle nous a donné la révolution Française,les Lumières,la laïcité,les congés payés....la france,elle vous dit m....e.Et ne vous attaquez pas à un état comme la France...elle a ,elle ,de vrais moyens de rétorsion,et pas qu'économiques...M. Feldstein,go home....si vous en avez un,toutefois!

    GEDEON Christian

    07 h 48, le 30 mai 2012

  • Christian, pour tous ceux qui avaient cru en l'Europe Unie (???) je leur dédie trois vers de Francis Jammes, poète français, qui vont à merveille. Son poème est intitulé : PRIÈRE POUR ALLER AU PARADIS AVEC LES ÂNES. __ Et faites que, penché dans ce séjour des âmes, __ Sur vos divines eaux, je sois pareil aux ânes __ Qui mimeront leur HUMBLE et DOUCE pauvreté. Bonne journée.

    SAKR LEBNAN

    06 h 25, le 30 mai 2012

  • Mon Dieu...quel tissu d'âneries...vous remarquez quelquechose?les responsables de la situation actuelle sont ,sont les peuples,bien entendu...les institutions financières qui ont profité à plein et surplein ,rien,des anges...aux ailes immaculées vous dis je...et au milieu de tout celà,qui est la plus responsable des responsables?Ben,la France,bien entendu,la France...M. Feldstein,vous savez ce qu'elle vous dit...la France...?!

    GEDEON Christian

    04 h 12, le 30 mai 2012

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