À l’heure où le salafisme pointe à nouveau le bout du nez, où les provocations se font de plus en plus fréquentes à Tripoli, que nous sommes sur le qui-vive à Beyrouth de peur que les offensives s’étendent jusque dans les régions, je vous propose de vous évader le temps d’un bon film vers une capitale de rêve qui hésite entre un aspect de Paris que le metteur en scène a voulu guindé, « carte postale », superficiel et pédant au XXIe siècle et celui bourgeois-bohème de la Belle Époque, des salons littéraires, du charleston, des robes et des coiffures rétros, plumes, perles et petits sacs à mains en filigrane, de voitures vintages, de l’Art déco, de Dali, Picasso, Toulouse-Lautrec, Hemingway, Man Ray, Fitzgerald, Buñuel, que vous rencontrez à chaque coin de rue, de Maxim’s dans sa version originale, de Pigalle croquée avec art, de toute l’ambiance Sarah Bernhardt qui flotte, avec pour mettre en exergue tout le pittoresque de cet âge d’or, un air exquis de Parlez-moi d’amour que l’on vous sert en leitmotiv tout au long du film. Ce n’est certes pas un des meilleurs que Woody Allen ait jamais tourné. Et l’on dirait que ce dernier devient de moins en moins complexe pour ne pas dire plus commercial, si bien que l’on trébuche sur pas mal de clichés, peut-être voulus, mais cela n’ôte nullement à Minuit à Paris ni la nostalgie qu’il suscite, ni le charme qu’il dégage, ni la virtuosité inouïe de ce twist dans l’histoire, et la dextérité des shifts dans le temps en fondu enchaîné, truffés de clins d’œil l’un plus subtil que l’autre.
Par ailleurs c’est sans doute un film qui donne à réfléchir du fait qu’Owen Wilson (Gil) est lui aussi piégé, tiraillé dans ses allers-retours entre, d’une part, son engagement imminent avec une Américaine coincée, BCBG, superficielle, avec qui son âme d’écrivain sensible et rêveuse ne se trouve finalement aucune affinité et ne nourrit nullement son intellect, et, d’autre part, une Adriana pétillante, fine et intelligente (magistralement interprétée par Marion Cotillard), égérie de tous les artistes de ce temps, à savoir Picasso, qui demeure inaccessible puisqu’en réalité d’une autre époque.
C’est à se demander si le bonheur est possible quand on est persuadé que l’âge d’or est révolu et que seule la magie, tout comme celle qui agit à la Cendrillon aux douze coups de minuit tous les soirs peut nous permettre de nous replonger dans le passé. Somme toute, l’artiste ne peut vivre et créer qu’en étant meurtri, blessé, insatisfait par une quelconque impossibilité. C’est bien ce que semble nous dire Woody Allen sous les traits de cet écrivain écorché qu’est Gil dans le film. Ni sa ville, ni son temps, ni Inès dans sa banalité, ni Adriana dans son inaccessibilité ne le satisferont et ses frustrations, ses insatisfactions, son mal-être sont justement sa source d’inspiration.
En définitive, les siècles se suivent, mais les problèmes humains se ressemblent. Woody Allen accepte lui aussi, puisque qu’il n’est autre que la réplique de Gil, cette terrible frustration avec résignation. C’est un éternel insatisfait. Un adorable insatisfait, qui nous entraîne une fois de plus dans un film, bien que plus soft cette fois, dans son univers « agréablement » névrosé !
Quant à la belle Sarko, Carla de son prénom, dont on a tant parlé, cela n’en valait pas la peine car elle n’y tient qu’un rôle de quelque minutes....
Bref, installez-vous confortablement dans votre fauteuil, bouclez votre ceinture pour être prêt à décoller vers la Ville Lumière, passez le film en blue ray si possible pour bien apprécier les superbes prises de vue qui à elles seules sont de vrais tableaux. Malgré les chroniques critiques, le film est à mon sens un régal. Le « voyage » en vaut le détour, déconnexion garantie.
Lina SINNO
Veuillez vous connecter pour visualiser les résultats À l’heure où le salafisme pointe à nouveau le bout du nez, où les provocations se font de plus en plus fréquentes à Tripoli, que nous sommes sur le qui-vive à Beyrouth de peur que les offensives s’étendent jusque dans les régions, je vous propose de vous évader le temps d’un bon film vers une capitale de rêve qui hésite entre un aspect de Paris que le metteur en scène a voulu guindé, « carte postale », superficiel et pédant au XXIe siècle et celui bourgeois-bohème de la Belle Époque, des salons littéraires, du charleston, des robes et des coiffures rétros, plumes, perles et petits sacs à mains en filigrane, de voitures vintages, de l’Art déco, de Dali, Picasso, Toulouse-Lautrec, Hemingway, Man Ray, Fitzgerald, Buñuel, que vous rencontrez à chaque coin de rue, de Maxim’s dans sa version originale, de...
Heureusement qu'il y a Woody Allen qui agremente notre lot quotidien d'incidents armes ces derniers temps, de greves successives et de "malheurs" economiques et politiques! Oui, Midnight in Paris, tout comme Vicky, Christina, Barcelona (encore plus envoutant) nous permettent de nous evader et de rever le temps de 120 minutes et de sortir du bourbier dans lequel on est empetre jusqu'au cou dans ce pays incomprehensible...
07 h 27, le 24 mai 2012