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Nos lecteurs ont la parole

C’est le tocsin que je sonne

Georges TYAN
Ce n’est pas à chaque fois qu’il faut mettre une personne derrière les barreaux que le pays doit retenir son souffle de peur qu’il ne soit mis à feu et à sang, une poignée de fiers-à-bras se mettant en travers de la justice, imposant leur loi, celle de la rue et de la chienlit.
Je me souviens, heureux temps, qu’à l’aube des années 1970, il suffisait que l’ombre d’un policier surgisse pour faire trembler tout un attroupement. Même ceux qui, la nuit, avaient, en rêve, commis la moindre infraction à la justice, rasaient les murs, se faisaient tout petits par crainte de se faire attraper pour délit de pensée insidieuse.
Les choses ont changé, les tout-petits chaussent désormais les bottes des grands et les grands se plient à leur volonté. Il n’y a qu’à voir comment certains élus font de la surenchère, participent à des piquets sauvages ; encore un peu, s’ils n’étaient pas pris par des obligations mondaines, ils se laisseraient fleurir la barbe.
Les honnêtes gens, eux, qui pourtant forment l’immense majorité du pays, n’ont qu’à aller se rhabiller, c’est à leur tour de raser les murs, de se faire oublier. Inquiétant comme situation, non ?
Eh bien si !
Certes, il est aberrant que des êtres humains soient depuis des années en prison sans jugement aucun, dans un pays où les responsables se font les chantres de la justice : « Tout le monde au-dessous de la loi », qu’ils disent. Je suis persuadé qu’au contraire, ils se sont bel et bien assis dessus.
Les faits ne démentent pas mes présomptions. Plus encore, tous les responsables, qui se sont succédé aux rênes de l’État, ont fait tant et si bien que la justice n’est plus qu’une parodie, sinon qui oserait, si la loi avait cours, se promener avec ne serait-ce qu’un canif ostentatoirement accroché à la ceinture.
On a bien vu des énergumènes de dix ou douze ans tirer à la mitraillette, alors qu’ils auraient dû être à l’école en train sagement d’étudier ou, dans une cour de recréation, jouer à chat perché ou aux billes.
Est-ce cela le Liban de demain ? Pour un oui ou un non, les rues sont envahies par des hordes dépenaillées, les routes sont coupées à l’aide de pneus brûlants, crachant la crasse, la fumée et la pollution, sortis comme par enchantement de je ne sais quel dépotoir.
On dirait qu’il y a des spécialistes en la matière, qui font la quête des pneus usagés, les remisent dans des endroits névralgiques, pour les ressortir à la demande. C’est un cas d’école qui a débuté lors du mandat du président Hraoui, repris à leur compte par des voyous en goguette.
Compte non tenu aussi de ces forts en gueule, témoins surprise d’un hypothétique coup monté, qui jouent aux stars d’un jour, vociférant toutes babines dehors, que nous montrent en boucle les chaînes de télévision à la recherche d’un scoop. Mais en fait elles ne font que verser de l’huile sur le feu et alourdir un contentieux déjà bien fourni.
Malheureusement, on sait trop bien pourquoi le litige entre Libanais n’en finit pas d’en finir. Faute essentiellement de décideurs uniquement dédiés à la cause nationale, non à leurs poches ou à leurs maîtres du moment. Tous, sans exception aucune, retournent leur veste à la vitesse du son, et c’est finalement le Libanais de base, ce pauvre hère, qui trinque et paie les pots cassés.
Il faut avouer, sans moraliser, et l’histoire ne me contredira pas, que nos responsables aussi haut perchés qu’ils soient n’ont jamais été des décideurs, ils ont toujours suivi les instructions du Caire, de Damas, de Téhéran, de Djeddah, de Washington, de Paris et de je ne sais où encore. Le pays voguait au gré de l’entente ou, plus assurément encore, de la mésentente prévalant entre ces capitales.
On connaît le sort réservé à Béchir Gemayel, l’imam Moussa Sadr, le mufti Khaled, René Moawad, Rafic Hariri (la liste n’est pas exhaustive), le jour où ils ont montré des velléités d’indépendance, tentant de briser le carcan de la tutelle étrangère sur notre pays.
Toujours est-il que, jusqu’à présent, les dommages étaient un tant soit peu contenus, les chefs de file tenaient encore tant bien que mal leurs troupes. Leur statut a, semble-t-il régressé, ce sont désormais à des chefs de bande que l’on a affaire.
Et qui dit bande, dit meute, pillages, criminalité, vols, meurtres, injustice, gabegie, zones de non-droit, exacerbation des tensions communautaires. Il serait fastidieux d’énumérer les situations délictuelles auxquelles nous aurons droit, avec, à la clef, pour chaque ruelle ou quartier, un coquelet qui pense se dresser sur ses ergots et faire le coq sur son tas d’immondices.
Ce n’est pas une situation catastrophe que je décris là, ce sont les prémices d’un présent dans lequel nous nous enfonçons, si par mégarde la rue est laissée à elle-même. Et ce n’est pas la sonnette d’alarme que je tire, mais le tocsin que je sonne.
L’hydre à trois têtes a montré ses limites, il est temps que notre pays ait enfin un décideur digne de ce nom, qui le tienne en main, fasse appliquer ses lois, nomme des juges probes, courageux, loin de tout clientélisme, conforte le pouvoir des forces de l’ordre tenues de veiller sur le bien-être de nos compatriotes, bâtisse une armée nationale, renforce son équipement, afin qu’elle soit seule en charge et de la paix sociale et de l’intégrité de nos frontières.

Georges TYAN
Ce n’est pas à chaque fois qu’il faut mettre une personne derrière les barreaux que le pays doit retenir son souffle de peur qu’il ne soit mis à feu et à sang, une poignée de fiers-à-bras se mettant en travers de la justice, imposant leur loi, celle de la rue et de la chienlit.Je me souviens, heureux temps, qu’à l’aube des années 1970, il suffisait que l’ombre d’un policier surgisse pour faire trembler tout un attroupement. Même ceux qui, la nuit, avaient, en rêve, commis la moindre infraction à la justice, rasaient les murs, se faisaient tout petits par crainte de se faire attraper pour délit de pensée insidieuse.Les choses ont changé, les tout-petits chaussent désormais les bottes des grands et les grands se plient à leur volonté. Il n’y a qu’à voir comment certains élus font de la surenchère,...
commentaires (3)

Mon tocsin, suivant, décrit bien la situation présente : "LA SCHIZOPHRÉNIE "__ Au pays d'Adonis une affection maligne __ Frappe indistinctement les leaders de tous bords, __ Elle s'empare d'eux et, maléfique signe, __ Elle infecte leurs nerfs, leur esprit et leur corps. __ Sérail, Parlement et le fameux Ministère, __ Le mal frappe partout ; chacun en est atteint ; __ On s'entre accuse que, du fléau prolifère, __ On est, le promoteur ! Ou du moins, le parrain ! __ De table ronde ? On parle ! Et on promet l'entente. __ Mais on veut imposer sa logique aberrante, __ Et sa médication, pour extirper le mal. __ Le pays se débat dans les conflits sectaires __ De ses chefs, érigés en juges arbitraires, __ Et d'une résistance au but paradoxal ! __ On s'épuise en débats, en vaines controverses, __ Et on accable autrui de calomnies diverses, __ Puis, on l'accuse d'être indigne et déloyal !__ On le classe parmi les agents et les traîtres __ Vendus outre atlantique ; ou les suppôts des maîtres, __Despotes criminels du pacte régional. __ On lui prête exaction, corruption, préjudice, __ Agressions, attentats et crimes ; et l'on glisse __ Inévitablement vers le gouffre fatal. __ L'on dirait un asile où les surexités __ S'exaltent en affronts et en obscenités ; __ Ou plutôt l'antichambre, en une infirmerie, __ Où règnent la névrose et la schizophrénie.

SAKR LEBNAN

10 h 00, le 24 mai 2012

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Commentaires (3)

  • Mon tocsin, suivant, décrit bien la situation présente : "LA SCHIZOPHRÉNIE "__ Au pays d'Adonis une affection maligne __ Frappe indistinctement les leaders de tous bords, __ Elle s'empare d'eux et, maléfique signe, __ Elle infecte leurs nerfs, leur esprit et leur corps. __ Sérail, Parlement et le fameux Ministère, __ Le mal frappe partout ; chacun en est atteint ; __ On s'entre accuse que, du fléau prolifère, __ On est, le promoteur ! Ou du moins, le parrain ! __ De table ronde ? On parle ! Et on promet l'entente. __ Mais on veut imposer sa logique aberrante, __ Et sa médication, pour extirper le mal. __ Le pays se débat dans les conflits sectaires __ De ses chefs, érigés en juges arbitraires, __ Et d'une résistance au but paradoxal ! __ On s'épuise en débats, en vaines controverses, __ Et on accable autrui de calomnies diverses, __ Puis, on l'accuse d'être indigne et déloyal !__ On le classe parmi les agents et les traîtres __ Vendus outre atlantique ; ou les suppôts des maîtres, __Despotes criminels du pacte régional. __ On lui prête exaction, corruption, préjudice, __ Agressions, attentats et crimes ; et l'on glisse __ Inévitablement vers le gouffre fatal. __ L'on dirait un asile où les surexités __ S'exaltent en affronts et en obscenités ; __ Ou plutôt l'antichambre, en une infirmerie, __ Où règnent la névrose et la schizophrénie.

    SAKR LEBNAN

    10 h 00, le 24 mai 2012

  • ...(ce que nous n'avons jamais vraiment connu)...

    Robert Malek

    09 h 12, le 24 mai 2012

  • La réalité libanaise est décrite dans cet article. Le jour où nous acquerrons notre indépendance (que nous n'avons jamais vraiment connu) sera le jour qui verra l'avènement d'un Etat de droit (que nous n'avons jamais connu non plus). Et là nous pourrons porter aux nues les hommes d'Etat qui auront réussi cet exploit.

    Robert Malek

    08 h 59, le 24 mai 2012

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