C’est par une percutante différence de style que commence cette fois le changement. Loin en effet du tapageur et très controversé bling-bling de Nicolas Sarkozy, c’est sur une note de calme simplicité, de vertueuse exemplarité que François Hollande a tenu à entamer son quinquennat. Austérité bien ordonnée commençant par soi-même, le nouveau chef des Français s’est astreint, et avec lui ses ministres, à une substantielle baisse de salaire, comme à la stricte observation d’un code de déontologie. Ce coup de torchon donné à la moralité politique tiendra-t-il la route et sera-t-il déterminant pour rendre sa sérénité à la France ? On ne peut évidemment que l’espérer.
À peine installé à l’Élysée, le président Hollande se sera plié, de même, à un baptême du feu diplomatique mené au pas de charge : sitôt établi un premier contact avec l’Allemande Angela Merkel, il rencontrait hier Barack Obama, en prélude aux assises, en terre américaine, du G8 et de l’OTAN. Or autant et même davantage peut-être que pour les questions domestiques, ces deux notions de simplicité et de vertu vont vite devoir se soumettre à l’épreuve des exigences de la politique étrangère, qu’elles soient dictées par les grands principes ou par les intérêts nationaux, stratégiques, commerciaux, politiques, socioculturels ou autres.
C’est sur ce terrain précis que le dictateur syrien Bachar el-Assad a cru bon, l’autre jour, d’interpeller assez cavalièrement le président Hollande, l’invitant à penser à l’intérêt de la France. Lequel intérêt, assurait-il, ne réside pas dans des incitations au chaos car celui-ci pourrait bien affecter l’Hexagone lui-même. Le message est rigoureusement dans la tradition de la maison, qui a recours en effet au mensonge et au chantage. Car le chaos n’est que le résultat des engagements jamais tenus du pouvoir baassiste, comme d’une barbare répression qui, loin d’étouffer la révolution syrienne, ne fait que la stimuler et la pousser délibérément à la violence, si ce n’est hélas au terrorisme.
Si elle secoue le cocotier européen, si elle est pressée de se retirer du bourbier afghan, la France jouera probablement la continuité pour ce qui est des grands dossiers internationaux, comme le laissent présumer les déclarations électorales de François Hollande. Par ailleurs, et à la lumière des expériences tentées par deux de ses prédécesseurs, François Hollande, plus que tout autre chef d’État occidental, devrait être instruit de la manie des fausses promesses érigée en règle de gouvernement à Damas.
Patrie des libertés et des droits de l’homme, la France n’a certes pas pour vocation de soutenir ou même de ménager les bouchers mais de compatir avec les populations que l’on canonne, que l’on égorge, que l’on voue à la torture. Et puis comment traiter de la question syrienne sans songer à ce Liban cher au cœur de tous les Français, qu’ils soient de gauche ou de droite, et qui demeure en butte à la subversion venue de l’Est ?
Pour toutes ces raisons, on ne saurait douter que François Hollande suivra scrupuleusement le conseil de Bachar el-Assad. Qu’il le prendra au mot. Qu’il pensera, à chaque instant, à l’intérêt d’une France que l’on imagine fort mal dans le camp de la tyrannie.
Issa GORAIEB
À La Une - L’Éditorial De Issa Goraieb
C’est tout réfléchi
OLJ / le 20 mai 2012 à 01h32


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