Le gouvernement provisoire a prêté serment hier matin à Athènes. Photo Aris Messinis/AFP
Comptant 16 ministres, en majorité universitaires ou hauts fonctionnaires, le gouvernement intérimaire dirigé par le président du Conseil d’État Panayiotis Pikrammenos, 67 ans, nommé Premier ministre, a pour seul mandat de préparer les élections, placées sous la menace d’une sortie de l’euro. Ce gouvernement ne pourra légiférer sur rien, le Parlement issu des urnes du 6 mai devant être dissous aujourd’hui suivant le calendrier électoral fixé par la Constitution.
Le nouvel exécutif dit « de service » a donc prêté serment dans la matinée, avant un Conseil des ministres au cours duquel M. Pikrammenos a précisé que personne ne serait payé, et appelé son équipe à être « exemplaire » en évitant de « provoquer » le « peuple grec éprouvé » par son train de vie. Le poste-clé du ministère des Finances a été attribué à Georges Zannias, qui a dirigé depuis le début de la crise grecque en 2010 le Conseil économique du pays. Ce professeur d’économie est aussi l’un des principaux négociateurs de la restructuration de la dette souveraine de la Grèce, qui a permis l’effacement d’un tiers de la dette, et débouché sur le déblocage d’un deuxième prêt de 130 milliards d’euros sur trois ans par la zone euro et le FMI. C’est le rejet des politiques d’austérité imposées en contrepartie et le vote sanction subi par les alliés socialiste et conservateur du gouvernement sortant qui ont privé le pays de majorité gouvernementale le 6 mai.
De même, après dix jours de tractations infructueuses en vue d’une coalition, le président de la République Carolos Papoulias a désigné mercredi M. Pikrammenos, président du Conseil d’État, comme le prévoit la Constitution. Les Affaires étrangères ont été confiées au vétéran conservateur Petros Molyviatis, 83 ans, qui y avait fait un passage en 2004-2006. L’ancien chef d’état-major des armées Frangos Frangoulis a été nommé ministre de la Défense tandis que la Réforme de l’administration a été confiée à Pavlos Apostolidis, ancien directeur des services secrets. Le constitutionnaliste Antonis Manitakis reçoit l’Intérieur et Yannis Stournaras, professeur d’économie à l’Université d’Athènes et ex-conseiller de la Banque de Grèce, assume le portefeuille du Développement. Pour superviser la police, l’ancien secrétaire d’État à la Protection du citoyen Lefthéris Economou est le seul rescapé du gouvernement sortant.
Prenant acte de ces changements, le Fonds monétaire international a annoncé qu’il suspendait ses contacts avec le pays jusqu’à la mise en place d’un véritable exécutif, après le nouveau scrutin. Cela ajournera jusqu’à juin au plus tôt le versement, initialement prévu fin mai, d’une deuxième tranche du prêt consenti au pays par le FMI, de 1,6 milliard d’euros.
Dans ce contexte, le nouveau scrutin, pour lequel la gauche radicale antirigueur Syriza part largement favorite, a ranimé les inquiétudes sur l’avenir de la zone euro et accentué la menace récurrente de la sortie du pays de la monnaie unique. Le rejet des engagements de la Grèce vis-à-vis de ses créanciers, UE et FMI, serait « désastreux », a encore une fois souligné le Premier ministre sortant Lucas Papademos, avant de céder ses fonctions. Dirigé par Alexis Tsipras, le Syriza est crédité d’un score de 22 %, suivi par les conservateurs de la Nouvelle Démocratie à 19,5 % et le Pasok socialiste 14 %, selon un sondage publié hier.
Première victime de la crise de la dette en 2010 et ne représentant qu’environ 2,5 % du PIB de la zone euro, la Grèce est considérée comme la cause principale des turbulences de la monnaie unique. Les Grecs souhaitent majoritairement rester dans la zone euro, même si 47,4 % d’entre eux commencent à croire à l’éventualité d’une sortie, selon un sondage publié hier dans la presse grecque.
(Source : AFP)


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